Les prisonniers coloniaux à Rennes

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Prisonniers de guerre coloniaux.[1]


Rennes fut un élément majeur du dispositif des frontstalag. 12 000 prisonniers « indigènes » y auraient séjourné pendant la guerre, le régime nazi ayant refusé l'internement des soldats coloniaux en Allemagne. Les frontstalags 133 et 127, dirigés par le Kriegsgefangenen-Bezirk IX de Rennes, se répartissaient en plusieurs casernes ou camps de la ville : le camp du Parc des Sports de la route de Lorient, le camp de la Marne sur la route de Redon, d'une capacité de 1 700 prisonniers qui servit après-guerre à interner des prisonniers allemands, le camp de Guines ( boulevard de Guines), le camp Margueritte en bordure de la caserne éponyme ( une quinzaine de baraques pour une capacité de 2 000 prisonniers, annexe de la prison Jacques Cartier, le Lazaret (à l’école primaire supérieure).

Un aumônier catholique martiniquais assurait le service religieux pour tous les camps. Au début, les prisonniers mouraient de faim et les A.D.N (assistantes du devoir national) obtint l'autorisation de pénétrer dans les corps de garde et d'apporter, en plus des denrées collectées sur le marché et chez les commerçants, sabots, chaussettes, chemises, chandails et cela dura jusqu'à la libération [1] Mme Jan-Jouault profita de son rôle d’assistante sociale bénévole au Devoir national pour organiser les évasions de prisonniers coloniaux et bénéficia de complicités dans la police. Elle avait ses entrées au camp de la Marne et y ravitaillait les détenus de nourriture collectée sur les marchés et dans la campagne environnante. Aux internés décidés à s’enfuir, elle remettait cartes d’identité, costumes. Elle confectionna d’abord elle-même les fausses cartes. En général, les prisonniers s’évadaient en revenant de leur travail. Les prisonniers, mis au courant des activités de Mme Jan, venaient à son domicile, avenue Louis Barthou. Elle les y cachait, les nourrissait et leur fournissait le nécessaire à leur évasion ; toujours vêtue de son costume d’assistante, elle les conduisait au train, à la barbe des occupants, et ne les quittait que lorsque le convoi démarrait. Elle les faisait passer pour des prisonniers réformés qui devaient rejoindre l’hôpital Villemein à Paris. Les évadés se rendaient alors dans la capitale dans un centre d’accueil clandestin. À leur arrivée, on changeait leur carte d’identité et leurs vêtements, qui étaient renvoyés à Mme Jan.[3]

Prisonniers depuis juin 1940 et libérés le 4 août 1944, des soldats coloniaux défilent fièrement place de la Mairie[2]

Etonnant est un article du journal sous le titre :" Une émouvante cérémonie à la Chapelle du Grand Séminaire" Six soldats noirs reçoivent le baptême Il s'agit en fait de blessés ou malades soignés à l'hôpital complémentaire du Grand Séminaire qui sont baptisés avant de regagner leur pays natal. L'article donne leurs prénoms chrétiens accolés à leurs patronymes, cite les Rennaises et Rennais marraines et parrains, les noms des soeurs Servantes des Pauvres et des infirmières "dont le zèle est infatigable et le dévouement maternel envers ces grands enfants noirs", manifestant ainsi "notre solidarité avec les soldats noirs venus au service de la France".[4] Les prisonniers étaient conduits par petits groupes, sur différents lieux de travail où ils pouvaient séjourner : fermes de Betton, au Boël, à la carrière de Bruz. Le 30 décembre 1942, un groupe de ces prisonniers refusa d’obéir aux Allemands qui leur demandaient d’enterrer "comme des chiens" les 25 résistants fusillés à La Maltière.[5] L'Escorte d'honneur accompagnait les obsèques des prisonniers décédés jusqu'à leur tombe. A partir de janvier 1943, répondant à la demande des Allemands, le gouvernement français accepta que les prisonniers coloniaux soient gardés par des officiers et sous-officiers français à la place des sentinelles allemandes récupérées pour le front de l'est.

Prisonniers coloniaux à Rennes gardés par une sentinelle souriante mais leur vie n'était pas rose

Une photo de la libération de Rennes montre une colonne de prisonniers coloniaux, fraîchement libérés, défilant devant l’Hôtel-de-ville. Mais ces hommes connaissent leurs droits : ils ont un salaire et une solde de prisonnier de guerre à récupérer. Au moment de rembarquer au pays, à Morlaix, ils réclament leur argent. N'en ayant reçu qu'une partie le reste étant promis à l’arrivée au pays, 300 tirailleurs sénégalais refusèrent de monter sur le Circassia, et il y eut des blessés lors de l'intervention des gendarmes. Ces protestataires furent remis derrière des barbelés, près de Loudéac, puis à Guingamp pour quelques mois, gardés par des gendarmes et des FFI ![6]

témoignage

Il y a un prisonnier noir dans la cabane !

Au printemps 1943, « la petite Louise », dont le mari est prisonnier en Allemagne, et qui vit seule avec sa fille de cinq ans , bénéficiant d’un jardin municipal ouvrier, arrive à bicyclette chez mes parents, affolée, et annonce : « Il y a un prisonnier noir évadé dans ma baraque de jardin ! Les gosses du quartier l’ont vu à travers les fentes de la cabane et chantent ça en chœur dans la rue. » Mon père, devant le cercle familial, affiche, comme à son habitude, une grande sûreté et déclare « prendre les choses en mains ». Vu l’époque, des vêtements de l’époux de la petite Louise font l’affaire malgré la grande taille du tirailleur soudanais et il faut le déplacer d’urgence après la publicité dispensée par les gamins du quartier. Le frère de ma grand-mère accepte et le transfert se fait nuitamment dans ce quartier périphérique sans éclairage public. La petite Louise joua l’étonnement quand des policiers vinrent lui demander si elle avait entendu parler d’un noir dans sa baraque. Le problème des faux papiers – un certificat de démobilisation et une carte d’identité civile - fut difficilement résolu par le canal d’un professeur de mathématiques habitant le quartier mais muté à Saint-Nazaire, trempant dans la Résistance, et qui revenait à Rennes en fin de semaine. C’est dirigé par lui sur M. Lemoine., le greffier de la Cour d’appel, que mon père obtint les faux papiers pour celui qu’on appelait, faute de connaître son identité, Amadou entre nous, et sur l’existence duquel, j’avais, garçon de neuf ans, juré de garder le secret. Il put ainsi quitter Rennes et nous n’entendîmes plus parler de lui.[3]

Gilbert Guillou

références

  1. photo Ra Boe/wikipedia; licene CC
  2. http://3945-hv.forumactif.com/t3893-les-africains-dans-la-resistance-francaise-durant-la-seconde guerre mondiale
  3. Rennes pendant la guerre, chroniques de 1939 à 1945, par Étienne Maignen. Éditions Ouest-France - 2013

3 Le double jeu de Mme Jan, assistante du Devoir national, par Gilbert Lebrun, Le Rennais, supplément au n°215 de juin 1994

4↑ Ouest-Eclair du Ier septembre 1941

5↑ Butte des Fusillés de la Maltière.

6↑ http://www.placepublique-rennes.com/2010/09/prisonniers-indigenes-a-rennes-mais-ou-sont-les-historiens/