La mort mystérieuse de l'amiral de Villeneuve

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C'est dans la rue aux Foulons, actuelle rue Le Bastard, presque en face de l'hôtel de Robien, marqué par sa tourelle en encorbellement coiffée d'un joli lanternon, qu'existait, au numéro 6 au début du 19e siècle, une hôtellerie, "l'hôtel de la Patrie"[1]. Au n° 24, un petit immeuble en retrait avec piliers en façade et une frise en bois au-dessus de chaque étage donne l'alignement ancien des bâtiments avant l'incendie de 1720. Au n°14 on trouve un bâtiment en L, l'hôtel Le Gonidec de Traissan, construit pour cette famille en 1786, marqué en façade principale, au fond de la cour, par quatre pilastres à chapiteaux de style ionique.

Le vice-amiral défait à Trafalgar vient à Rennes

Vice-Amiral Pierre Charles de Villeneuve (de Wikimedia Commons)

Le 17 avril 1806, le vice-amiral Pierre Charles Silvestre de Villeneuve Wikipedia-logo-v2.svg, 43 ans, venant de Morlaix, fait halte à Rennes. Il est descendu à l'hôtel de la Patrie géré par M. Ledéan, dont il ne sort guère, plongé dans une profonde mélancolie due à sa situation. Il a écrit le 9 avril au duc Decrès, ministre de la marine, pour se soumettre à la justice de l'empereur connaître les dispositions du chef de l'État à son égard et l'informer, qu'avant de poursuivre sa route, il attendait une réponse. Il aurait lu dans le Moniteur qu'il encourait le ressentiment de l'empereur. Déjà la bataille du cap Finisterre (ou bataille des Quinze-Vingt),au large de la Galice (Espagne), le 22 juillet, la flotte franco-espagnole qu'il commandait n'avait pu atteindre la Manche, la flotte britannique de l'amiral Robert Calder, pourtant inférieure en nombre et très éprouvée par la canonnade, l'en ayant empêché. Du fait du manque de visibilité, les ennemis se perdirent de vue durant la bataille. Puis la flotte de Villeneuve avait été défaite à la bataille de Trafalgar Wikipedia-logo-v2.svg le 22 octobre : assailli par des ordres de Napoléon qui, voyant l'affaire manquée, avait renoncé à ses projets de débarquement en Angleterre, Villeneuve ayant appris que l'amiral Rosily était à Madrid pour venir le remplacer, était sorti pour se heurter, le 21 octobre, au large du cap Trafalgar, à l'escadre anglaise de l'amiral Nelson, supérieurement entraînée et commandée. Les dispositions de combat de Villeneuve furent particulièrement mauvaises : ligne de file étirée sur douze kilomètres, mélange de bâtiments français et espagnols, inorganisation du commandement. Malgré quelques belles actions et la conduite héroïque de certains, l'ampleur du désastre fut immense et les pertes, tant humaines que matérielles, élevées. Les 18 vaisseaux français et 15 vaisseaux espagnols avaient été écrasés par les 27 vaisseaux de Nelson et Villeneuve avait alors été fait prisonnier. Il était resté six mois en Angleterre, libéré sur parole mais confiné à Bishop's Waltham, dans le Hampshire, entre Winchester et Portsmouth puis à Reading. Libéré, le vice-amiral devait aller à Paris pour rendre compte à l'Empereur, démarche pénible car il savait bien que celui-ci en avait beaucoup après lui qui n'avait pas exécuté ses ordres: d'abord entraîner l'escadre anglaise loin de ses bases vers les Antilles et revenir vers la France pour permettre aux troupes impériales de débarquer en Angleterre à partir de Boulogne ; puis, cet ordre n'ayant pas été exécuté, de remonter la flotte vers Rochefort Brest alors que le vice-amiral se laissa enfermer à Cadix pendant plusieurs semaines, les équipages

Suicide ou assassinat ?

Le 21 avril dans la soirée, son valet noir, Jean-Baptiste Bacquè, lui remit une lettre épaisse scellée, lettre dont la lecture le troubla puis il demanda du papier et écrivit une lettre à sa femme. "Au moment où tu recevras cette lettre, ton mari ne vivra plus" lira-t-elle. Le 22 avril en début de nuit, le valet le découvre étendu mort, un couteau dans le cœur, dans le petit cabinet de toilette attenant à sa chambre dont il a fallu travailler la serrure, la porte en étant fermée à clé de l'intérieur. Ce serait donc un suicide, sauf que le rapport de police fait état de six coups de couteau mais le vice-amiral aurait lu le soir même un ouvrage anglais, intitulé The Heart (Le cœur) donnant toutes indications sur la façon d'atteindre l'organe[2]. Divers écrits, contradictoires, voire de fabulation, font pencher vers le suicide ou l'assassinat car il est difficile d'admettre qu'une personne voulant se suicider se donne six coups de couteau dans la poitrine[3]. Les obsèques de première classe eurent lieu à l'église Saint-Germain et la ville de Rennes lui fit des funérailles pompeuses : un somptueux catafalque reçut le cercueil escorté par la troupe en armes et par les corps constitués au son d'une musique funèbre et suivi d'une grande foule. On peut donc s'étonner qu'on n'ait jamais su où il fut inhumé.

  1. Les Rues de Rennes par Lucien Decombe, Alphonse Le Roy, éditeur -1892
  2. La mort de l'amiral de Villeneuve. A. V. La revue française. Vol. 4 - Hoskin & Snowden. New-York - 1835
  3. La mort de Villeneuve, sur le site Histoire Empire