Hélène Jégado, l'empoisonneuse en série, jugée à Rennes

De WikiRennes

Représentation populaire de la tueuse en série
Hélène Jégado, la première Bretonne tueuse en série
Procès-verbal de l'exécution de Hélène Jegado (Ouest-Éclair 27 novembre 1932)

Née à Plouhinec (Morbihan) le 17 juin 1803, Hélène, enfant élevée dans une petite ferme d'une famille de cultivateurs pauvres, nourrie des légendes de la Basse-Bretagne, est traumatisée par le personnage de l'Ankou, qu'elle va incarner pour calmer ses angoisses. En 1810, elle aurait empoisonné sa mère avec des graines de belladone versées dans sa soupe et, sa mère morte, elle est envoyée chez une tante domestique au presbytère de Bubry et devient elle-même domestique. Puis, dans différentes villes : Séglien, Auray, Bubry, Hennebont, Locminé, Lorient, Pontivy et en 1849, Rennes, elle sera notamment cuisinière, emploi idéal pour traiter à l'arsenic les plats de ses victimes : clients d'un bordel militaire de Port-Louis, où elle se prostitue, maîtresses de maison, curés, bonnes sœurs, jusqu'à des enfants.

Sa carrière s'achève à Rennes, après les meurtres successifs de deux gouvernantes et d'une servante de son employeur, l'avocat, professeur de droit et expert en affaires criminelles Théophile Bidard de la Noë, lequel, soupçonneux, se décide à enquêter.

Il mit fin à une carrière criminelle de dix-huit ans, facilitée par le fait que la région à cette époque était touchée par des épidémies de choléra aux symptômes voisins de ceux de l'empoisonnement à l'arsenic, qu'elle ne vole pas ses victimes et que les familles refusent les autopsies. Le nombre de ses victimes est impossible à déterminer avec précision, une soixantaine, car 21 forfaits et 5 tentatives commis étaient légalement prescrits, notamment sur la petite Marie Bréger au château de Soye (Plœmeur) en mai 1841, dix ans et un mois avant son arrestation, ainsi que sur deux tantes et son père. Cette grande tueuse en série du 19e siècle gardait sur elle, attachés à une cordelette, des fétiches de chacun d'entre eux.

L'acte d'accusation porte sur cinq empoisonnements et cinq tentatives. Le procès s'ouvre devant la Cour d'assises d'Ille-et-Vilaine le 6 décembre 1851, et se termine par la condamnation à mort le 14 décembre après une heure quinze de délibération. Me Magloire Dorange, avocat de 24 ans chargé de la défense plaide la folie, et est un plaidoyer contre la peine de mort. Femme pieuse, Hélène elle avoue ses meurtres lors d'une confession en prison, la veille de son exécution, révélations qu'elle autorise à rendre publiques après son décès mais peu fiables car elle exclut certains crimes et en ajoute d'autres.

C'est l'époque du coup d’État de Louis Napoléon, le 2 décembre, aussi l'affaire ne fit pas la une des journaux nationaux. Hélène Jégado est guillotinée sur le Champ de Mars le 26 février 1852, à 7 h 00 du matin, en présence d'une foule immense qui garda un silence respectueux.

« La Jégado » est le sujet d'une feuille en français (Complainte d'Épinal) et d'une complainte de 57 quatrains en langue bretonne de Jafferedo, imprimée à Hennebont en 1900.

A Rennes, au 21e siècle, on peut déguster, chez Durand, chocolatier, quai Chateaubriand, le gâteau d'Hélène Jégado, composition de la cuisinière empoisonneuse, mais garanti sans arsenic ou mort-aux-rats.