Semaine du prisonnier
La France, occupée durant la seconde guerre mondiale à partir du 22 juin 1940, voit dès cette date nombre de ses enfants faits prisonniers, captifs dans des camps de travail en Allemagne[2]. Le gouvernement Pétain souhaite dès 1940 remettre en place le Secours National, institué en 1914 mais mis en pause à l'entre-deux guerres. Le Secours National est un outil de solidarité dont l'objectif est d'aider les populations civiles à lutter contre les misères engendrées par la guerre. Un appel au don apparaît également dans ce cadre. Instrumentalisé par le pouvoir, le Secours National va devenir un formidable et efficace outil de propagande afin de faire appliquer la doctrine "Travail, Famille, Patrie". L'organisation va jusqu'à vendre en zone occupée le portrait du chef de l'Etat. En 1943, le gouvernement de Vichy édite un timbre surtaxé au bénéfice des familles de prisonniers de guerre. Dessiné dans la même intention propagandiste, il représente une famille paysanne, la charité chrétienne avec la Vierge, ainsi qu'en fond... un portrait du Maréchal Pétain.
D'autres actions vont essaimer sur le territoire français et participer à la politique de solidarité et d'entraide.
En 1941, le comité d'organisation de l'industrie cinématographique, en accord avec le Secours National, met en place la « semaine du prisonnier de guerre » dans toutes les salles de cinéma de France. Du 4 au 10 juin, "il est perçu en matinée et en soirée un franc par place en supplément du prix ordinaire des fauteuils, dans les cinémas rennais Le Royal, le Français, l'Excelsior et la Tour d'Auvergne"[3]. Des bons sont même mis aux enchères pour donner droit à des photographies dédicacées de vedettes. Tout est bon pour concourir à renflouer les caisses du comité central d'assistance aux prisonniers de guerre. Le centre n°5 d'assistance aux prisonniers fonctionne au patronage Saint-Hélier. Il se déroule également une messe pour les prisonniers le 11 juin 1941 en l'église de Saint-Hélier.
Des événements locaux, comme ce match de football des vétérans de la commune de Bais (Ille-et-Vilaine) ayant eu lieu en juin 1941, engendrent des bénéfices destinés à l'expédition de colis aux prisonniers. Le 1er juin 1941, au stade des cheminots rennais a lieu une rencontre de basket entre les parisiens d'Alfortville et une équipe de Bretagne, dont la recette est dirigée vers les basketteurs prisonniers[4]. Dans certaines grandes villes, comme à Tours, mi-novembre 1941, une « semaine du prisonnier » est organisée. A Caen du 15 au 22 novembre 1942, cette même « semaine du Prisonnier » est organisée au profit du « Centre d'entraide des Prisonniers », sous la présidence d'honneur du Préfet du Calvados Michel Cacaud et du maire André Détolle. Partout en France sont constituées des manifestations pour rappeler que des compatriotes français sont retenus prisonniers par l'occupant, et surtout pour les aider.
Deux ans plus tard, à Rennes, la « semaine du Prisonnier rennais » qui a lieu du 7 au 15 novembre 1943. La manifestation est largement documentée dans les pages de L'Ouest-Éclair durant la période. Initiée par "la Famille du Prisonnier", sise au 1 rue Lafayette, et le "Centre d'Entr'aide", aidés par les pouvoirs publics, l'Eglise, la Croix-Rouge et les services du Ravitaillement, elle rappelle à tous l'existence de nombreux prisonniers. Les organisateurs annoncent une dépense de 350 000 francs qu'il leur faut couvrir[5]. Une exposition est mise en place dans la grande salle des Pas Perdus du Palais de Justice, où de nombreux dessins, peintures et objets d'art réalisés dans les camps sont rassemblés. Il y est aussi reconstitué une partie d'un baraquement de prisonniers[6]. Il est prévu l'envoi d'un colis de Noël de cinq kilos à chaque prisonnier rennais[7]. Après une messe dirigée par un aumônier militaire rentré d'Allemagne le 7 novembre dans la chapelle de la rue de Fougères, un concert se déroule le 9 dans la salle de cinéma du Celtic[8], tandis qu'un gala d'opérette se tient le 11 au Théâtre. Des bons de solidarité "Prisonnier" peuvent être retirés chez les commerçants rennais, ainsi que dans certains commerces (cafés, restaurants, coiffeurs, pâtisseries, parfumeurs...)[9]. A la demande de certains visiteurs, il a même été décidé de mettre en vente certaines pièces exposées[10]. Victime de son succès, la clôture de l'exposition est reportée de trois jours au 18 novembre 1943, afin de permettre au plus grand nombre de la contempler[11].
En mai 1943 s'était tenu, à la galerie Marion, rue Victor Hugo à Rennes, une exposition qui attira foule. Dans les vitrines étaient exposés de magnifiques costumes, événement permis grâce au concours de prisonniers rapatriés, au bénéfice de ceux restés dans les camps ou kommandos. On demande alors à tous les prisonniers rentrés des camps et à leurs familles d'apporter les objets susceptibles d'être exposés.
La « semaine du Prisonnier », instituée par le gouvernement Pétain, fut remplacée en janvier 1945 par la « semaine de l'Absent », englobant cette fois les déportés que Vichy ne prenait évidemment pas en compte[12].
Note et références
- ↑ Archives de Rennes - 9 Fi 9069 - Lié à 3 R 129 - Grand théâtre de Rennes. Semaine du prisonnier rennais. Jeudi 11 novembre, création à Rennes. Passionnément, comédie musicale - [1943]
- ↑ Les prisonniers quittent Rennes pour des années de captivité
- ↑ L'Ouest-Eclair du 3 juin 1941, page 4
- ↑ L'Ouest-Eclair du 3 juin 1941, page 5
- ↑ L'Ouest-Eclair du 6 novembre 1943, page 2
- ↑ L'Ouest-Eclair du 28 octobre 1943, page 2
- ↑ L'Ouest-Eclair du 30 octobre 1943, page 3
- ↑ L'Ouest-Eclair du 10 novembre 1943, page 2
- ↑ L'Ouest-Eclair du 4 novembre 1943, page 2
- ↑ L'Ouest-Eclair du 13 novembre 1943, page 2
- ↑ L'Ouest-Eclair du 16 novembre 1943, page 2
- ↑ Laurent Quinton. Une littérature qui ne passe pas. Récits de captivité des prisonniers de guerre français de la Seconde Guerre mondiale (1940-1953). page 96. Littératures. Université Rennes 2, 2007. Français

