Rue Francisco Ferrer

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La rue Francisco Ferrer se situe dans le quartier 7 : Francisco Ferrer - Landry - Poterie entre la rue de Vern au nord et la rue Marc Sangnier au sud. Cette voie fut dénommée par délibération du Conseil Municipal de la Ville de Rennes le 11 décembre 1931[1].

Cette voie rend hommage à Francisco Ferrer, réformateur social espagnol (1859 - 1909)

A l'été 1909 en Espagne, un mouvement conteste la mobilisation de réservistes et l'envoi de troupes au Maroc pour participer à la guerre de Mélilla. Plus d'une centaine de personnes trouvent la mort durant ce que l'on appelle la Semaine tragique Wikipedia-logo-v2.svg.

Accusé à tort d'être l'instigateur du mouvement, Francisco Ferrer est arrêté le 31 août 1909, auditionné durant un simulacre de procès, puis finalement exécuté par un peloton d'exécution à Barcelone le 13 octobre 1909.

Le nom du catalan donné après de longs débats politiques

A Rennes, trois jours après son exécution, la séance du conseil municipal est suspendue momentanément en signe de deuil, ainsi que pour protester contre le crime commis par la monarchie espagnole. Un conseiller municipal émet dans la foulée le souhait que la ville débaptise la rue de Bourbon, et qu'elle lui donne le nom de Ferrer. Le maire Jean Janvier tient alors à faire remarquer que l'adresse qui vient de voter n'est pas une approbation des actes de Ferrer, mais bien une protestation contre la façon dont il a été exécuté. La proposition est ensuite renvoyée à une commission chargée de l'étudier[2].


« La rue Ferrer - M. Janvier fait connaître que le comité radical-socialiste, la Ligue des Droits de l'Homme et la Libre-Pensée ont demandé au conseil de donner à une voie de Rennes le nom de Ferrer.

M. Dottin demande la parole et l'ayant obtenue déclare :

Si je croyais que Ferrer était l'assassin qu'on a dit, je ne m'associerai pas a l'honneur qu'on veut lui rendre. Mais je le crois innocent et je le croirais innocent tant qu'on ne m'aura pas donné des preuves du contraire. C'est l'heure de réparer le crime commis et de rendre hommage à ce défenseur de l'école laïque.

Le maire rappelle que le 16 octobre le conseil fut unanime à voter une adresse de protestation contre la façon dont Ferrer avait été condamné, mail il ajoute qu'il faut attendre que la vérité historique se soit fait jour sur cette affaire, il ne voit pas l'utilité de donner à une rue de Rennes le nom de Ferrer, alors qu'il y a tant d'illustres Français qui attendent qu'on les honore.

M. Deschamps. Le vœu est prématuré. Quant à l'adresse du mois d'octobre, elle correspondait aux sentiments de tous. Quel point de vue pratique voyez-vous à débaptiser les rues?

M. Dottin. En principe, je ne suis pas pour débaptiser les rues. Cela jette le trouble dans les esprits et dérange les commerçants. Cependant il y a des rues dont les noms ne correspondent plus à rien.

M. Deschamps. Ne vaudrait-il pas mieux attendre de savoir à quoi s'en tenir au sujet de Ferrer, et ne pas faire aujourd'hui quelque chose que nous pourrions regretter demain ? Pourquoi ne laisserait-on pas écouler un certain temps, 5 ans, comme l'a demandé le conseil municipal de Paris, avant de donner le nom d'un homme célèbre à une rue ?

M. Laurent. Je suis de l'avis de mon collègue Deschamps, je trouve qu'on peut attendre. Nous avons aussi en France des hommes qui ont fait œuvre laïque : Jules Ferry, Jean Macé, Paul Bert et il n'est pas de rues portant leur nom. [...]

M. Deschamps. Il s'agit de savoir si nous devons donner à une rue le nom d'un homme dont nous ne connaissons pas toute la vie. Je ne crois pas qu'on puisse prendre une telle responsabilité vis-a-vis de la ville que nous représentons. [...]

M. Bahon se déclare d'un avis opposé à celui de MM. Deschamps et Laurent. Il parle de Ferrer, martyr de la pensée libre, et dit qu'il y a d'autant plus lieu de faire la manifestation proposée, qu' aujourd'hui la pensée libre est en butte aux attaques cléricales...

M. Deschamps relève une phrase de M. Bahon, qui a fait remarquer qu'il y avait en Ferrer un symbole et le propagateur d'idées révolutionnaires.

Or, pour lui, s'il ne veut pas se refuser à glorifier le symbole, il ne consentira jamais à rendre hommage à l'anarchiste.

M. Bougot. Anarchiste ! anarchiste ! Sous l'Empire on traitait bien un prédécesseur de M. Janvier d'anarchiste, parce qu'il était républicain !

La discussion étant close et personne ne demandant la parole, le maire met la proposition du comité radical-socialiste aux voix.

Douze conseillers se prononcent pour, 18 contre. »

— L'Ouest-Eclair
Origine : Numéro du 2 décembre 1909 • Recueilli par Manu35 • 2018licence


« Chez les Radicaux-Socialistes - Les membres du groupe radical-socialiste, qui avaient dernièrement procédé à la réélection de leur bureau, au cours de l'assemblée générale, se sont de nouveau réunis jeudi soir, à 8 heures et demie, à l'hôtel Central.

Au cours de cette réunion, il devait être demandé raison à M. Laurent, adjoint au maire, et à M. Malapert, conseiller municipal, tous les deux adhérents au comité radical-socialiste et qui, l'un et l'autre, présidèrent pendant un an à ses destinées, de leur vote au sujet de la motion présentée à la dernière séance publique du Conseil municipal, tendant à donner le nom de Francisco Ferrer à une rue de Rennes.

Cette motion, présentée par M. Dottin, premier adjoint, au nom du comité radical-socialiste qu'il présida lui aussi, fut, on s'en souvient, repoussée après avoir été vigoureusement combattue par M. Deschamps, auquel s'était joint M. Laurent qui, comme M. Malapert, avait voté contre.

M. O. Leroux, le nouveau président du comité radical-socialiste, [...] a prié ceux-ci de s'expliquer sur leur vote.

L'un et l'autre ont déclaré, comme l'avait déjà déclaré M. Laurent au Conseil municipal, d'accord avec M. Deschamps, que s'ils n'avaient pas voté en faveur de la proposition présentée par leur comité, c'est qu'ils estimaient que la ville de Rennes avait mieux à faire que de glorifier un étranger, sur le compte duquel, personnellement, ils ne s'estimaient pas suffisamment édifiés, alors que la mémoire de tant d'illustres Français n'était pas, dans notre ville, honorés par la moindre plaque d'émail. »

— L'Ouest-Eclair
Origine : Numéro du 25 décembre 1909 • Recueilli par Manu35 • 2018licence

La rue Francisco Ferrer verra finalement le jour en 1931. Une centaine de mètres la sépare de la rue Carle Bahon.

Sur la carte

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Note et références

  1. Délibérations municipales, Archives de Rennes
  2. L'Ouest-Eclair du 17 octobre 1909