Chronique vezinoise sous l'occupation n°11

De WikiRennes


Souvenirs d'un enfant


Les bals défendus sous l’occupation

Refrain

C’est un bal défendu. Dans un petit coin perdu

Du quartier Montparnasse. Y a pas d’accordéon

Pas même un violon. Un phono les remplace

Les clients ont vingt ans. Par couple tendrement

La valse les enlace

C’est un bal défendu. Dans un p’tit coin perdu

Du quartier Montparna..a..a..sse


Une chanson écrite après la seconde guerre mondiale.

Il est possible que le compositeur du texte de cette chanson se soit inspiré de l'interdiction des bals publics sous l'occupation, c’est une supposition bien entendu !

La Grange à Pierre Fourché

À Vezin-le-Coquet, qui n’est pas Montparnasse, on reconnaît là, l’évocation de ce qui se passe, notamment dans la Grange à Pierre Fourché. Vous savez ! Cette grange, si populaire aux yeux des Vezinois. Elle se tient dans le bas du bourg, à gauche, quand on amorce la route du Rheu, tout à proximité du café Pécoil/Saunier. Elle est demeurée là, jusqu'en 2011, présente, sans égratignure, remplie de souvenirs joyeux. Elle a pris un peu de rides et quelques marques de vieillesse, bien sûr, comme nous tous les anciens. Elle a tenu à conserver sa place tant qu’elle en a eu le courage, narguant les nouvelles constructions qui la cernaient de toute part. Même si elle paraissait faire tache dans le paysage, elle tenait bon. On dit que la nuit, quand on collait l’oreille contre l'une de ses parois, on pouvait entendre encore les échos des musiques que l’homme-orchestre jouait, à l'époque de l’Occupation. Après beaucoup de tractations, de discussions elle a fini par céder. Elle s’en est allée récemment, si fragile qu’elle était devenue, écrasée par le béton. Elle emporte avec elle des airs, des chansons, jadis si souvent fredonnés et aussi de nombreux souvenirs heureux que procuraient de biens simples et saines distractions, pourtant alors défendues par un Maréchal.


L'immeuble qui a remplacé en partie la grange à Pierre Fourché

Un particulier, animateur de bals, parcourt les villages. Il offre ses services pour organiser des bals défendus. C’est un orchestre à lui tout seul. La grange à Pierre Fourché, qui fait buvette à l’occasion, il n’y a pas de petits profits, est l’endroit idéal pour danser. Le musicien est assis sur une chaise disposée sur une petite estrade, près de l’entrée. Ses bras embrassent l’accordéon. Une grosse caisse et cymbales sont placées devant lui. Un de ses pieds actionne la grosse caisse en battant la mesure, l’autre s’occupe des cymbales. Zim la boum.

Gare ! Si la milice passe par là, avertie par un bon Français. Rien à craindre cependant, quelqu’un veille. On peut la voir venir de loin, cette milice tant crainte, même si elle possède de belles et rapides tractions. Le tam-tam breton fonctionne bien. Le bal se déroule gentiment, pas de jaloux à Vezin-le-Coquet. Le soir, à la fin de la fête, bien avant le couvre-feu, le musicien remballe ses instruments de musique dans une remorque tirée par sa bicyclette et, à la semaine prochaine! Pour un autre bal dans le village de... confidentiel... on ne sait jamais !


Tiens ! Au sujet des tractions, il y en a une qui est restée plusieurs jours dans le fossé sur la route de Rennes après le Tertre. Il est vrai que l’endroit est plein de virages dangereux. C’est une traction qui appartient aux miliciens. La rumeur dit qu’ils sont allés au fossé après beuverie. Madeleine me confirme qu’ils ont organisé un gueuleton chez Touffet pour arroser la mort, plutôt l’assassinat, du résistant Amand Bazillon, retrouvé dans un champ de la commune. Les salauds !

Milice croix-rouge - 3.jpg

Les bals à Vezin ne se résument pas uniquement à ceux de la grange à Pierre Fourché, d'autres bals plus discrets entre copines sont improvisés par les jeunes, les J3. N’importe où fera l’affaire pourvu qu’il y ait suffisamment de place avec un toit. Ce sont les filles qui s’en occupent, Madeleine, Henriette, Annick, les demoiselles Lefranc, ma sœur aînée et peut être Jeanine, ma sœur cadette. Elles ont jeté leur dévolu, cette fois-ci, sur une petite remise, chez Pinel, derrière la boucherie. Y’a pas d’accordéon, pas même un violon, c’est un phono à manivelle qui diffuse la musique, un appareil qui ne fonctionne que s'il est remonté après chaque audition d'un disque 78 tours. Je n’ai pas souvenance de la présence de représentants J3 de la gent masculine. Peut-être y avait-il Raphaël le frère de Madeleine et d'Henriette ? Ce jour là, une souris est tombée, oui tombée sur Annick, laquelle faisait de grands gestes pour s’en débarrasser en donnant de la voix... et autour d’elle, ça riait, ça riait!!!

Février 2013

Albert René Gilmet

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