Fil de Rennes

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Le fil de Rennes, teint ou blanc, est un produit de mercerie qui était commercialisé en France depuis Rennes et les autres villes de commerce. On le trouve par exemple - avant le fil de Rouen et celui de Lille - dans le Tableau du maximum du district de Guérande en 1793 : la livre de 14 onces vaut six livres pour le fil blanc de première qualité, cinq livres pour la deuxième qualité, quatre livres dix sols pour la qualité inférieure, même prix pour le fil coloré quelle que soit la couleur[1].

La ville n'était pas un site de production de fil, mais y parvenait une bonne partie de l'abondante production régionale. Sa notoriété lui a valu une citation en bonne place dans l'encyclopédie de Diderot :


« Les fils les plus connus sont ceux d'Épinay en Flandres, de Flandres ; le fil à gant ; le fil à marquer ; les fils de Malines, d'Anvers & de Hollande ; celui de Malines est si fin qu'on l'aperçoit à peine, et qu'il faut le garantir de l'impression de l'air; il s'employe surtout en dentelles ; on parle encore du fil de Rennes, de celui de Cologne, qui se file à Morlaix, & des fils de Normandie. »

— Denis Diderot, Jean Le Rond d' Alembert
Origine : Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers ...licence

Ce fil a participé au Commerce triangulaire : il est le seul fil figurant, à hauteur de 6014 livres, parmi les centaines de marchandises de toutes sortes recensées dans l'État des marchandises exportées de Nantes, par 106 navires, pour le commerce aux Isles-Françoises de l'Amérique en 1764, publié dans le volume 5 du Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules de Jean-Joseph Expilly. Régionalement, ce poids et ce volume sont à rapprocher des 57 tonneaux de Vin Nantois, mais surtout des 681 196 livres de toile de Bretagne, donc un rapport de 1 à 100 !

Comme les autres ressources textiles, le fil de Rennes participe à la production, ou plutôt l'entretien, des uniformes militaires : chaque année, il en faut au moins deux onces de fils bleu et blanc à un soldat des Compagnies franches à Louisbourg[2].

Le fil est associé à une production textile locale, ou en est le matériau : dans une vente de marchandises à Plélan-le-Grand, à la toute fin du 18e siècle, parmi les divers bas pour hommes, femmes et enfants, apparaissent trois paires de bas à homme du Bourg Levêque à quarente cinq sols la paire[3].

Le fond du consulat de Rennes, si riche en matière de commerce textile au 18e siècle, fait très peu état de ce fil. Par exception, dans son dépôt de bilan du 19 octobre 1784 (dossier 355), René Marin, le jeune, teinturier au pont Saint Martin à Rennes, après avoir dit notamment que son "voyage à l'Amérique" avait achevé sa ruine (Martinique) et évoqué 16013 livres de fil et 1578 livres de cordons de montre, tabatières et autres bijoux [le tout appelé merceries un peu plus loin], mentionne "environ deux mille six cent livres de fil de Rennes en treize balles restant audit Sieur Marin, 4160 livres."

Notes et références

  1. Source : Tableau du maximum (trouvé sur le Net). A noter que, seules, Rennes, Rouen et Lille apparaissent dans cette rubrique et qu'il n'y a de fil blanc ni pour Rouen ni pour Lille. Le Tableau du maximum était un document officiel qui fixait les prix maximaux des denrées
  2. Gilles Proulx, Étude sur le costume militaire à Louisbourg, 1713-1758.
  3. L'origine des autres sortes de bas, sensiblement du même prix, n'est pas indiquée. Vente du 21 pluviôse an 5 des meubles et marchandises de Marguerite Geloux. Cote 4E 30 11 (Maître Sauvage).

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