Après la libération, les internées administratives au camp Margueritte

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Le camp Margueritte

Plan du secteur du quartier Margueritte, reproduit de 1939 à 1949 : le camp Margueritte n'y figure pas

Annexe de la prison Jacques Cartier, le camp Margueritte était situé au sud de la caserne éponyme, en bordure du boulevard Georges Clémenceau alors inachevé. Sur plus de 3 hectares, il comprenait 18 baraques en parpaings, recouvertes de tôles ondulées, construites en avril 1940. Il accueillera des réfugiés des régions envahies, puis ce seront des soldats coloniaux. Chaque baraque avait une capacité de 120 personnes. Le camp sera entouré, pendant l’occupation, d'une triple rangée de barbelés d'une hauteur de 4 mètres. Trois miradors avec projecteurs ainsi que trois postes de garde assuraient la sécurité intérieure du camp.

Vue aérienne du camp

Août 1944 : changement de « pensionnaires » Les 2 et 3 août 1944, les prisonniers politiques détenus dans la Prison Jacques-Cartier et au camp de détention Margueritte ainsi que des prisonniers de guerre alliés furent embarqués par les Allemands dans deux trains en direction de Redon et de l’Allemagne. [1] Après la libération, les notables otages que les Allemands venaient de libérer [2] vont être remplacés par des hommes et des femmes dénoncés comme collaborateurs, ou connus comme tels, ainsi protégés dans un premier temps de la colère populaire puis, en fait, « détenus administratifs », en attente d’une instruction de leur cas et éventuellement d’un jugement et d’une condamnation.

Le témoignage d’une détenue administrative

Mme Gabrielle Le Pannetier de Roissay, 51 ans, est l’épouse de Jean-Marie Pannetier de Roissay, président de la fédération départementale de l’Action française, médecin requis pour l’examen médical des jeunes appelés au service du travail obligatoire [3] dans la région de Fougères. Ils habitent un manoir à Landéan, qui a été occupé en partie par des échelons successifs de l’organisation Todt puis, à la fin par la Feldpost, le service postal militaire de campagne, capturé le 2 août par l’armée américaine à laquelle s’étaient joints des jeunes gens de Landéan soi- disant FFI qui pillèrent le dépôt , acte dénoncé par lettre du 24 août de cette dame au commandant Adam des FFI de Rennes. Un mois après la libération, sur dénonciations, elle est incarcérée sans indication de motif, quelques jours après son époux, au camp Margueritte de Rennes. Elle va, pendant son séjour forcé, écrire au stylo sur deux cahiers scolaires, l’un de 72 pages, ouvert le 29 septembre 1944, l’autre de 94 qu’elle achèvera le 1er janvier 1945, ayant été libérée la veille. Elle aura aussi rédigé de nombreuses fiches sur les internées.

Les extraits de ces documents sont utilisés ici, en caractères italiques. [4]

(photo C. Desevedavy. Musée de Bretagne)

Le camp et son cadre

au cagibi des tinettes qui nous sert de WC. Jusqu’à présent il n’y avait pas de fermeture intérieure, ce qui était assez désagréable. Depuis aujourd’hui il y a un verrou, c’est une amélioration. À l’est de la baraque, dans un petit boyau de terrain herbu et bordé d’un côté par la baraque, de l’autre par une muraille élevée de barbelés quadrillés (18 à 20 rangs), il y a un bassin rectangulaire en zinc et une dizaine de robinets d’eau disposés au-dessus de ce bassin. C’est là le cabinet de toilette des internées […] Depuis peu de temps seulement d’un côté il y a une palissade de bois qui plus ou moins hermétiquement obstrue la vue des regards étrangers mais de l’autre côté la vue est libre vers la campagne sur une quadruple haie de barbelés quadrillés entre lesquels est ménagé un petit sentier où les policiers font une continuelle ronde de garde […] des autres côtés se trouvent des immeubles tout neufs qui sont, parait-il, des maisons de gendarme. On aperçoit, sur la droite, la ''Prison Jacques-Quartier'', la terreur des internées […] le matin sonne l’Angélus à l Église des Sacrés-Cœurs qui n’est pas très éloignée mais, la nuit seulement, on entend le « Gros » […] de la mairie. [5] Fin novembre, une haie des genêts est installée entre les barbelés pour occulter les vues.

Les détenues sont parquées, à 110, 120 par baraque, dans deux baraques de 50m x 8 m. Le 14 octobre elles sont 135 dans une baraque. Le 4 octobre trois poêles ont été installés. Les poux surviennent. Au fil des jours certaines sont appelés pour l’instruction de leur cas, pour l’incarcération à la prison Jacques Cartier, pour le jugement, pour l’hôpital ou… pour leur libération. Le brigadier Martin, lors de l’appel, tait volontairement le motif, nourrissant ainsi l’angoisse, espoirs de libération déçus. Tentatives de suicide chez les hommes. Un intendant Charles tente de se suicider, montera sur un toit, sera enfermé à Saint-Méen [6] , et le mari d’une internée, Marcel Dulong, blessé lors de son arrestation, après une tentative au rasoir se suicide, le 24 novembre, en sautant du toit de l’hôpital où il avait été transféré ; il était accusé « d’être le responsable du coup de main de Broualan par la seule faute de cette malheureuse poignée de mains au sinistre Bélier », écrit-il dans une longue lettre à sa femme internée [7]

Le personnel de garde

Il y a la grande policière, Mme Traconnet qui nous garde de 13h00 à 19h00, elle n’est pas commode […], surnommée « Tinette », une belle brune avec de beaux cheveux est Mme Lemonnier, une toute petite est Mme Mouton (Paulette). Il y a aussi une blonde Marinette. Les gardiens sont un grand brigadier Mérel qui est surnommé « Nickel » et un autre brun, assez dur, nommé Bouliou, surnommé « Au poil » car c’est une expression qu’il emploie toujours pour exiger de nous des nettoyages, le brigadier Martin. Et sont de garde des G.M.R, gendarmes des groupes mobiles de réserve - qui, début août étaient encore aux ordres du gouvernement de Vichy. Elle résumera en dernière page du premier cahier les vexations policières et les conditions de vie : tinettes sans porte dans la cabane, lits de 0, 60 m de largeur et matelas sales, promiscuité, parfois mesquineries, disputes mais aussi partage des colis… . À l’heure des toilettes les policiers ont, semble-t-il quelque plaisir à faire leur ronde. Je n’ai pas aperçu mon époux […] je ne l’ai pas vu parce qu’on ferme exprès nos portes de baraque pour que nous ne voyions pas les hommes passer. Quelle mesquinerie ! Il est strictement interdit de regarder du côté des hommes par une fenêtre de baraque. Le 19 novembre, on met un homme à la cellule parce qu’il a parlé à une femme. J’en profite pour faire la morale aux femmes des baraques car le pauvre a été maltraité, battu avec un nerf de bœuf et a la joue et l’œil rouges. L’incartade est sanctionnée d’une mise en cellule. Un policier demande à une des internées s’il y a des femmes de docteur. Cette personne répond : « Mme Tizon », chef de baraque. Ce policier regardant dans son carnet et allant voir un copain de dire : « Vous avez une comtesse Pannetier de Roissay. Oui, répond cette personne […] « Oh celle-là, reprit le policier, elle est bien là ». Le médecin lui apparaît inopérant et l’infirmerie ne dispose de presque rien. Il y a des cas de salpingites, rhumes, bronchite et grippe arrivent.

La journée

Vers 7 h, réveil puis commence le remue-ménage pour la toilette et les toilettes. 8 h, distribution du « café »

plan du camp. Décembre. 1944. Les baraques 1, 2 et 3 étaient celles des détenues

8 h15 messe de l’abbé Poisson, vicaire à Notre-Dame-de Bonne-Nouvelle [8] suivie par un petit groupe de femmes des deux baraques, mais que ne manque pas Mme Le Pannetier.

Faire son lit, draps et couverture pliés sur le pied du lit

Matinée : possibilité de sortir sur une bande de 1,5 à m à 2 m de largeur, le boulevard des barbelés. Vers les 9h30 on voit surgir deux brigadiers qui viennent surveiller on ne sait trop quoi, les lits, les gens etc. Puis c’est le cortège pour le docteur.

11h30, cortège pour les colis. M. Le Calvez, brestois, responsable du camp fait l’appel et les détenues reçoivent leurs colis tout défaits. Pluches.

12h – 12h30 : déjeuner avec pain, potage et pommes de terre à l’eau épluchées, parfois un peu de café américain d’un colis.

Après-midi : interrogatoires. Une fois par semaine, aux douches en cortège deux par deux, quatorze à la fois.

19h00 – 19h30 : Dîner : pommes de terre non épluchées, parfois un œuf ou un bout de fromage, un peu de viande bouillie deux fois par semaine, bien préparés par M. Métayer, excellent restaurateur de Rennes, interné ainsi que sa femme.

20h30 : fermeture des portes du baraquement

21h00 : appel par la chef de baraque, en présence d’un policier, avancé à 20h00 le 9 novembre.

21h30 : toutes doivent être couchées, lumière éteinte.

Le dimanche, messe à 9h00 qui réunit hommes et femmes (une trentaine pour la baraque de Mme Le Pannetier), et, à 14 h00, séance récréative dans une grande baraque aménagée, enveloppes de matelas en guise de rideaux.

Internées et internés administratifs

Pour telle séance récréative, Mme Le Pannetier trouve le spectacle aussi charmant que spirituel dont les auteurs sont principalement : M. Margerl, M. Millau, M. Flambard. Le 12 octobre elle écrit : J’ai offert la messe pour le Cne Flambard qui a été emmené hier par les FFI, ceux de Guingamp le réclamant. Je suis inquiète pour lui, ils sont si méchants ces gens-là […] Il avait dit-on marché contre le Maquis […] Dieu le protège et le garde à sa femme et à ses 4 enfants. [9] , le chansonnier Jean de la Lune (M. Jean Mercier), chœurs écrits et dirigés par M. Bretin ( dit Lhéry pour le théâtre) [10] mais parfois, piteuse séance quant au choix des morceaux et de l’exécution. Vulgarité détestable des filles en pantalon sur la scène, ce qui est fort laid. Le 19 novembre c’est "Caracalla", pièce où les phrases classiques pullulent plus ou moins mélangées d’argot ou de français un peu violent […] puis M. Michel, directeur de la Feria, joua des airs d’accordéon… [11] Au cours des pages, sont cités des personnes connues : Yves Le Drezen, [12] ; des Rennais tels que le Dr Tizon , [13] , le Dr Perquis, , Me Perdriel-Vaissière, avocat, tous trois membres du comité des amis de la L.V.F., dont ce dernier est président et sa secrétaire est aussi détenue, l’abbé Poisson, l’abbé Chauvel, un petit prêtre à barbe et à soutane en mauvais état, M. Artur, directeur de l’Ouest-Eclair [14] ; les miliciens ou dits comme tels souffrent d’un traitement extrêmement brutal qui fait peine à voir.

Page de cahier de Mme Le Pannetier de Roissay

Les internées sont 250 à 300, de 18 à 76 ans, mais assez jeunes majoritairement. Parmi les personnes citées par Mme Le Pannetier 88 sont indiquées d’Ille-et Vilaine (dont, 25 de la région rennaise, 22 de la région malouine, 10 de Redon, 10 de Fougères), 15 du reste de la Bretagne, 10 de l’extérieur. Elle estime que ce sont, à part un demi-quart qui sont peut-être suspectes de dénonciation : des femmes ayant travaillé comme f. de ménage chez les Allemands, des femmes ayant eu un amant allemand, des femmes ayant pris une adhésion au R.N.P. [15] pour faire revenir de captivité un mari, un frère, un beau-frère ! ou encore des femmes que l’on a arrêtées parce que l’on n’a pas pu trouver leur mari, leur fils, leur fille etc… Et tout cela depuis trois mois ne s’éclaire ni ne bouge. Les libérations sont rares aussi et inattendues car celles qui n’ont rien sur leur dossier sont toujours là tandis que des cas plus obscurs sont libérés. Elle s’insurge : [[c’est bien une pure méchanceté et une ignoble injustice qui imposent une telle vie rétrécie et pénible à des détenues préventivement […] et parmi lesquelles il y a forcément beaucoup d’innocentes comme je le suis moi-même, des malheureuses qui sont victimes de calomnies, de jalousies méchantes, de ragots de concierge et de mégères.]] Elle fait état, le 7 novembre, qu’il y aurait au comité de libération 300 dossiers pour lesquels personne ne veut prendre la responsabilité de les signer. [16] Elle relève les présences de Mme Kaiser, épouse française du célèbre joueur de football allemand du Stade rennais Walter Kaiser, avant la guerre. Il a fait beaucoup de bien et notamment empêché de partir l’avocat Baudet qui en était fort menacé ; [17] , celle de May Carré, milicienne, de Mlle Sonia Oulberg (probablement Ulberg), secrétaire du marquis du Perron, [18] chef de la Milice, ayant beaucoup été utilisée par les Allemands mais se défendant d’avoir fait de l’espionnage, de Mme Merle dont le mari tenait le C.O.S.I. à Rennes, [19] on dit que c’est un cas assez grave, ce sont les biens des Juifs pris par les Allemands que l’on distribuait, parait-il, aux Français ; de Marie-Thérèse H., maîtresse de Breuer [20]. Cléo Bougault nous a raconté qu’attachée à une compagnie allemande avec laquelle elle était de retour de Normandie (à Saint-Grégoire puis au collège Saint-Vincent une nuit elle était la maîtresse d’un Allemand, elle a été arrêtée par un prêtre, l’abbé Baudry [21] , rue de Paris, qui la dénonça subitement tandis qu’elle allait chercher les objets qu’elle avait reçus en cadeau des Allemands…

Dessin d'un détenu en 1945

Mme Le Pannetier de Roissay, qui ne dédaigne pas de coucher sur une fiche les plaisanteries lestes qui sont racontées (On se distrait d’un rien, lettres d’amour plus ou moins grossières, chansons plus ou moins décolletées, réflexions…) laisse 20 fiches détaillées sur des détenues et rédige aussi une liste relevant les motifs d’internement des femmes de sa baraque (2, anciennement 1) dont elle a eu connaissance - surtout par les personnes concernées, doit-on penser car elle écrit : c’est inouï la quantité de brouillons de lettres que l’on m’a demandé de faire. Elle note ainsi les motifs d’internement pour 80 femmes sur 115 : travail et familiarités :17 – familiarités : 8 [22] travail chez les Allemands :16 – opinion : 9 – collaboratrices :7 – divers : 5 (mari franciste tué, Alsacienne, démêlés avec commissaire, refus de coucher avec FFI…) – commerce, marché noir : 7 - rien : 10, ce qui signifierait : aucun motif donné. Deux cas parmi d’autres décrits sur fiches : Azeline Mil, née à Baulon, son mari prisonnier est, par 8 personnes nommées, accusée d’être milicienne, a été arrêtée à Baulon, et conduite au château de Monterfil, a été battue, cheveux coupés, […] enfermée au château de Monterfil dans un cachot, a été gardée 5 semaines à Monterfil avant d’être emmenée à Rennes pour qu’on ne voit pas les marques de coups qu’elle avait sur le corps. Cette Mme Mil avait pourtant fait sortir 2 Français de prison ; Mlle Annie Latreille, petite-fille de M. Lemaître, sénateur, ancien maire de Rennes [23] […] Elle est jolie, grande, intelligente […) fiancée à un officier allemand. Le 21 octobre, elle hérite du brassard de chef de baraque, travail très fourni, très absorbant et je vois bien que je ne vais plus du tout m’appartenir. En effet, de nombreuses taches lui incombent ; ainsi elle établit des listes : de 18 noms de démunies ayant besoin de vêtements, arrêtées en vêtements légers d’été, de 15 pour l’obtention de colis de la Croix-Rouge, de 38 démunies de cartes d’alimentation, perdues, volées, restées au domicile avec les adresses notées. Elle se soucie beaucoup du sort de ses « femmes » ou de ses « filles», ainsi qu’il lui arrive d’écrire. Le 14 décembre arriveront de la prison Jacques Cartier des détenues étrangères de droit commun ayant purgé leur peine. Visites de personnalités

Le 6 octobre, attendu à 9 heures, était arrivé à 15h00, le préfet, homme brun de forte carrure, d’aspect sérieux et ému [24] […] il nous dit d’avoir confiance en lui, qu’il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour nous faire libérer avant la fin du mois, du moins toutes celles qui n’ont pas de cas grave […] qu’il y avait surtout parmi nous certaines qui, par vice ou par intérêt, s’étaient mal conduit avec des Allemands mais que s’il fallait enfermer toutes les femmes qui avaient couché avec des Allemands il y en aurait trop… Mme Le Pannetier pense qu’il a un grand pouvoir […] et nous a semblé aussi bienveillant que sincère. Les deux adjectifs sont soulignés. Le 9 octobre, entre 10 et 11 heures l’archevêque Mgr Roques [25] vient au camp […] C’est seulement un petit mot à demi gouailleur qu’il nous a dit : « Il fait bon au soleil ; vous avez des vacances prolongées ». J’ai réussi à lui dire que c’était plutôt dur d’être là et qu’il y en avait beaucoup parmi nous qui n’avaient rien fait pour cela. Il nous a dit de prendre patience, qu’un jour tout cela se tasserait. Sans doute que lui aussi nous considère tout comme des « putains des Boches », comme disent les policiers, « garces » et « gonzesses ». Le 21 octobre le préfet revient avec sa secrétaire et quelques membres du Comité départemental de la Libération : M. Heurtier, pharmacien, Me Chevallier, bâtonnier, Mme Émilienne Martin, la salope. [26] Ils ne disent rien, parlent entre eux, et montent chez les hommes Quels monstres que ces odieux et injustes personnages ! [27] Le 20 décembre […] vers 15 heures, le préfet vint en personne au camp mais pas dans les baraques, il n’avait que fait appeler les femmes qu’il avait fait libérer, c’est-à-dire les 27 heureuses.[…] Ce furent des joies mais bien relatives car presque toujours il y avait en marge interdiction de séjour dans son département ou conseil de ne pas rester à l’endroit où l’on vous a arrêtée […] il y a par contre en même temps des larmes, car en même temps que les libérations il y avait des peines de 10 ou 12 mois d’internement pour avoir eu un ami allemand.

Enfin libérée

Maintenant, à l'emplacement du camp Margueritte

Le 21 novembre un commissaire avait présenté à Mme le Pannetier de Roissay, un arrêté indiquant comme motif d’arrestation : collaboration et intelligence avec l’ennemi et on lui fit comprendre qu’elle sera encore incarcérée à Noël. De colère, elle déchira le papier. Le 24, dans une lettre au commissaire, elle argue de son stricte minimum de rapports avec les Allemands qui occupaient une grande partie de sa propriété qu’ils ont détériorée et , au lieu d’intelligence avec l’ennemi, elle parle d’inintelligence car elle n’a jamais voulu, par fierté et délicatesse nationales qui sont d’une singulière ironie à l’heure actuelle, profiter des avantages que j’aurais pu facilement trouver près des Allemands et qu’autour de moi paysans et gens du bourg ne se sont pas fait faute de rechercher, je veux dire m’approvisionner de ces denrées contingentées qu’il nous était si difficile, pour ne pas dire impossible de nous procurer […]Internée depuis onze semaines pour un motif faux, j’insiste pour que soit revu sans tarder mon dossier. Un inspecteur qui l’interrogeait lui révéla : « Dans le casier où se trouve généralement l’accusation, vous n’avez rien. », écrit-elle. Plusieurs fois on lui annonce sa très prochaine libération, espoir déçu qui se concrétisera enfin le 31 décembre.


--Stephanus (discussion) 16 janvier 2018 à 21:43 (CET)

Notes et références

  1. Le dernier train de résistants déportés et militaires prisonniers quitte Rennes juste avant la libération
  2. Les otages bretons de la baraque XIV. Rennes, 7 juin – 1er août 1944- Yves Rannou. Bulletin et mémoires de la Société archéologique et historique d’Ille-et-Vilaine, p. 389 t. CIII – 2000
  3. Le S.T.O. pour des Rennais
  4. Documents inédits communiqués par un petit-fils, M. Yves Le Pannetier de Roissay
  5. Cloche du beffroi de l’ Hôtel de Ville de Rennes qui ne sonne plus depuis les années soixante
  6. Asile de Saint-Méen
  7. Le milicien Béllier avait participé à l’opération de la Milice à Broualan contre le maquis le 6 juillet 1944, tuant deux personnes
  8. Autonomiste, auteur de nombreux ouvrages sur la Bretagne, libéré le 28 octobre
  9. Le lieutenant de gendarmerie Jean Flambard mena la recherche et la répression dans la région de Guingamp contre les « terroristes » et fut condamné à 2 ans de prison et 5 ans d’indignité nationale, peine jugée légère par les résistants
  10. André Lhéry, chef d’orchestre au théâtre de Rennes
  11. Sa femme est aussi détenue. La Feria était une des trois maisons de passe rennaises réservée aux occupants allemands. MM. les Occupants se distraient
  12. Plume régulière de L'Heure bretonne, hebdomadaire nationaliste breton qui s’affichait au premier étage de l’immeuble situé à l’angle de la rue d’Estrées et de la place de la Mairie
  13. Le Dr Tizon sera condamné à une peine de deux années de prison, assortie d’une indignité nationale et la confiscation du quart de ses biens
  14. Sera condamné à 10 ans d’indignité nationale
  15. Rassemblement national populaire, parti d’extrême droite, collaborationniste, fondé par Marcel Déat en 1941. Se voulant socialiste et européen, il visait à « protéger la race », et à collaborer avec l’occupant
  16. le 11 octobre, constat était fait au C.D.L. que, par manque de personnel, il y a embouteillage du travail d’épuration en cours, 318 dossiers étant en souffrance depuis plusieurs semaines
  17. Kaiser a pu, par ses fonctions auprès de l'occupant allemand, détruire de nombreuses lettres de dénonciation entre habitants de Rennes
  18. Du Perron de Maurin, ancien commissaire régional aux questions juives, chef régional de la Milice, exécuté le 5/11/1946
  19. Comité ouvrier de secours immédiat, 16 rue du Pré-Botté
  20. Hauptscharführer Adolph Breuer, du SD de Rennes, qui avait pris la fuite vers la Belgique en compagnie de sa maîtresse rennaise, elle-même interprète à ce SD. Le couple sera arrêté et incarcéré à Bruxelles et Breuer se suicidera dans sa cellule
  21. Allée Chanoine Baudry
  22. Familiarité : euphémisme pour relations sexuelles avec des Allemands
  23. rue Jean Lemaistre
  24. Bernard Cornut-Gentille, 45 ans
  25. rue Cardinal Roques
  26. « la salope », terme ajouté probablement ultérieurement d’une petite écriture. Au Palais Saint-Georges, le bureau de Mme Martin (Pierrette), infirmière de la Croix-Rouge, servait de poste de commandement à la Résistance. 1er – 4 août 1944 : L’Étrange libération de Rennes, p. 218. Étienne Maignen – Éditions Yellow Concept - 2017
  27. Ces qualificatifs traduisent tout le ressentiment de la rédactrice qui se sent injustement internée