Les prisonniers de guerre allemands dans la région rennaise

De WikiRennes

tract américain qu'ont pu ramasser et lire de nombreux soldats allemands les incitant à se rendre: vous avez fait votre devoir de soldat, maintenant votre devoir est de vous préserver.
Dessin de prisonnier allemand."L'officier américain faisait circuler, jour et nuit, des patrouilles avec chiens, entre des tours de guet dressées à intervalles réguliers montées par deux sentinelles et munies de fort projecteurs qui éclairaient comme en plein jour". [1] 1945–1946 Kriegsgefangenschaft

D'août 1944 à 1947, les Rennais ont pratiquement ignoré que, dans leur espace vital, d'abord pour deux puis trois Rennais il y avait un prisonnier de guerre. Les anciens vainqueurs et occupants étaient devenus de pitoyables prisonniers, peu visibles, enfermés qu'ils étaient dans des camps ou dehors en commandos de travail et, quand ils en voyaient, la plupart des Rennais les ignoraient alors, au second sens du verbe.

On compta dans la 11e région militaire (la Bretagne) une douzaine de camps, dont quatre en Ille-et-Vilaine : à Saint-Servan et à la Lande d'Ouée, et surtout deux sur Rennes et sa périphérie ouest et sud-ouest : les camps 1101 et 1102.

Le 1101, route de Lorient

Les premiers regroupements de prisonniers allemands se firent route de Lorient à partir d'avril 1945 sous gestion américaine, sur l'emplacement de l'ancien dépôt de la Kriegsmarine, mais le 21 juin, le ministère de la guerre hérite d'environ 5600 prisonniers répartis en trois "cages", les deux premières constituées de baraquements et la troisième de hangars. L'homme de confiance se plaint de l'insuffisance des rations alimentaires. Des jardins potagers sont mis à disposition pour améliorer le maigre ordinaire. En juin 1945 on relève 140 cas de fièvre typhoïde. En août ou septembre 1945 arrive un convoi de Bad Kreuznach composées de prisonniers sous-alimentés, malades et très affaiblis. En janvier 1946, l'arrivée de prisonniers du camp 1102 à rapatrier aggrave la situation car les sous-alimentés souffrent d'œdèmes de carence, de diarrhées incurables aggravées par la nourriture de soja, de furonculose, de dermatites. L'infirmerie ne compte que 280 lits. Les délégués du CICR demandent que les prisonniers soient transportés régulièrement dans les casernes pour pouvoir se laver. De décembre 1945 à août 1946, 8000 P.G. passent par ce camp avant d'être rapatriés. La fonction de transit du camp s'accélère et d'août 1946 à juillet 1947, c'est une trentaine de mille qui y transitent.

Le camp comprend des annexes : le camp "Arnold", au Moulin du Comte, et le "camp de la Motte", au sud de la route de Lorient, près du Manoir de la Motte au Chancelier,[2] où sont internés 330 SS inculpés de crimes de guerre.

La dissolution du camp est actée le 30 juin 1947.

À Saint-Jacques, le camp 1102 : camp de la Marne et camp de Verdun (Ex PW 12)

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En septembre 1945 le camp comptait 15194 prisonniers et le 23 mars 1946 10250 prisonniers. Sur la photo aérienne réalisée par les Alliés en 1943, on aperçoit l'emplacement des camps de la Marne et de Verdun séparés par la voie ferrée Rennes-Redon.

Ils étaient situés à gauche sur la route de Redon (après la rocade quand on vient de Rennes), face au restaurant H la Ville-en-Pierre. II partait de la « Ville-en-Pierre » et rejoignait le camp de la Prévalaye le long d'une ligne de chemin de fer qui desservait le camp Todt de Pi-park, route de Lorient. Le dépôt annexe de La Motte au Chancelier comptait 330 Waffen SS prisonniers le 24 mars 1946. En 1945, d'après l'enquêteur CICR, ils étaient mieux nourris que les autres (sans doute parce qu'on espérait des engagements dans la Légion étrangère). En mars 1946, d'après J. Courvoisier, ils n'étaient plus que 330, gardés comme témoins dans des actions judiciaires. Ils étaient astreints à un régime de famine, 1200 calories en partie évaluées d'après la farine de soja moisie qui leur était attribuée, à raison de 200 g par jour plus 50 % dans le pain. " Sur 330 présents on comptait 130 cas d'œdème de famine et 6 cas de cachexie ". [3] (1944 à 1946) Plus au sud, le camp de "la Basse Chevrolais" où sont, sous des toiles de tente, séparément, des prisonniers allemands et russes, le long de la route de Redon. Il comporte aussi un camp sur deux hectares et un hôpital allemand à la Prévalaye, composé d'une trentaine de tentes de douze lits et dont le service de santé est assumé par des prisonniers allemands.

Un membre du 56e Engineer battalion américain témoigne qu'il a vu "un camp de plusieurs milliers de prisonniers de guerre allemands, juste au sud de Rennes, Ils écrasaient des rochers à la main et un groupe d'environ vingt cinq assemblés autour d'un petit chariot à quatre roues le tiraient sur 800 mètres jusqu'à une route qu'ils réparaient. Ils étaient supposés travailler! A notre passage ils riaient et souriaient tous."[4]

Les Américains cèdent l'ensemble aux Français le 26 juin 1945, après l'avoir vidé de ses équipements, y laissant 48 380 prisonniers répartis en 15 blocs ou "cages". Outre 35 475 P.G. allemands et 12 000 autrichiens séparés des premiers, on y trouve aussi 419 civils allemands, 224 Tchécoslovaques, 214 Polonais, 31 Italiens. Les P.G appréhendaient la prise en charge par les Français. Les premiers temps, les prisonniers couchent à même le sol et souffrent énormément de la faim. La diarrhée est générale et un commando part chaque matin vider les tinettes dans la Vilaine. Une cinquantaine d'officiers, sous-officiers et soldats assument la gestion et la garde est assumée au début par le 137e R.I.. Six cuisines sont installées.

dessin d'un prisonnier allemand sur les types de prisonniers, de gauche à droite : "officier" cuisinier - troupier rationné en patates- sous-officier mort-vivant - intellectuel, pasteur ou prof de langue - membre d'un commando communal - caporal d'un commando agricole - mort le veinard [5]

En juin 1945, une centaine de prisonniers travaillent pour la Marine et sur l'aérodrome de Rennes - Saint-Jacques pour déblayer les grands hangars "tonneaux" bombardés et remblayer les cratères de bombes. En mars 1946, l'effectif est encore de 10250, dont 6714 travaillent en commandos de déminage, de déblaiement et reconstruction de voirie et bâtiments, (ainsi 550 P.G. travaillèrent en commandos pour le Génie, construisant des bâtiments au Colombier) et dans les activités agricoles. Au collège Saint-Vincent, un abbé, ceinturon sur sa soutane, ancien prisonnier et professeur d'allemand, menait une demi-douzaine de P.G. allemands à divers travaux de remise en état ou de jardinage et ceux-ci, qui ne payaient pas de mine, étaient correctement nourris et abreuvés au cidre. D'autres prisonniers étaient assignés à un petit camp situé à Rennes, dans une grande prairie au bout du canal Saint-Martin, près des tanneries. Des P.G. russes blancs du camp 1102 semblent avoir bénéficié de conditions très favorables leur permettant de sortir et de trafiquer. En 1946, le CCIR confia les visites des camps de la 11e région à deux enquêteurs, M. Courvoisier et le Dr de Morsier. Ils mirent en évidence dans les premiers mois une situation désastreuse qui avait régné sans nul doute au cours de l'année 1945 et avait échappé à leur prédécesseur. À Rennes, ils passèrent en mars, mai et juin. La situation s'améliora nettement à partir du mois de mai.

Au camp 1102 était rattaché l'unité de Coëtquidan avec 2200 P.G. en juillet 1946, logés dans des baraquements en bois ou en pierre, gardés par des Algériens qui parfois les obligent à des relations homosexuelles.

Le camp 1102 est dissous le 31 décembre 1948.

Plan allemand du cimetière au "Bois des Allemands"

Maladies et décès

L'hôpital régional allemand de la Prévalaye compta jusqu'à 640 malades en 1945 et 250 malades le 4 mai 1946. Le camp 1102 ne fait pas bonne impression aux délégués de la Croix Rouge. Des prisonniers arrivent épuisés de Coëtquidan où ils ont souffert de vermine et de malnutrition alors qu'ils travaillaient dans le génie (travaux forestiers). Au 29 juin 1945, on avait enregistré 29 décès par typhoïde et 13 par suite de faiblesse générale. Au 14 juillet on compte 465 hospitalisés. Pendant l'été 1945, le nombre mensuel de décès serait passé de 150 à plusieurs centaines dans ce camp-hôpital qui recevait des prisonniers malades en provenance de tous les camps de la région militaire et pas seulement des camps rennais. Il semble que le régime alimentaire fut amélioré après la prise en charge du camp par les Français. Les cas nécessitant une grave opération étaient traités à l'E.P.S, hôpital militaire installé dans l'école de la rue Jean Macé.[6]

Des morts sont enterrés à partir de juin 1944 dans une propriété privée à l'angle de la rue de Vern et du boulevard Léon Grimaud, réquisitionnée par les occupants, en un lieu qu'on appellera "Bois des Allemands",[7] prévu pour 380 tombes. On n'y compta que 300 ensevelissements. A la Libération des énergumènes cassèrent les croix. [8] . À Rennes, d'août 1944 à 1947, 1155 corps de prisonniers sont inhumés au cimetière de l'Est et transférés en 1961 à l'ossuaire allemand du Mont de Huisne, dans la Manche.


Un accord franco-américain du 11 mars 1947 permet la libération sur place de P.G. volontaires pour devenir travailleurs libres en France. A Rennes, 40% auraient accepté ce statut. Une soixantaine s'étaient engagés dans la Légion étrangère.

références

  1. Alexander Kern Erinnerungen 5. Teil p. 34
  2. rue de la Motte au Chancelier
  3. Les camps de Prisonniers de guerre allemands en Bretagne. Jean Paul Louvet
  4. The 11th Armored Division, Legacy group. 56th Engineer battalion, A company, 2nd platoon
  5. Les Camps de prisonniers de guerre de l'Axe à Rennes 1944/1948" par Université du temps Libre du Pays de Rennes - 2000
  6. L'hôpital pour prisonniers Jean Macé au temps de la libération
  7. http://bastas.pagesperso-orange.fr/pga/photos-documents/bois-allemands.htm
  8. le bois des Hautes-Ourmes : contes et légendes

Sources

  • "Les Camps de prisonniers de guerre de l'Axe à Rennes 1944/1948" par Université du temps Libre du Pays de Rennes - 2000 [1]