7 août 1932 : le monument d'Union de la Bretagne à la France saute : Différence entre versions

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[[Fichier:Le_monument_de_la_niche_de_l_hotel_de_ville.jpeg|250px|left|thumb|Le monument commémoratif représenté dans une plaquette ''L'Hôtel de Ville de Rennes'', imp. Oberthur - 1919]]
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[[Fichier:Le_monument_de_la_niche_de_l_hotel_de_ville.jpeg|250px|left|thumb|Le monument commémoratif de "l'union de la Bretagne à la France ; Breiz ha Bro-C'Hall o vont D'en em unani" ( plaquette ''L'Hôtel de Ville de Rennes'', imp. Oberthur - 1919)]]
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[[Fichier:Union288.jpg|right|300px|thumb|Défilé  dans Rennes d'une duchesse Anne sous dai.( L'Instantané. Supplément illustré de la Revue hebdomadaire -11 novembre 1911)]]
 
===La niche de l'hôtel-de-ville de Rennes perd son monument===
 
===La niche de l'hôtel-de-ville de Rennes perd son monument===
 
[[Fichier:Plan_de_rennes_vers_1927.jpeg|250px|right|thumb|plan de Rennes en 1929 (''Guide Michelin'')]]
 
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Version actuelle en date du 3 décembre 2018 à 09:47

Le monument commémoratif de "l'union de la Bretagne à la France ; Breiz ha Bro-C'Hall o vont D'en em unani" ( plaquette L'Hôtel de Ville de Rennes, imp. Oberthur - 1919)
Défilé dans Rennes d'une duchesse Anne sous dai.( L'Instantané. Supplément illustré de la Revue hebdomadaire -11 novembre 1911)

La niche de l'hôtel-de-ville de Rennes perd son monument

plan de Rennes en 1929 (Guide Michelin)

Il est 4h40, ce dimanche 7 août 1932 quand les Rennais sont réveillés par une très forte déflagration qui les met tous aux fenêtres. Ils sauront très vite qu'en fait a été touché le monument de Jean Boucher,[1] ensemble symbolisant l'union de la Bretagne à la France, figurant Anne de Bretagne aux genoux du roi de France Charles VIII. Le monument de 4 m par 4,70 m a été détruit par une forte charge explosive. Les vitres de l'hôtel-de-ville, du théâtre et des maisons voisines à cent mètres à la ronde ont volé en éclats. L'Ouest-Eclair publiera quelques heures après "le crime" une édition spéciale que les Rennais "s'arrachèrent".

L'édition du lendemain, lundi, consacre les deux tiers de sa première page à cet événement et titre :

Sur la place de l'Hôtel-de-Ville à Rennes une bombe a fait sauter le monument symbolisant l'union de la Bretagne à la France

Et il précise : la statue renversée de son socle a été affreusement mutilée. Le monument de Boucher gît dans un pêle-mêle indescriptible de métaux et de moellons, les personnages du groupe "face contre terre et horriblement mutilés". Une photo montre le monument avant sa destruction, une autre la foule des Rennais qui ont défilé toute la journée du dimanche place de la Mairie devant les débris. Et le journaliste d'interroger le chef de la Sûreté sur les peines dont étaient passibles les coupables et la réponse est : la peine de mort!

La seconde page est aux trois quarts consacrée à l'événement, une photo montrant les dégâts, une autre le statuaire Jean Boucher devant ceux-ci. On y précise que l'explosif devait être composé de deux ou trois cartouches de cheddite ou de dynamite, volées à la poudrière de Laval. Les poseurs étaient expérimentés car ils ont placé le pétard à l'endroit où le métal du monument était au plus près de la pierre. On a retrouvé des débris de bronze au bas de la rue d'Estrées.

L'hôtel de Ville, vers 1920, avec, dans sa niche, le grand monument symbolisant l'union de la Bretagne à la France- carte "La Cigogne", Rennes
Dans la presse, le lendemain

Le contexte

Cortège célébrant en 1911 le 4e centenaire de l'union
La duchesse Anne au Thabor

Cet évènement intervient le jour même où à Vannes, on va célébrer avec éclat - et non avec éclats comme à Rennes - le quatrième centenaire de l'acte d'union de la Bretagne à la France, intervenu en 1532, les Etats, réunis en cette ville, ayant adressé au roi une "supplique"" sollicitant l'Union de la Bretagne à la France Wikipedia-logo-v2.svg Or le monument visé commémore ce pacte dans "la capitale administrative, morale et intellectuelle de la Bretagne", souligne le journal. On a retrouvé au pied du monument des tracts de Breiz Atao mais leurs représentants à Rennes sont introuvables et leurs portes closes. A Vannes le dimanche, Debauvais et plusieurs autonomistes ont été détenus toute la journée. Des perquisitions ont lieu au siège de Breiz Atao, rue Edith Cavell et chez François Debauvais[2]. On ne trouve pas d'indices sur les auteurs que l'on soupçonne être dans la mouvance de l'association secrète Gwenn-ha-Du.

Et le journal d'exprimer le souhait qu'à Vannes la foule anonyme chante d'un même cœur et avec une émotion plus grande encore La Marseillaise et le Bro Goz ma Zadou. Jean Boucher interrogé estime que s'en prendre à un pauvre bronze ne peut que nuire à la cause régionaliste ou autonomiste. [3]Le journal rappelle aussi l'inauguration du monument, le 29 octobre 1911, qui s'était déroulée devant "un concours de Bretons venant de tous les coins du pays", avec un vibrant discours d' Anatole Le Braz mais la cérémonie fut troublée "par un coup de sifflet d'un excellent poète breton" appréhendé et détenu provisoirement. Camille Le Mercier d'Erm * qualifiait l'oeuvre de Boucher de

Inauguration du monument le 29 octobre 1911 : "M. Chaumet, sous-secrétaire d'État aux postes, prononce son discours". Revue L'instantané du 11/11/1911

"monument de la honte" et, en 1911, des régionalistes convaincus, tel le marquis Régis de l'Estourbeillon, chef de file de l'Union régionaliste bretonne, député du Morbihan, qui avait adressé au maire de Rennes une carte indiquant qu'il ne pourrait assister à l'inauguration "en raison du caractère anti breton du monument", de même que le comte Lanjuinais qui avait déploré que le pacte d'union conclu quand la Bretagne, sa petite patrie, s'était donnée librement donnée à la grande patrie n'avait pas été observé.[4]

Les auteurs

Dès le 7 août, le journal d'interroger : " Quels sont les auteurs de ce stupide attentat inqualifiable coïncidant avec les fêtes commémoratives célébrées hier à Vannes ?"

Gwenn-ha-Du revendiquera la destruction dans un communiqué envoyé à la presse:

Les Français célèbrent aujourd'hui le quatrième centenaire de leur victoire et de l'annexion de la Bretagne. Toujours Bretons, non conquis malgré quatre siècles d'occupation française, nous avons décidé de remettre entre les mains des Bretons les destinées de leur patrie pour le plus grand bien de la patrie bretonne. Nous ouvrons la lutte pour la délivrance de notre pays en ce jour anniversaire de notre annexion par la destruction du symbole de notre asservissement qui trône au centre de notre capitale.[5]

L'attentat aurait été perpétré par Célestin Lainé[6] seul, avec de la nitroglycérine fournie par Guillaume Berthou,[7] contenue dans une boîte à lait condensé. Selon d'autres, l'auteur serait le nationaliste André Geffroy[8] qui aurait utilisé un engin concocté par Lainé, ingénieur chimiste. Le 11 août, six autonomistes sont arrêtés, maintenus cinquante jours en détention préventive puis libérés. Breiz Atao dans son numéro d'avril avait annoncé une action, et après l'attentat parut, sur feuilles volantes, une chanson en breton et en français intitulée " chanson nouvelle au sujet du forfait de Rennes du 7 août 1932". De son côté, l'écrivain Jakez Riou Wikipedia-logo-v2.svg compose en breton, à propos de l'enquête, une farce qui ne sera publiée qu'en 1943[9].

Le journal communiste L'Humanité prend parti en faveur des indépendantistes bretons. Edouard Herriot, président du Conseil, (qui, le 20 novembre à Ingrandes, verra couper la voie ferrée par laquelle il arrive à Nantes pour inaugurer une plaque commémorative dudit acte d'union) craint que cet attentat ne soit exploité par malveillance par certaine presse étrangère (il doit penser aux presses allemandes et soviétiques ) et le gouvernement demande aux quotidiens parisiens de ne pas grossir les faits, ainsi que le préfet d'Ille-et-Vilaine Bodenan qui demande aux journalistes de "réduire cette affaire à de justes proportions et de rester sur le terrain judiciaire". L'attentat est condamné par la plupart des hommes politiques, du maire de Rennes Jean Lemaistre, qui parle d'« un attentat abominable », à Édouard Herriot qui y voit... la main de l'Allemagne. La majeure partie de la presse, tant nationale que régionale, condamne l'acte. Le Matin décrit ainsi « les passants (...) contemplaient, atterrés, l'œuvre de vandalisme dont ils réprouvaient les auteurs », et L'Ouest-Éclair indique que des « Rennais fiers à juste titre de tous les monuments qui embellissent leur grande cité [sont] vivement émus La destruction du monument rennais produisit au dehors une vive émotion que vint ensuite accroître ce que l'on a appelé "l'attentat d'Ingrandes".[10]

On peut voir des fragments du monument à la mairie de Cesson-Sévigné, Jean Boucher étant natif de cette ville.

Références

  1. Jean Boucher (sculpteur) Wikipedia-logo-v2.svg
  2. François Debauvais Wikipedia-logo-v2.svg
  3. L'Ouest-Eclair des 8 et 9 août 1932
  4. documents fournis en annexe de la conférence donnée par Michel Denis, le 14 décembre 2004, aux archives municipales de Rennes sur les fêtes à Rennes
  5. Fransez Debauvais de Breiz-Atao et les siens, par Anna Youenou t. II - 1975
  6. Célestin Lainé Wikipedia-logo-v2.svg
  7. Guillaume Berthou Wikipedia-logo-v2.svg
  8. André Geffroy Wikipedia-logo-v2.svg
  9. Voir Rennes dans la littérature de langue bretonne.
  10. Histoire de Bretagne des origines à nos jours par E. Durtelle de Saint-Sauveur. t. II Rennes Plihon - 1936


Liens internes


Liens externes

http://follenn.chez.com/1932.htm.