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<ref> ''Rennes pendant la guerre, chroniques de 1939 à 1945'', par Étienne Maignen. Éditions Ouest-France - 2013</ref> | <ref> ''Rennes pendant la guerre, chroniques de 1939 à 1945'', par Étienne Maignen. Éditions Ouest-France - 2013</ref> | ||
===Le cadre stratégique des deux bombardements=== | ===Le cadre stratégique des deux bombardements=== | ||
[[Fichier:Message.png|300px|right|thumb|Message aux populations bombardées]] | |||
Le plan tactique de l’État-major allié pour retarder les renforts ennemis retenait qu'"''après le jour J, les attaques aériennes sur les nœuds routiers importants doivent continuer [...] et que d'importants carrefours ferroviaires sur la Loire ainsi que celui de Rennes devraient constituer les cibles principales des bombardiers lourds, en complément d'attaques répétées sur des centres déjà endommagés pour retarder leur remise en état"''. En réunion générale du 12 mai, le ''Bomber command'' de la RAF se vit assigner des cibles pour créer des goulots d'étranglement par des attaques de nuit, cibles initialement attribuées à la 8e Air Force : les villes de Rennes, Laval, Le Mans, Dol, Avranches ainsi que d'autres villes bas-normandes, mais il était stipulé que la 8e Air Force devait aussi en attaquer certaines sinon toutes. Quand le commandant en chef pour l'Air, Leigh-Mallory, eut fait état, le 2 juin, de la désapprobation par le maréchal Tedder du plan de bombardement des centres ferroviaires en raison du nombre probable de victimes civiles, le commandant suprême des Forces expéditionnaires alliées, le général Eisenhower, "approuva catégoriquement (''very emphatically'') le plan de bombardement des centres de communication français et désapprouva fortement toute suggestion qui nous écarterait d'une tâche aussi vitale par souci d'éviter des pertes civiles"<ref> Royal Air Force Centre for Air Power Studies. Air historical branch (1). Air Ministry RAF Narration. ''The liberation of North-West Europe'' vol. 1 ''The planning and preparation of the Allied Expeditionary Air Force for the landings in Normandy'' chap 8, pp 178, 182, 184</ref>. | Le plan tactique de l’État-major allié pour retarder les renforts ennemis retenait qu'"''après le jour J, les attaques aériennes sur les nœuds routiers importants doivent continuer [...] et que d'importants carrefours ferroviaires sur la Loire ainsi que celui de Rennes devraient constituer les cibles principales des bombardiers lourds, en complément d'attaques répétées sur des centres déjà endommagés pour retarder leur remise en état"''. En réunion générale du 12 mai, le ''Bomber command'' de la RAF se vit assigner des cibles pour créer des goulots d'étranglement par des attaques de nuit, cibles initialement attribuées à la 8e Air Force : les villes de Rennes, Laval, Le Mans, Dol, Avranches ainsi que d'autres villes bas-normandes, mais il était stipulé que la 8e Air Force devait aussi en attaquer certaines sinon toutes. Quand le commandant en chef pour l'Air, Leigh-Mallory, eut fait état, le 2 juin, de la désapprobation par le maréchal Tedder du plan de bombardement des centres ferroviaires en raison du nombre probable de victimes civiles, le commandant suprême des Forces expéditionnaires alliées, le général Eisenhower, "approuva catégoriquement (''very emphatically'') le plan de bombardement des centres de communication français et désapprouva fortement toute suggestion qui nous écarterait d'une tâche aussi vitale par souci d'éviter des pertes civiles"<ref> Royal Air Force Centre for Air Power Studies. Air historical branch (1). Air Ministry RAF Narration. ''The liberation of North-West Europe'' vol. 1 ''The planning and preparation of the Allied Expeditionary Air Force for the landings in Normandy'' chap 8, pp 178, 182, 184</ref>. | ||
[[Fichier:Avro_lancaster.png|350px|left|thumb|Avro Lancaster de la Royal Air Force]] | [[Fichier:Avro_lancaster.png|350px|left|thumb|Avro Lancaster de la Royal Air Force]] | ||
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[[Fichier:Rennes_sera_bombard%C3%A9e.png|300px|right|thumb| L'accumulation des emblèmes de bombes sur Rennes annonce les bombardements alliés des 9 et 12 juin] destinés à contrecarrer la montée de troupes allemandes vers la Normandie]] | [[Fichier:Rennes_sera_bombard%C3%A9e.png|300px|right|thumb| L'accumulation des emblèmes de bombes sur Rennes annonce les bombardements alliés des 9 et 12 juin] destinés à contrecarrer la montée de troupes allemandes vers la Normandie]] | ||
[[Fichier:La_vignette_de_couverture_du_livre_de_v_ladam.jpeg|200px| | [[Fichier:La_vignette_de_couverture_du_livre_de_v_ladam.jpeg|200px|left|thumb|Les projecteurs de la Flak dans la nuit rennaise<ref>Vignette en couverture du livre de Mme Valentine Ladam ''Les Heures douloureuses de Rennes'', Rennaise qui enregistra les événements presque quotidiennement.</ref>]] | ||
===L'objectif : contrecarrer les déplacements ennemis=== | ===L'objectif : contrecarrer les déplacements ennemis=== | ||
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Dans la nuit du jeudi au vendredi 9 juin 1944, après plusieurs alertes, des bombardiers en haute altitude lâchent les bombes, vers deux heures du matin, pendant près de trente minutes, sur les ateliers de la [[Gare de Rennes|Gare]], la [[rue Saint-Hélier]], la [[rue Dupont des Loges]], la [[rue Duhamel]], l'[[avenue Janvier]], le [[boulevard de la Liberté]], la [[rue du Vieux-Cours]], la [[place Saint-Germain]], endommageant l'église, et même sur la [[rue d'Échange]], la [[rue de Dinan]] et la [[rue Legraverend]], à 1700 mètres des voies ferrées. "''Dans la nuit, le spectacle est absolument dantesque. On a l'impression que toute l'avenue Janvier et la rue Saint-Hélier sont en flammes, comme toutes les maisons encadrant l'[[église Saint-Germain]]''"<ref>''Mémoires d'un Français moyen'' par René Patay - 1974</ref>. | Dans la nuit du jeudi au vendredi 9 juin 1944, après plusieurs alertes, des bombardiers en haute altitude lâchent les bombes, vers deux heures du matin, pendant près de trente minutes, sur les ateliers de la [[Gare de Rennes|Gare]], la [[rue Saint-Hélier]], la [[rue Dupont des Loges]], la [[rue Duhamel]], l'[[avenue Janvier]], le [[boulevard de la Liberté]], la [[rue du Vieux-Cours]], la [[place Saint-Germain]], endommageant l'église, et même sur la [[rue d'Échange]], la [[rue de Dinan]] et la [[rue Legraverend]], à 1700 mètres des voies ferrées. "''Dans la nuit, le spectacle est absolument dantesque. On a l'impression que toute l'avenue Janvier et la rue Saint-Hélier sont en flammes, comme toutes les maisons encadrant l'[[église Saint-Germain]]''"<ref>''Mémoires d'un Français moyen'' par René Patay - 1974</ref>. | ||
[[Fichier:Atelier_du_frein_sncf_9_juin_1944.jpeg|350px| | [[Fichier:Atelier_du_frein_sncf_9_juin_1944.jpeg|350px|left|thumb|Gare SNCF, l'atelier du frein, touché et désaxé après le bombardement du 9 juin 1944. Au fond, une partie de la superstructure de la [[brasserie St Hélier - Rennes (Graff, de La Meuse, Kronenbourg)|brasserie Graff]] - photo de Robert Caillard]] | ||
286 Lancaster, 169 Halifax accompagnés de 28 Mosquito "attaquent les voies ferrées à six endroits pour empêcher les renforts allemands d'atteindre la Normandie. Le groupe n°5 attaqua la gare de Rennes avec succès". Les rapports de mission font état de bombardement bien concentré avec succès, la cible balisée par 5 Mosquito équipés du système Oboe (système de localisation des objectifs, ndlr) des 109e et 105e squadrons ayant lancé les marqueurs, des feux rouge, vert et jaune lâchés de 10 000 mètres. Le plafond nuageux étant assez bas (2000 mètres), les équipages devaient passer en dessous de la couche nuageuse pour voir la cible mais sont visés par 4 canons de Flak lourds et 15 légers<ref>627th squadron mission report</ref>. Des bombes de 500 kg et 225 kg sont lâchées par les Avro Lancaster de la Royal Air Force<ref>Rapports de mission des squadrons de la RAF 50, 463, 467</ref>. Les rapports du 463e squadron avec 16 Lancasters engagés et du 467e avec 14 font état d'un "temps médiocre tant à l'aller qu'au retour et qu'en dépit des conditions défavorables les équipages étaient confiants quant à la précision de leur bombardement, ce qui fut confirmé par un vol de reconnaissance le lendemain avec vision d'incendies encore en cours et de cratères sur la gare passagers, les hangars d'entretien et de marchandises"<ref>awmoh WW2 - air, vol. 4 ,ch. 6</ref>. L'aviation britannique annonça la perte d'un Lancaster du 467th squadron à l'atterrissage au retour (un survivant sur sept) et d'un Mosquito éclaireur ( DZ 353) (") tombé à [[Saint-Erblon]]<ref> https://r.search.yahoo.com/_ylt=AwrkMqzlHe5orQQm3BWPAwx.;_ylu=Y29sbwMEcG9zAzIEdnRpZAMEc2VjA3Ny/RV=2/RE=1760464485/RO=10/RU=https%3a%2f%2faircrewremembered.com%2fsteere-harry.html/RK=2/RS=Ht2aiJJM.k7nThG6oahA4lN.Y4g- </ref>, mais il est avéré qu'un Lancaster du 50 squadron, abattu par la Flak, s'écrasa avec ses sept membres d'équipage à La Foye, en [[Betton]]<ref>''Ouest-France'', page Ille-et-Vilaine du 14 novembre 2012 : "Ils retrouvent des débris d'un bombardier anglais" http://www.absa3945.com/9%20juin%2044/Betton/Lancaster-LL841.htm</ref>. Quant à la chasse allemande elle aurait perdu une dizaine d'appareils.[[Fichier:Juin_1944_se_deplacer_a_velo.jpeg|250px|right|thumb|11 juin 1944: un cycliste sur une route, pouvoir donner le motif du déplacement : les obsèques d'une victime du bombardement<ref>{{CP}}</ref>]] | 286 Lancaster, 169 Halifax accompagnés de 28 Mosquito "attaquent les voies ferrées à six endroits pour empêcher les renforts allemands d'atteindre la Normandie. Le groupe n°5 attaqua la gare de Rennes avec succès". Les rapports de mission font état de bombardement bien concentré avec succès, la cible balisée par 5 Mosquito équipés du système Oboe (système de localisation des objectifs, ndlr) des 109e et 105e squadrons ayant lancé les marqueurs, des feux rouge, vert et jaune lâchés de 10 000 mètres. Le plafond nuageux étant assez bas (2000 mètres), les équipages devaient passer en dessous de la couche nuageuse pour voir la cible mais sont visés par 4 canons de Flak lourds et 15 légers<ref>627th squadron mission report</ref>. Des bombes de 500 kg et 225 kg sont lâchées par les Avro Lancaster de la Royal Air Force<ref>Rapports de mission des squadrons de la RAF 50, 463, 467</ref>. Les rapports du 463e squadron avec 16 Lancasters engagés et du 467e avec 14 font état d'un "temps médiocre tant à l'aller qu'au retour et qu'en dépit des conditions défavorables les équipages étaient confiants quant à la précision de leur bombardement, ce qui fut confirmé par un vol de reconnaissance le lendemain avec vision d'incendies encore en cours et de cratères sur la gare passagers, les hangars d'entretien et de marchandises"<ref>awmoh WW2 - air, vol. 4 ,ch. 6</ref>. L'aviation britannique annonça la perte d'un Lancaster du 467th squadron à l'atterrissage au retour (un survivant sur sept) et d'un Mosquito éclaireur ( DZ 353) (") tombé à [[Saint-Erblon]]<ref> https://r.search.yahoo.com/_ylt=AwrkMqzlHe5orQQm3BWPAwx.;_ylu=Y29sbwMEcG9zAzIEdnRpZAMEc2VjA3Ny/RV=2/RE=1760464485/RO=10/RU=https%3a%2f%2faircrewremembered.com%2fsteere-harry.html/RK=2/RS=Ht2aiJJM.k7nThG6oahA4lN.Y4g- </ref>, mais il est avéré qu'un Lancaster du 50 squadron, abattu par la Flak, s'écrasa avec ses sept membres d'équipage à La Foye, en [[Betton]]<ref>''Ouest-France'', page Ille-et-Vilaine du 14 novembre 2012 : "Ils retrouvent des débris d'un bombardier anglais" http://www.absa3945.com/9%20juin%2044/Betton/Lancaster-LL841.htm</ref>. Quant à la chasse allemande elle aurait perdu une dizaine d'appareils.[[Fichier:Juin_1944_se_deplacer_a_velo.jpeg|250px|right|thumb|11 juin 1944: un cycliste sur une route, pouvoir donner le motif du déplacement : les obsèques d'une victime du bombardement<ref>{{CP}}</ref>]] | ||
On peut s'étonner de ce satisfecit [[https://www.absa3945.com/9%20juin%2044/Betton/Lancaster-LL841.htm]] quand on constate, au sol, les dégâts collatéraux jusqu'à 800 mètres de l'axe de la cible. Les raisons peuvent en être trouvées dans le fait que les formations comportaient sept à douze appareils volant de front, couvrant au sol une bande de 500 à 800 mètres et aussi dans le fait que, si les premiers lâchers étaient bien marqués, la fumée des impacts obscurcissait complètement l'objectif aux appareils suivants<ref>''Une entreprise publique dans la guerre, la SNCF 1939-1945'' par Yves Machefert-Tassin - actes du colloque de l'Association pour l'Histoire des Chemins de fer en France des 21 et 22 juin 2000 - 2001.</ref>. On relève aussi avec étonnement le rapport du 397e groupe de bombardement américain qui fait état, à la date du 8 juin, de B-26 "''envoyés contre un pont de chemin de fer à Rennes mais furent contraints d'atteindre des cibles de rencontre (targets of opportunity) avec des résultats de corrects à excellents''"<ref>Historical report of headquarters detachment 397th bombardment group (M)</ref>. | On peut s'étonner de ce satisfecit [[https://www.absa3945.com/9%20juin%2044/Betton/Lancaster-LL841.htm]] quand on constate, au sol, les dégâts collatéraux jusqu'à 800 mètres de l'axe de la cible. Les raisons peuvent en être trouvées dans le fait que les formations comportaient sept à douze appareils volant de front, couvrant au sol une bande de 500 à 800 mètres et aussi dans le fait que, si les premiers lâchers étaient bien marqués, la fumée des impacts obscurcissait complètement l'objectif aux appareils suivants<ref>''Une entreprise publique dans la guerre, la SNCF 1939-1945'' par Yves Machefert-Tassin - actes du colloque de l'Association pour l'Histoire des Chemins de fer en France des 21 et 22 juin 2000 - 2001.</ref>. On relève aussi avec étonnement le rapport du 397e groupe de bombardement américain qui fait état, à la date du 8 juin, de B-26 "''envoyés contre un pont de chemin de fer à Rennes mais furent contraints d'atteindre des cibles de rencontre (targets of opportunity) avec des résultats de corrects à excellents''"<ref>Historical report of headquarters detachment 397th bombardment group (M)</ref>. | ||
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