« Comment Acigné échappa au grand remembrement » : différence entre les versions

aucun résumé des modifications
Aucun résumé des modifications
Aucun résumé des modifications
Ligne 52 : Ligne 52 :
=== Un avis « très favorable », mais sans effet ===
=== Un avis « très favorable », mais sans effet ===
Désormais les choses sont claires, le remembrement général de la commune va bien se faire. Eh bien non ! Le plus curieux dans cette affaire, c’est qu’il ne se fera pas. Comme si l’on s’était empressés d’oublier la décision prise. Pour quelles raisons ? On l’ignore, la plus vraisemblable étant le souhait de ne pas faire de vagues, de continuer à vivre sans conflit, dans l’esprit de concorde qui caractérise Acigné. Les élus ont finalement refusé de soumettre la commune à un remembrement global, évitant ainsi une procédure jugée verticale, autoritaire, administrative et technocratique, dont plusieurs communes s’étaient déjà plaintes. D’un autre côté, on peut dire qu’ils ont adopté la philosophie du remembrement.
Désormais les choses sont claires, le remembrement général de la commune va bien se faire. Eh bien non ! Le plus curieux dans cette affaire, c’est qu’il ne se fera pas. Comme si l’on s’était empressés d’oublier la décision prise. Pour quelles raisons ? On l’ignore, la plus vraisemblable étant le souhait de ne pas faire de vagues, de continuer à vivre sans conflit, dans l’esprit de concorde qui caractérise Acigné. Les élus ont finalement refusé de soumettre la commune à un remembrement global, évitant ainsi une procédure jugée verticale, autoritaire, administrative et technocratique, dont plusieurs communes s’étaient déjà plaintes. D’un autre côté, on peut dire qu’ils ont adopté la philosophie du remembrement.


=== Le choix des échanges amiables ===
=== Le choix des échanges amiables ===
Ligne 65 : Ligne 64 :


Une explication intuitive mais qui reste à vérifier est avancée par des anciens d’Acigné que nous avons interrogés. « Peut-être que le remembrement n’avait pas une grande utilité car nous n’avions pas trop de petites parcelles et que par ailleurs nous avions déjà de grandes fermes ». À savoir une quinzaine d’exploitations de 50 ha ou plus avec des terres déjà relativement regroupées.
Une explication intuitive mais qui reste à vérifier est avancée par des anciens d’Acigné que nous avons interrogés. « Peut-être que le remembrement n’avait pas une grande utilité car nous n’avions pas trop de petites parcelles et que par ailleurs nous avions déjà de grandes fermes ». À savoir une quinzaine d’exploitations de 50 ha ou plus avec des terres déjà relativement regroupées.
Acigné, commune non remembrée, il faut aussi rapprocher ce choix de la géographie de l’Ille-et-Vilaine. En effet, on constate les communes situées à l’est et au nord de Rennes n’ont pas connu une grosse vague de remembrements, alors que dans le sud et l’ouest du département elles y sont presque toutes passées.
Une explication intuitive mais qui reste à vérifier est avancée par des anciens d’Acigné que nous avons interrogés. « Peut-être que le remembrement n’avait pas une grande utilité car nous n’avions pas trop de petites parcelles et que par ailleurs nous avions déjà de grandes fermes ». À savoir une quinzaine d’exploitations de 50 ha ou plus avec des terres déjà relativement regroupées.
[[Fichier:Le parcellaire en 1951 et en 1986, du côté des villages d’Ifer et de la Perlais, à l’ouest d’Acigné.jpg|vignette|517x517px|Le parcellaire en 1951 et en 1986, du côté des villages d’Ifer et de la Perlais, à l’ouest d’Acigné. En rouge, les anciennes haies disparue. On peut constater que la géométrie générale des parcelles n’a pas été « mise à plat », contrairement aux remembrements généraux. Les nouvelles parcelles plus grandes sont construites sur la trame ancienne après échanges pour les regrouper]]
=== On vend les chemins communaux ===
Nous l’avons dit, pas de remembrement, cela ne veut pas dire absence de réorganisation drastique
du terroir. L’aspect le plus criant et sans doute aujourd’hui le plus contestable de ce « travail » a
consisté à arracher des haies. Et là, Acigné n’y est pas allé de main morte ! En une décennie, ce sont 40 km de talus et 6 ha de taillis qui ont été rasés. Dès 1958, on avait commencé à aliéner des vieux chemins communaux, autant dire donné un feu-vert à leur disparition. Aliéner veut dire vendre ces
chemins aux propriétaires qui en font la demande. Il y eut cette année-là dix-sept acquéreurs de ces espaces jugés gênants et inutiles car, pour beaucoup, ils n’étaient plus utilisés et gagnés par la friche. Au total près de 1,2 hectare de chemins (pour être précis 11 900 m2) représentant 2 à 3 kilomètres de longueur linéaire. Prix de vente : 10 anciens francs le m2, c’est-à-dire, sauf erreur, 20 centimes d’euro.
=== 40 km de haies arasés ===
[[Fichier:Densité des réseaux de haies sur le territoire français (Thibaut Preux, 2019).png|gauche|vignette|Densité des réseaux de haies sur le territoire français (Thibaut Preux, 2019). Malgré le remembrement ayant concerné une majorité de communes dans l’Ouest, cette région de bocage a gardé un réseau de haie beaucoup plus serré que les autres régions. Le bocage a de « beaux restes », même s’il a bien perdu de sa densité historique.]]
L’opération talus débute peu après, en 1959. Le conseil vote alors l’arrachage de 11 km de haies et de 35 000 m2 de taillis. L’opération est subventionnée et encouragée par l’État qui paie la moitié de la facture, l’autre moitié étant pour les propriétaires. L’aide publique est conditionnée à la longueur de l’arasement : il faut qu’elle atteigne 10 km à chaque fois. L’année suivante le conseil vote une deuxième tranche de haies à supprimer, à savoir 7,7 km, au bénéfice de 27 propriétaires. Coût des travaux : 17 000 nouveaux francs, incluant aussi l’arrachage de 2 800 m2 de taillis. Troisième vote en 1967 pour 20 000 m2 de taillis et 12 km de haies. « Ces travaux, justifie le conseil, permettront de récupérer des surfaces appréciables et favoriseront la mécanisation. En ce qui concerne le défrichage des taillis, ces terrains pourront à l’avenir être mis en culture ou en herbage ». Une quatrième et dernière salve de bulldozers est décidée en décembre 1968, date à laquelle on vote
l’enlèvement de 10 nouveaux kilomètres de haies, mais l’opération va être reportée de trois ans car les crédits de l’État sont bloqués. Tous ces travaux sont réalisés sous l’égide de la commune qui délègue Jean-Marie Hamel, le géomètre-expert de la rue Saint-Georges, pour diriger et surveiller les opérations.
À compter de 1970, on change d’époque. Une prise de conscience écologique se fait jour dans l’opinion.
À partir de 1976, le respect de la nature est inscrit comme une obligation dans les opérations d’aménagement. À Acigné, ç’en est fini des beaux programmes d’arasement. En 1974, un agriculteur tente bien de réclamer un nouveau programme d’arrachement, la
commune lui promet de regarder cela de près, mais finalement laisse tomber.
La déviation Noyal-Liffré oblige à remembrer
Et pourtant, dernier rebondissement, la Ville fut obligée de
rouvrir la page du remembrement. Nous sommes alors dans
les années 1980, il s’agit de dévier la départementale qui
traverse le bourg et de construire à l’est un nouveau CD 92.
Désormais, c’est une déviation de 5,3 km qui accueillera le
flux des véhicules de l’axe Noyal-Liffré. L’initiative en
revient à Michel Simonneaux2 durant son second mandat
de maire, soutenu par le conseil général. Il se souvient :
« J’étais préoccupé par la circulation dans le bourg
d’Acigné. Cela devenait infernal, les camions ne pouvaient
pas se croiser, c’était dangereux. En plus, je sentais qu’à
l’avenir cela allait s’aggraver ».
Le problème de cette déviation inaugurée en janvier 1983,
c’est qu’elle coupe en deux quelques exploitations
agricoles. Les agriculteurs n’étaient pas très chauds. Mais
on mit en place conformément à la loi une Commission
communale d’aménagement foncier (CCAF).
Aménagement foncier : on ne parle plus vraiment de
« remembrement », d’ailleurs le mot sera totalement
supprimé en 2005. Cette commission est mixte comprenant
élus et administration d’un côté (DDA, DDE), syndicats