« Rennes en 1800 » : différence entre les versions

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» L’on ne pourra réformer l’esprit public tant qu’on continuera à laisser les finances aux mains des agioteurs, tant que la brigue et le favoritisme feront disposer des emplois en faveur de particuliers dont le mérite et les services consistent à faire leur cour dans les antichambres des premiers fonctionnaires de l’État ».
» L’on ne pourra réformer l’esprit public tant qu’on continuera à laisser les finances aux mains des agioteurs, tant que la brigue et le favoritisme feront disposer des emplois en faveur de particuliers dont le mérite et les services consistent à faire leur cour dans les antichambres des premiers fonctionnaires de l’État ».
 
[[Fichier:Plan_cadastral_de_1809.png|600px|left|thumb|Plan cadastral de Rennes, section A, en 1809 (Archives de Rennes)]]
Le Corps municipal s’associait à ces doléances et à ces vœux et les transmettait aux Consuls.
Le Corps municipal s’associait à ces doléances et à ces vœux et les transmettait aux Consuls.
=== Une ville républicaine===
=== Une ville républicaine===
Voulant inspirer, maintenir, étendre le respect et l’amour de la République, la municipalité se plaisait à célébrer avec grande pompe les fêtes décadaires et les grandes fêtes républicaines, telles les fêtes de la Souveraineté du peuple, — de la Jeunesse, — de la Reconnaissance, — de l’Agriculture, — de la Charité - des époux  etc. Elle s’efforçait de leur donner une solennité qui devait charmer les yeux et frapper l’imagination populaire.
Voulant inspirer, maintenir, étendre le respect et l’amour de la République, la municipalité se plaisait à célébrer avec grande pompe les fêtes décadaires et les grandes fêtes républicaines, telles les fêtes de la Souveraineté du peuple, — de la Jeunesse, — de la Reconnaissance, — de l’Agriculture, — de la Charité - des époux  etc. Elle s’efforçait de leur donner une solennité qui devait charmer les yeux et frapper l’imagination populaire.


Le cortège, en tête duquel défilaient les tambours et la musique, était formé de longues théories, de défenseurs de la patrie ayant reçu d’honorables blessures, de vieillards, de citoyens et de citoyennes, d’instituteurs et d’institutrices avec leurs élèves, puis venaient les autorités civiles au milieu desquelles était traîné sur un char antique le génie de la République tenant d’une main un gouvernail et de l’autre appuyé sur l’arbre de la liberté. Autour de lui étaient disposées des urnes où brûlaient des parfums. Les troupes fermaient la marche. Cette procession parcourait les principales rues de la ville et se rendait au[[ Champ de Mars]], au pied d’une pyramide élevée, entre les statues de l’Egalité et de la Liberté, sur un socle de marbre, symbole de la solidité du Gouvernement et surmontée d’une image de la République, avec cette inscription : A la République triomphante.
Le cortège, en tête duquel défilaient les tambours et la musique, était formé de longues théories, de défenseurs de la patrie ayant reçu d’honorables blessures, de vieillards, de citoyens et de citoyennes, d’instituteurs et d’institutrices avec leurs élèves, puis venaient les autorités civiles au milieu desquelles était traîné sur un char antique le génie de la République tenant d’une main un gouvernail et de l’autre appuyé sur l’arbre de la liberté. Autour de lui étaient disposées des urnes où brûlaient des parfums. Les troupes fermaient la marche. Cette procession parcourait les principales rues de la ville et se rendait au [[ Champ de Mars]], au pied d’une pyramide élevée, entre les statues de l’Egalité et de la Liberté, sur un socle de marbre, symbole de la solidité du Gouvernement et surmontée d’une image de la République, avec cette inscription : A la République triomphante.


Le président de la Municipalité prononçait un discours respirant le plus pur patriotisme et peignait avec sensibilité les douceurs et les avantages du régime républicain. Une musique militaire jouait alors et portait dans tous les cœurs le sentiment de l’union en exécutant l’air : « Où peut-on être mieux qu’au sein de sa famille » et la fête se terminait aux cris de : vive la République ! Aussitôt commençaient des courses à pied et à cheval, suivies de danses qui se prolongeaient fort avant dans la nuit » <ref> Registre des délibérations, 1er vendémiaire an 7 </ref>  Toutefois il semble que ces fêtes ne soulevaient guère d'enthousiasme chez les Rennais, "ce moyen de moralisation, sans base religieuse,  n'avait aucune prise sur l'esprit du peuple".  <ref> ''Histoire de Rennes,'' p.486, Émile Ducrest de Villeneuve et D. Maillet. Edouard Morault, libraire. Rennes - 1845 </ref>
Le président de la Municipalité prononçait un discours respirant le plus pur patriotisme et peignait avec sensibilité les douceurs et les avantages du régime républicain. Une musique militaire jouait alors et portait dans tous les cœurs le sentiment de l’union en exécutant l’air : « Où peut-on être mieux qu’au sein de sa famille » et la fête se terminait aux cris de : vive la République ! Aussitôt commençaient des courses à pied et à cheval, suivies de danses qui se prolongeaient fort avant dans la nuit » <ref> Registre des délibérations, 1er vendémiaire an 7 </ref>  Toutefois il semble que ces fêtes ne soulevaient guère d'enthousiasme chez les Rennais, "ce moyen de moralisation, sans base religieuse,  n'avait aucune prise sur l'esprit du peuple".  <ref> ''Histoire de Rennes,'' p.486, Émile Ducrest de Villeneuve et D. Maillet. Edouard Morault, libraire. Rennes - 1845 </ref>
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Les guerres vendéennes étaient terminées par la signature d’un armistice. Mais si la convention était exécutée par les troupes républicaines dont les instructions portaient « de respecter la trêve quelles que soient les vexations exercées par les Chouans sur les habitants des campagnes et les contributions qu’ils leur imposent » , elle était loin d’être observée par l’autre partie qui ne profitait de cette suspension d’armes que pour se livrer à la préparation de mouvements insurrectionnels dont la conséquence fut la mise hors la loi des départements bretons. Des bandes se formaient dans les alentours et, ravageant le pays jusqu’aux portes de la ville, étaient pour Rennes une cause de perpétuelles alertes.
Les guerres vendéennes étaient terminées par la signature d’un armistice. Mais si la convention était exécutée par les troupes républicaines dont les instructions portaient « de respecter la trêve quelles que soient les vexations exercées par les Chouans sur les habitants des campagnes et les contributions qu’ils leur imposent » , elle était loin d’être observée par l’autre partie qui ne profitait de cette suspension d’armes que pour se livrer à la préparation de mouvements insurrectionnels dont la conséquence fut la mise hors la loi des départements bretons. Des bandes se formaient dans les alentours et, ravageant le pays jusqu’aux portes de la ville, étaient pour Rennes une cause de perpétuelles alertes.


Le maire Jean-Pierre Parcheminier, rue des Dames,  l'un des juges les plus en vue de la nouvelle
Le préfet Borie  <ref>[[Promenade Nicolas Borie]]</ref>  commet en 1799 une étude statistique de 56 pages  sur le département d'Ille-et-Vilaine  <ref> Statistiques du département d'Ille-et-Vilaine ,p. 44 par le citoyen Borie, préfet. Paris An IX </ref> dans laquelle il relève des faits donnant de Rennes une vue non idyllique : les maladies de poitrine enlèveraient à Rennes "près d'un huitième des jeunes personnes";  pour l'industrie il  note à Rennes - ville de 25 904 h au recensement de 1801 -seulement : "une fabrique de chapellerie qui annonce beaucoup de succès", une fabrique de faïence "qui se soutient un peu", des blanchisseries de cire "qui sont bien tombées", "sa teinturerie était renommée et florissante, elle est très-réduite".
 
Le maire Jean-Pierre Parcheminier, [[rue des Dames]],  l'un des juges les plus en vue de la nouvelle
magistrature rennaise, le 6 mars 1800,
magistrature rennaise, le 6 mars 1800,
justifie l'indignation qu'inspire à ses concitoyens une récente décision des
justifie l'indignation qu'inspire à ses concitoyens une récente décision des
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cause de sa ville auprès du général Brune lors de son arrivée à Rennes <ref>{{w|Guillaume Brune}}</ref>qui, avec l'aide de 13 000
cause de sa ville auprès du général Brune lors de son arrivée à Rennes <ref>{{w|Guillaume Brune}}</ref>qui, avec l'aide de 13 000
hommes, est chargé de renouveler dans l'Ouest l'œuvre pacificatrice du
hommes, est chargé de renouveler dans l'Ouest l'œuvre pacificatrice du
général Hoche : « Vous entrez, lui dit-il, dans une commune qui
général Lazare Hoche : « Vous entrez, lui dit-il, dans une commune qui
s'enorgueillit de ses malheurs puisqu'elle le doit à son civisme ; elle n'a la
s'enorgueillit de ses malheurs puisqu'elle le doit à son civisme ; elle n'a la
haine des ennemis de la République que parce qu'elle fut le berceau de la
haine des ennemis de la République que parce qu'elle fut le berceau de la
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M. Denier estime que l’on a parfois cherché à disculper les Chouans des accusations portées contre eux, en prétendant que ces crimes étaient l’œuvre de malfaiteurs qui n’avaient rien de commun avec les anciens soldats des armées royalistes mais tout, dans les procédures, établit leurs antécédents : et les noms de guerre dont ils s’affublent tels que : l’Invincible, Monte-à-l’Assaut, la France, Brise-Ville, Royal-Carnage, Cœur-de-Roy ; et le choix de leurs victimes prises parmi les anciens rebelles ayant fait leur soumission, ou parmi les partisans et fonctionnaires du gouvernement républicain ; et les manifestations auxquelles ils se livrent dans l’exécution de leurs forfaits : haine et mépris de la cocarde tricolore, bris de clôture aux cris de "Vive le Roy !" vols commis sous le nom de perception d’impôts au nom du Roy ; et leurs aveux enfin consignés dans leurs interrogatoires qui ne laissent aucun doute sur leur passé.
M. Denier estime que l’on a parfois cherché à disculper les Chouans des accusations portées contre eux, en prétendant que ces crimes étaient l’œuvre de malfaiteurs qui n’avaient rien de commun avec les anciens soldats des armées royalistes mais tout, dans les procédures, établit leurs antécédents : et les noms de guerre dont ils s’affublent tels que : l’Invincible, Monte-à-l’Assaut, la France, Brise-Ville, Royal-Carnage, Cœur-de-Roy ; et le choix de leurs victimes prises parmi les anciens rebelles ayant fait leur soumission, ou parmi les partisans et fonctionnaires du gouvernement républicain ; et les manifestations auxquelles ils se livrent dans l’exécution de leurs forfaits : haine et mépris de la cocarde tricolore, bris de clôture aux cris de "Vive le Roy !" vols commis sous le nom de perception d’impôts au nom du Roy ; et leurs aveux enfin consignés dans leurs interrogatoires qui ne laissent aucun doute sur leur passé.


<ref>''Rennes en 1800'', audience solennelle de la cour d'appel de Rennes, du 16 octobre 1900, discours de M. Denier, avocat général. Imprimerie rennaise, 5 rue Bourbon</ref>
<ref>''Rennes en 1800'', audience solennelle de la cour d'appel de Rennes, du 16 octobre 1900, discours de M. Denier, avocat général. Imprimerie rennaise, 5 rue Bourbon ([https://fr.wikisource.org/wiki/Rennes_en_1800 lire en ligne sur Wikisource])</ref>


===Références===
<references/>


===références===
=== Voir aussi ===
* [[En 1800, la Justice à Rennes]]
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