Chronique vezinoise sous l'occupation n°08

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Souvenir d’un enfant.


Le Chemin Vert sous l’occupation.

Le ch'min vert.... Quel enfant de Vezin-le-Coquet ne connaît pas le Chemin Vert? Le Chemin vert est aussi un but de promenade, pour l’école du samedi après-midi. Que de primevères et violettes ne cueillons nous pas au printemps, Madeleine me le rappelait encore récemment. Pour s’y rendre, c’est tout simple. En partant du bourg, il faut se laisser conduire en empruntant le sentier situé entre chez Touffet et Letort. Traverser le pré de Touffet en longeant, toujours bien droit, la haie qui le sépare de l’école privée du père Sicot. Après avoir franchi la voie empierrée qui mène à la ferme Lebastard, le Chemin vert s’offre à notre regard. Il monte paresseusement en direction de la Belle Epine. Il se termine peu après le pylône dynamité. Il se présente comme une profonde rotte, assez large, avec des fossés. Il est bordé de forts beaux grands chênes, c’est un lieu idéal de promenades et de jeux pour petits et grands. Le Chemin vert fait partie de notre vie. N’a-t-il pas vu les résistants dynamiter le pylône ? Il a donc fait lui aussi de la résistance ! Au mois d’août 1944, le Chemin vert a offert son hospitalité pour une nuit, à une bonne partie du village.

Rennes est en flammes

Au mois d’août 1944, au cours de la première quinzaine du mois, un rassemblement à l’endroit du point le plus haut du Bourg, près du chantier de la nouvelle route dont les travaux ont été stoppés suite à l'invasion allemande. Rennes brûle-t-il ? Il en donne vraiment l’apparence. Au crépuscule on peut apercevoir au-dessus de la ville un ciel coloré de rouge et de jaune. La fumée des incendies et les nuages retiennent et diffusent encore mieux les couleurs. Tout Rennes semble être en flammes. Les Allemands préparent leur retraite et incendient tout ce qu'ils ne peuvent emporter. Par suite du retard pris par nos libérateurs pour prendre Rennes, ils ont aussi le temps de déporter vers l’Allemagne un train de prisonniers politiques, résistants. Bien tristes souvenirs.

Une partie de la population passe une nuit dans un fossé du chemin vert

Le maire de Vezin et son conseil ne sont pas sans avoir pris connaissance, comme partout en France, du massacre de tous les habitants d’Oradour-sur-Glane par les troupes allemandes. Ils s’inquiètent pour notre village, les Boches sont capables des plus féroces représailles à l’encontre des populations civiles. Il faut donc protéger les administrés au moment critique de la retraite qui ressemble plus à une fuite. Prudents, attentionnés et organisés, nos édiles font apporter de la paille en suffisance au Chemin vert, au mois d’août on n'en manque pas. La paille est étalée dans un grand et long fossé, le sol est sec tout se présente bien. Des branchages sont disposés par dessus pour mieux se dissimuler et aussi pour se protéger de la fraîcheur de la nuit. On a apporté des couvertures, ainsi chacun prend place et se regroupe en fonction des familles et affinités. Tout le village, surtout femmes et enfants, passe une nuit pour ainsi dire, à la belle étoile. Les hommes font le guet. C'est le premier camping auquel probablement beaucoup d’enfants de Vezin participent. Quel joie pour tous. La bonne odeur de la paille m’endort. Il a fait très beau la veille, la nuit est douce. C’est un bon moment qui nous distrait de nos habitudes casanières. J'ai évoqué ce souvenir récemment avec Madeleine. Elle aussi, garde de cet instant un bon souvenir. Je pense qu’Alphonse sera aussi de notre avis.

Il est vrai que nous vivons une période particulière, de notre prime jeunesse, marquée par de nombreux évènements dont nous sommes parfois les acteurs et pour lesquels les situations peuvent être distrayantes ou tragiques.


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Le chemin vert des années 2000


En l’an 2000 des lotissements ont, depuis, été construits de part et d’autre du Chemin. Pour répondre à des obligations concernant les terrassements, notre Chemin Vert à été comblé et son accès rehaussé au même niveau que les terrains des maisons qui le bordent. Il n’a pas conservé son caractère sauvage, de l’époque quand il était libre sous l’occupation. Il demeure encore Coquet il est vrai. Il faut remercier les municipalités qui, dans leur grande sagesse, ne lui ont pas complètement ôté la vie mais ont su en conserver l’essentiel, verdure et arbres.

Pour services rendus par le Chemin Vert, pendant la guerre, Résistance et Accueil de réfugiés, ne serait-il pas envisageable de lui offrir une belle plaque afin que son nom ne tombe dans l’oubli, évitant ainsi qu'il perde son âme et un peu de la nôtre.

Comme pour indiquer le nom d’un square, d’un bois, d’une rue on lirait sur la plaque disposée à son entrée : Chemin Vert, tout simplement.

Albert René Gilmet

Février 2013

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