Des Rennais hostiles

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Pour écouter la B.B.C., le tract de juin 1943 avec recommandations, heures et longueurs d'ondes

Le premier acte, cher payé

Dès les premiers mois de l'occupation allemande des Rennais, d'une façon ou d'une autre, eurent un comportement hostile à l'occupant. Des gestes d'irascibilité ou de comportement réfléchi montrent en tout cas que des Rennais étaient mal disposés envers l'occupant et que certains n'hésitaient pas à en apporter la démonstration concrète. Bien sûr, le cas le plus flagrant est celui de Marcel Brossier, exécuté le 17 septembre 1940 pour sectionnement d'un câble de communication de l'armée allemande. Des coupures de câbles de l'armée allemande seront encore constatées le 23 décembre ainsi que les 22 février et 10 mars 1941, ces deux dernières rendant acquise à l'Etat allemand la somme consignée à titre d'amende.

L'écoute de la B.B.C.

Pendant toute la guerre des Rennais vont être à l'écoute de la B.B.C., de ses consignes et de ses messages. Et c'est en vain que "radio-trahison" sera interdite le 31 octobre 1941 au motif que "le bénéfice de la naïveté ne pouvait être laissé à la demi-douzaine d'émigrés payés en livres sterling, travaillant depuis plus d'un an à semer par les ondes le désarroi dans l'âme française au profit exclusif de la couronne britannique."[1] La diffusion orale des informations de Londres est punie.

Ouest-Eclair, 4 octobre 1940
Punition pour les Rennais (Ouest-Eclair, 19 octobre 1940)

Offenses publiques à l'armée allemande

Le journal l'Ouest-Eclair rend compte périodiquement des jugements du Conseil de guerre de la Feldkommandantur à l'encontre d'autres Rennaises et Rennais qui n'eurent pas un comportement de collaboration mais de franche hostilité. Telles ces femmes : Aurélie Juge, blanchisseuse, 6 rue du Pré-Perché, qui prit trois mois de prison, dès le le 6 août 1940, pour offense publique à l'armée allemande, et pour les mêmes raisons, Georgette Vallée, couturière, 7 rue Paul Féval et l'élève Renée Chaussinard, 14 rue Hamon, qui ne furent condamnées qu'à une semaine de prison. L'ouvrier d'usine Gaston Lahaye écopa, pour la même raison, de deux mois de prison. C'est la même peine pour le tâcheron Pierre Huchet pour avoir arraché des proclamations de l'armée allemande. Les peines prononcées dans la période du 11 au 22 août sont relativement légères, comparées à celles infligées ultérieurement. Le 1er novembre, le commissariat central rappela que la lacération d'affiches des autorités allemandes pouvait entraîner des peines très sévères et que les délinquants leur seront remis, une sanction disciplinaire commune pouvant être appliquée en l'absence de découverte des auteurs. Le même jour on lit qu'un arrêt de la cour martiale du 10 octobre a condamné à un an de prison l'auteur d'un "terme déshonorant envers les soldats allemands" : "Sales boches".

L'Ouest-Eclair du 19 octobre publie un avis du Feldkommandant imposant aux Rennais une "prohibition de sortie" de 21 h 00 à 5 h00 pendant une semaine, quelques civils non identifiés ayant tenté d'attaquer un membre de l'Armée allemande, le 13 octobre vers 23 h 00 boulevard de la Tour d'Auvergne.

détention d'armes

Plus graves sont les faits de détention d'armes prohibées, qui valurent quatre ans de réclusion à l'étudiant Pierre Lebellé[2], rue Lesage. Jean Lambot, employé de commerce et Marcel Lambot, étudiant, 16 rue de Penhoët, s'en tirèrent avec un an et demi, comme Paul Mener, étudiant, 26 rue Hoche.

"Ah ! si leurs arséniates de chaux et de plomb pouvaient vraiment nous débarrasser d'eux!" ont dû penser certains lecteurs [3]

non remise d'un tract, forfanterie

En novembre, Emile Limeul, garçon coiffeur, 23 boulevard de la Tour d'Auvergne, fut condamné à un mois de prison pour n'avoir pas remis à la plus proche Kommandantur allemande un tract hostile à l'Allemagne "La vérité sur Dakar" et l'avoir donné à un prisonnier de guerre polonais. Mais c'est à un an de réclusion que fut condamné l'ouvrier Aristide Bertin, 141 rue de Châtillon, qui avait reproché à un ouvrier demeurant avec lui son travail de réparation sur un aérodrome allemand, lui disant que quarante avions anglais lanceront des armes par parachutes avec lesquelles il pourrait tuer tous les Fridolins ("mot injurieux pour les Allemands" précise la condamnation) et pour avoir griffé sa figure. Cette précision dans les attendus du jugement est étonnante, car "fridolins", alias "frisés", "chleuhs" étaient des alternatives au terme "boches", le plus fréquemment employé, auquel allait s'ajouter le terme "doryphores", cet insecte coléoptère à élytres ornés de dix lignes noires étant venu envahir les plants de pomme de terre, y causant de grands ravages.

vol de munitions

En décembre, neuf mois de prison sont attribués à Jean Renault, boulanger, et René Renault, typographe, demeurant 8 rue Robelin, ainsi qu'à Pierre Roche, charpentier, rue Docteur Aussant, pour avoir emporté d'un camp de munitions environ seize sacs de poudre explosive et du cordon de dynamite au détriment de l'armée allemande, peine relativement légère si l'on imagine l'usage qui pouvait en être fait contre ladite armée.

condamnations de Rennais en décembre 1940

voie de fait

C'est à trois ans de prison, par jugement d'un conseil militaire du 39 novembre 1940, que sont condamnés pour hostilité aux Allemands, trois Rennais, Louis Hamon, infirmier et François Hamon, ouvrier, 49 avenue du Mail, ainsi que Pierre Denieul, 33 avenue du Mail, pour avoir à 22h20 le jeudi 17 octobre, jeté des pierres, sans toutefois le toucher, à un officier de l'aviation allemande qui les avait réprimandé pour leur inconduite inconvenante.

Le jeudi 16 janvier 1941, quelle mouche piqua Richard Thomas ? Une mouche anti-allemande assurément puisque, sur le trottoir de la rue de l'Horloge, cet horloger bouscula successivement un sous-officier puis un officier de l'armée allemande. L'Ouest-Eclair du 4 avril rapporta que pour cette "incivilité", comme l'on dit maintenant, l'horloger qui voulait garder le trottoir à défaut du haut du pavé, passa devant le Conseil de guerre allemand et écopa de deux mois de prison, peine relativement légère dans le contexte de l'époque.

vol de ballots de draps

En août 1941, Marcel Floch, ferme des Bouyrières près de Rennes, fut condamné à quinze mois de réclusion pour avoir volé, le 9 mars 1941, dans l'église désaffecté le vieux Saint-Etienne qui servait de magasin à l'armée allemande, deux ballots de dix draps chacun.

références

  1. Ouest-Eclair'Texte italique du 30 octobre 1941
  2. rue Pierre Lebelle
  3. Ouest-Eclair du 19 juin 1941