Où aura lieu le débarquement ?

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Le samedi 11 mars 1944, les officiers allemands de la garnison de Rennes sont conviés, probablement au Q.G de la rue de Corbin, à un exposé sur les préparatifs du débarquement. Ces messieurs arrivent et prennent place après avoir laissé leurs belles casquettes à l'entrée de la salle.

L'exposé est fait par le commandant Rhein du quartier général de la VIIe armée, 2e Bureau, du district d'administration militaire "B" pour le sud-ouest de la France (Militär Verwaltungsbezirk "B" Südwestfrankreich, siège à Angers).

Le conférencier commença : "Où et quand aura lieu le débarquement anglo-américain ? C'est la question qui préoccupe aujourd'hui tout soldat, de la plus haute autorité militaire au dernier grenadier..."

Couverture d'une plaquette de chants du commandement de la région aérienne ouest... en attendant le débarquement

Après avoir évalué les forces ennemies disponibles, le commandant indiqua que la Kriegsmarine estimait possible de transporter d'Angleterre, par bateaux, vingt-cinq divisions de débarquement d'un seul coup, mais où et quand ? Réponse : N'importe quand et en tous lieux.

Mais quelques précisions furent tout de même données :

Quand ? Au moment de la nouvelle lune, donc d'obscurité totale correspondant avec la période où, avant l'aube, la marée atteint son niveau le plus élevé, mais des surprises sont certaines. *

Où ? Entre les îles de la Frise et Ouessant, un front côtier de 1000 km, mais aussi de la côte de Gascogne jusqu'à la frontière espagnole, et la côte méridionale de la France ne devrait pas être écartée.

La question non tranchée du lieu et de la date oblige donc à être constamment en état de défense. Et il conclut son exposé :"Si le débarquement devait être encore repoussé de quelques semaines, cela nous serait plus profitable qu'à l'ennemi, si chacun de nous à sa place utilise le délai accordé, pour la préparation ultime de la totalité de nos moyens de défense". [1]

En résumé, un exposé de cinq pages pendant lequel le commandant Rhein avait passé son temps à se perdre en conjectures, laissant, à la sortie, des officiers reprenant leurs casquettes, bien perplexes, échangeant probablement à voix basses des impressions pleines d'ironie rentrée, ou d’inquiétude, ou des deux.

Quant aux occupés, les habitants d'Ille-et-Vilaine, "l'espoir d'un proche débarquement, sur lequel vivait la majeure partie des gens, commence à faire place, soit à une désillusion devant les lenteurs et les retards apportés à la réalisation de cette promesse, soit à la crainte des catastrophes qui ne manqueraient pas de suivre cette opération." [2]

*N.B. : Erreur totale: le débarquement eut lieu à marée basse pour repérer les obstacles ennemis sur les plages et, tablant en outre sur leurs prévisions de mauvais temps, les Allemands furent surpris : le général Rommel venait de partir en permission et fêtait en Allemagne l'anniversaire de sa femme. Le lundi 5 juin au soir, les généraux de division de la 7e armée étaient en route pour Rennes ou déjà arrivés afin de participer à un Kriegsspiel (exercice d'état-major sur cartes) au Q.G. du général Eugen Meindl le 6 juin. Vers 1 h 45 le 6 juin, des parachutages américains ayant déjà été constatés, la 7e armée fut mise en alerte et les généraux se rhabillèrent ou rebroussèrent chemin, un chemin au bout duquel le général Wilhelm Falley, commandant la 91e division aéroportée allemande, fut tué dans une embuscade de paras de la 82e division américaine en arrivant à son Q.G. de Picauville (Manche).

références

  1. Rapport d'activité du XXVe Corps d'armée allemand en occupation en Bretagne, traduction du commandant Even. Service historique de l'Armée de terre. Vincennes - 1978
  2. Synthèse des rapports des préfets. Avril 1944