Projet de canal de Rennes à Laval

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Le canal Mayenne-Vilaine était un projet de canal français à petit gabarit qui devait relier les villes de Rennes et de Laval.

Histoire

Des projets

L'idée d'ouvrir une voie de navigation intérieure en Bretagne remonte au Modèle:XVIe siècle lors de l'union du duché de Bretagne au royaume de France.

Ce furent les différents blocus maritimes, imposés depuis 1688 sous le règne de Louis XIV qui amenèrent les États de Bretagne à faire étudier la mise en place d’un réseau de canaux, en Bretagne, ainsi que dans le Maine, par une commission spéciale créée fin 1782 : la commission intermédiaire pour la navigation intérieure de la province.

Cependant que plusieurs projets visant à relier l´Atlantique et la Manche sont élaborés au cours du XVIIIe siècle par les États de Bretagne :

  • Le comte François Joseph de Kersauzon en 1746 ;
  • Le comte Pierre Marie Rosnyvinen de Piré, ancien enseigne de vaisseaux, rédige en janvier 1783 un Mémoire[1] décrivant les avantages de la construction d'un réseau de canaux en Bretagne, arguant du mauvais états des routes, et des différents blocus maritimes imposés par les Anglais.

La commission intermédiaire

Il est ordonné le 20 janvier 1783, la création d'une Modèle:Page h' de la Province pour étudier tous les projets, afin de faire effectuer des vérifications par les ingénieurs, et qu'elle commencerait à emprunter les sommes nécessaires pour commencer l'exécution des travaux et de rendre navigable la Vilaine depuis Redon jusqu'à Vitré. La partie alors difficile se situait au-dessus de Vitré, pour réunir la Vilaine à la Mayenne, qui va tomber dans la Loire[2].

La commission intermédiaire commence à exécuter les travaux à partir de Redon, et le 30 mai 1783, Charles-Augustin Coulomb, officier au Corps royal du Génie, et Antoine Chézy, ingénieur des ponts et chaussées donnent leur avis sur les travaux à effectuer dans cette partie. On s'occupe ensuite de la jonction entre la Vilaine, et la Mayenne qui s'avère difficile à la différence de la jonction de la Vilaine et de la Rance.

Les ingénieurs firent leur rapport[3] sur les parties de navigation que chacun d'eux avait été chargé d'examiner :

  • Antoine Chézy, sur la navigation de la Vilaine, depuis Vitré jusqu'à Redon , et sur la communication de la Vilaine, avec les rivières de Mayenne et de Rance.
  • Charles-Augustin Coulomb, capitaine du génie, sur la navigation de Redon à Rennes.
  • Alexandre de Brie-Serrant, sur la jonction de la Vilaine à la Mayenne, par l'Ernée.
  • Nicolas Bremontier, ingénieur des Ponts et-Chaussées, sur la communication de la Rance avec la Vilaine, par le Meu.
  • Joseph Liard, sur la jonction de la Vilaine avec la Rance, par les rivières de l'Ille et du Linon

Le 25 août 1783, Charles-Augustin Coulomb et Charles François Robinet examinent la Vilaine à sa source en Mayenne. Il y reste environ 1 semaine en faisant des allez-retours depuis Vitré, à Bourgon, et sur la rivière l'Ernée. Il y constate que la jonction sera techniquement très difficile, et qu'il est nécessaire de faire des recherches actives dans ce cas.

Alexandre de Brie-Serrant, chargé de la partie de Vitré à Laval, annonce un devis de 6 millions de livres, tant pour la partie de la Bretagne, que pour la partie du Maine. Cette jonction nécessitant 56 écluses. Nicolas Brémontier est chargé de faire les projets pour l'autre jonction. Il fait un devis de 3 millions et demi de livres, avec 72 écluses en prenant la Vilaine en dessous de Rennes, mais en l'établissant au-dessus de l'Ille. Le devis entre Redon et Vitré est donné par Henry Frignet.

Partant de l'idée de Pierre Marie Rosnyvinen de Piré[4], la commission présente au roi Louis XVI, le 31 octobre 1784, une carte générale des projets qu'elle lui commente[5]. Le roi applaudit à cette entreprise, ajoute qu'il se charge de son exécution dans la partie du Maine, et donne 200 000 livres pour son exécution par an pour les travaux en Bretagne. Les rapports et procès-verbaux de ces communications, le devis des ouvrages, etc a été imprimé[6]. Alexandre de Brie-Serrant y détaille les carrières et matériaux à prendre pour l'exécution de la liaison de Vitré à Laval. On trouve dans le même recueil les Observations faites de mémoire par M. de Rosnyvinen de Pire, le fils, Membre de l'ordre de la Noblesse. À la séance des États, le 22 décembre 1784.

Le projet vérifié… et reporté

Suivant le mémoire, pour Alexandre de Brie-Serrant, le canal partant de Rennes était établi en lit de rivière jusqu'à Vitré, quittait la Vilaine pour remonter le vallon de Princé. Le bief de partage commençant à l'étang de Châtenay se terminait à la Fermerie. De là, le canal suivrait la vallée de l'Ernée jusqu'à Laval, où il se joindrait à celui d'Orne et Mayenne[7]. Le canal de la Vilaine à la Mayenne devait entrer dans le Maine par Juvigné, la lande de la Roche-Allard, paroisse de Saint-Hilaire-des-Landes, la Baconnière, pour gagner la Mayenne près de Laval.

Le 4 février 1785, l'assemblée des Etats de Bretagne arrêta qu'il soit fait une nouvelle vérification[8], dans l'intermédiaire de leur assemblée, pour réunir par un canal la Vilaine à la Mayenne, et pour la direction de Saint-Malo.

Les académiciens Charles-Augustin Coulomb et Alexis-Marie de Rochon sont[9] nommés comme commissaires envoyés par l'Académie des sciences aux Etats de Bretagne pour effectuer la vérification. Avec des conseillers de la navigation intérieure de la province de Bretagne, ils étudient la capacité de rejoindre Laval à Rennes par un canal. Des ingénieurs furent envoyés à Ernée, avec un délégué des Etats. Le canal devait prendre au passage les eaux de l'étang Neuf et de l'étang de la Courteille. Michel-René Maupetit, alors administrateur du duché de Mayenne, qui avait été appelé par les ingénieurs à se rendre à Ernée, insista pour que le canal prit la direction de Mayenne et débouchât dans la rivière près de Moulay[10]. Ce dernier combattait en fait ce projet car il menaçait l'activité des Forges de Chailland[11], de par son utilisation des eaux.

Le rapport[12] de vérification, lu à l'Académie des sciences le 2 septembre 1786, et imprimé à Rennes par ordre des Etats de Bretagne, est signé par Charles Bossut, Antoine-François Fourcroy, Nicolas de Condorcet, et de Alexis-Marie de Rochon. Ils se montrent favorables à ce que deviendront plus tard le Canal d'Ille-et-Rance et la Canal de Nantes à Brest. Ils indiquent que la construction du Canal de Vitré et de Laval est subordonné à la création d'une communication entre Redon et Nantes. Rochon[13] indique qu' après que la province aura joui de ses premières dépenses, elle pourra s'occuper de projets plus dispendieux et plus vastes comme celui-ci. Le projet de réalisation du Canal est dès lors associé à la fin de la réalisation d'une partie du Canal de Nantes à Brest, et d'une partie du Canal d'Ille-et-Rance.

La révolution française

Fin 1790[14], il y a une Adresse du département d'IIIe-et-Vilaine à l'Assemblée nationale demandant la continuation de la navigation intérieure de la Bretagne et de la jonction de la Loire à la Manche, carte des rivières et des canaux projetés pour la navigation intérieure de la Bretagne[15].

Une loi du 8 octobre 1791 accorda une somme de 70.000 livres, pour des travaux préparatoires d'un nouveau projet de canalisation : Il s'agissait[16] d'une communication de l'Océan à la Manche, par la Loire, la Mayenne et l'Orne. Ce projet, qui coïncidait avec celui du département d'Ille-et-Vilaine, joignait, au moyen d'une courte incision dans les terres, l'Orne à la Varenne qui arrose Domfront et tombe un peu au-dessous d'Ambriéres dans la Mayenne, laquelle devait réunir ses eaux à la Vilaine, par l'intermédiaire de la rivière d'Ernée, qui se jette dans la Mayenne, entre Mayenne et Laval. La possibilité de ce canal a été parfaitement reconnue...}}[17].

Le début du Modèle:XIXe siècle

Lors de l’achèvement du Canal d’Ille-et-Rance, en 1834, il fut décidé à Rennes que comme complément de cette réalisation, qu'en même temps que la jonction de la Vilaine à la Mayenne, il serait procédé à l’ouverture des quais. Ce projet commence par l'ouverture du canal du Mail-Donges et la construction de l’Écluse de la Chapelle-Boby à Rennes, mais restera en l'état, et jamais terminé.

Le transport de la chaux ?

Le projet est à nouveau étudié en 1843, 1872, 1906, 1912 et 1919.

En 1840, il est indiqué[18] que le canal de Rennes à Laval fournirait le moyen d'étendre à une partie de la Bretagne l'emploi de la chaux comme amendement pour l'agriculture, comme utilisé en Mayenne[19]. L'administration prescrit en 1841 l'étude d'un projet de canal de jonction de la Vilaine à la Mayenne[20]. Le sujet est désormais concurrencé par la ligne de chemin de fer Paris-Brest[21].

Au début du Modèle:XXe siècle, le projet[22] est à nouveau relancé puis abandonné. Il est en partie lié à l'utilisation envisagée de Brest[23] comme tête de ligne des transatlantiques[24].

En 1919, le projet[25] qui permettrait d'acheminer la chaux de la Mayenne est à nouveau adopté conjointement par la Chambre de commerce de Rennes et la Chambre de commerce de Laval. Il est exposé aux délégués du ministre, mais retoqué car les deux Chambres sont séparées...

L'ouvrage d'art

Un ouvrage d'art ponctuait le projet de ce canal non réalisé.

  1. Mémoire concernant l'établissement d'un port de Roi à Saint-Malo, et la réunion de Saint-Malo avec la Loire, par Laval, Vitré, Rennes et Dinan.
  2. Il faut une portion de canal à Angers. Il faut une portion entre Vitré et Laval, et une autre pour réunir la Vilaine avec la Rance.
  3. Sébastien Michel Courtin, Travaux des ponts-et-chaussees, depuis 1800, ou Tableau des constructions neuves faites sous le regne de Napoleon 1.er., en routes, ponts, canaux, et des travaux entrepris pour la navigation fluviale, les dessechemens, les ports de commerce, etc.. Goeury, libraire des Ingenieurs, et de l'École Impériale des Ponts-et-Chaussées, quai des Augustins, 1812, 348 p. - p. 181
  4. Il est présenté au roi immédiatement avant l'audience de la commission.
  5. Jean Kergrist, émission La marche de l'histoire sur France Inter, 28 juin 2011.
  6. Précis des opérations relatives a la navigation intérieure de Bretagne, contenant la délibération des états des 29 & 30 janvier 1783 ; le rapport de MM. Les commissaires ; les mémoires & rapport de M. de Coulomb, Capitaine au corps royal du génie. Conseil de la commission, & de M. Chézy, inspecteur-général des ponts & chaussées de France ;les mémoires, plans & dévis des ingénieurs, pour la perfection de la navigation de Rennes à Redon ; la jonction de la Villaine à la Loire par la Mayenne, & de la Villaine à la Rance par les rivières de l’Isle & du Linon, ou les rivières du Meu & du Garun. Imprimé par ordres des états, à Rennes, chez Nicolas-Paul Vatar, 1785. [1].
  7. La première branche aurait 22 568,26 m de longueur, avec une pente de 68,22 m, rachetée par 26 écluses. Le bief de partage aurait 4 500,79 m de longueur, et la seconde branche 35 945,95 m, avec une pente de 77,61 m, rachetée par 30 écluses. in Bulletin universel des sciences et de l'industrie. 6: Bulletin ..., Volume 21, p. 86.
  8. Nouvelle vérification qui auroit pour objet l'examen de tous les travaux à exécuter sur les ditcs directions, l'assiette la plus parfaite de tous ces travaux, toutes les dépenses quelconques qu'ils peuvent exiger. Les états chargent leurs commissaires de demander à l'académie, qu'elle veuille bien indiquer et choisir plusieurs de leurs membres, qu'elle chargera de procéder aux vérifications , et de lui en faire le rapport, sur lequel elle sera priée de donner son avis , et de porter son jugement. A l'effet d'accélérer ces nouvelles vérifications, la commission fera préparer dès ce moment , les copies de tous les mémoires, rapports , devis que pourront se procurer les commissaires , pour être par elle remis avec tous les plans, relévemens , aux vérificateurs qui seront nommés. Les états ordonnent que le procureur général syndic, écrira dès à présent aux académiciens Coulomb et Rochon, pour leur témoigner combien l'assemblée est reconnoissante des soins qu'ils se sont donnés pendant leur séjour en Bretagne, chargent leurs députés de remettre à chacun d'eux une boëte d'or, sur laquelle sera le chiffre de la province en médaillon., Projet d'un canal de navigation intérieure, entre le port de Brest et la Loire a Nantes: pour l'approvisionnement de la marine en tems de guerre, et pour l'avitaillement des armées navales par Alexis-Marie de Rochon, Prault, imprimeur, 1803, 61 p.
  9. [2]
  10. Le projet de canalisation de Laval à Mayenne fut repris, en 1748, puis abandonné.
  11. Les Forges alors ne peuvent plus subsister ; on détruit une manufacture intéressante, on réduit à la mendicité un nombre infini d'habitants et d'ouvriers ; on fait perdre à l'Etat 10.000 livres de droits de marques des fers et au moins autant en vingtièmes sur les bois, capitation, en droit de gabelle sur les cinq cents ouvriers qu'occupent journellement les grosses forges de Chailland.. Archives de Monaco [3]
  12. [4], p. 113.
  13. Projet d'un canal de navigation intérieure, entre le port de Brest et la Loire a Nantes: pour l'approvisionnement de la marine en tems de guerre, et pour l'avitaillement des armées navales par Alexis-Marie de Rochon, Prault, imprimeur, 1803, 61 p.
  14. [5]
  15. (Rennes, imp. Robiquet). décembre 1790-février 1791.
  16. Mémoire du conseil communal de l'arrondissement de Mayenne, du 22 germinal an X
  17. Grosse-Dupéron, L'Abbaye de Fontaine-Daniel, Etude historique, p. 194.
  18. Michel Chevalier, Des intérêts matériels en France: travaux publics. Routes. Canaux. Chemins de fer. C. Gosselin, 1839, 558 p. - p. 90
  19. Des personnes bien informées estiment à quatre millions l'accroissement de produits annuels qui est résulté pour le seul département de la Mayenne de l'emploi de la chaux dans l'agriculture. Sous ce rapport les mines d'anthracite qui fournissent dans la Mayenne et dans la, Sarthe le combustible nécessaire à la cuisson de la chaux, sont pour ces départements plus productives que ne pourraient l'être des mines d'or. Il abrégerait dans une proportion considérable le trajet de Paris à Rennes et à Saint-Malo, et même à Brest.
  20. En 1841, on a fait une partie du nivellement général et dressé, d'après les plans du cadastre, ceux des rives de la Vilaine et de toutes les vallées susceptibles de se prêter à la jonction projetée. En 1842, on a continué les opérations; mais on n'a pu leur donner que peu d'activité.
  21. Parce que les agents qui en étaient chargés ont été employés aux études de la ligne de fer de Paris à Brest, dans la traversée d'Ille-et-Vilaine.
  22. En 1910, la Chambre de commerce de Rennes a voté pour 8 000 francs pour les frais que nécessiteront l'étude devant aboutir à la création d'un port à Rennes, entre Saint-Malo et Saint-Nazaire, et au creusement d'un canal entre Rennes et Laval.
  23. Viator, Les voies ferrées et les voies d'eau dans l'Ouest de la France. Leurs relations avec Brest transatlantique. 1911.
  24. Du fait de sa situation la plus rapprochée de l'Europe continentale avec l'Amérique du Nord.
  25. Ouest-éclair, 10 avril 1919.