1951, place Bir Hakeim

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« J'ai seize ans et demi, et je suis en classe de seconde au collège Saint-Vincent [1]. En janvier 1951, on me demande d'accompagner un garçon de ma classe, Jean-Pierre, plus âgé d'un an, qui aide, le jeudi après-midi, au patronage de Sainte-Thérèse. Son adjoint n'étant plus disponible, il s'agit d'assister l'encadrement d'une trentaine de garçons d'une dizaine d'années dans leurs loisirs du jeudi. J'accepte, me reportant à une demi-douzaine d'années plus tôt, où, pensionnaire, j'aimais bien les promenades en groupe, parfois pour aller du côté du champ de courses desGayeulles, plus rarement jusqu'au stade de la route de Lorient, pour assister au bord du terrain, le long d'une balustrade en béton et d'un grillage, à un match de football du Stade rennais université club, parfois aussi pour aller, mauvais temps aidant, à une séance de cinéma, tous loisirs auxquels je n'avais pas accès à la maison.

C'est ainsi que, chaque jeudi après-midi, je fais mon trajet de 2 km, en empruntant la passerelle de Quineleu piétonnière au-dessus des voies ferrées, pour gagner le patro, près de l'église Sainte-Thérèse. Si le temps est mauvais, nous restons dans la salle du patronage, en fait une salle de cinéma avec scène, et occupons les garçons à des jeux divers, le mieux, car le plus simple, étant pour nous la projection d'un film qui les tient tranquilles une bonne heure. Si le temps le permet, ce qui se produit parfois à partir de fin mars, c'est le départ en rangs vers la place Bir Hakeim. Devant, Jean-Pierre, garçon brun qui dégageait une calme autorité, moi en arrière sur le côté, nous parcourons un bref trajet de 300 mètres, traversons le nouveau boulevard Emile Combes jusqu'à la place Bir Hakeim, au bout de la ville, un vaste espace herbu rectangulaire entouré de petites maisons neuves en pierre de schiste violet. Et là commence mon malaise : il s'agit d'organiser une partie de football avec un moniteur dans chaque équipe. Jean-Pierre sait jouer, moi je suis nul et pas sportif du tout. Le match commence avec, dans chaque équipe, un grand moniteur en culottes de golf - la tenue des ados de l'époque - et très vite, mon inaptitude au jeu est repérée par les gamins, si bien que, par la suite, m'avoir dans leur équipe sera considéré par les coéquipiers comme un lourd handicap qui, pour ma part, obère mon prestige de moniteur.

En juin, je fus content de cesser cette activité prenante qui me mangeait tout mon après-midi du jeudi.

Deux ans plus tard, j'appris que Jean-Pierre s'était tué dans un accident d'automobile. Il avait 20 ans... »

— Etienne Maignen • licence

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