« Vent debout contre la rage » : différence entre les versions

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Jean-Jacques Blain
Jean-Jacques Blain - Association Acigné Autrefois
 
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Version du 5 février 2026 à 11:33

La rage a marqué l’imagination populaire en raison de son caractère spectaculaire et de l’issue dramatique de la maladie. Cette infection contagieuse, transmise essentiellement par morsure, s’est éloignée en Europe. Mais restent des expressions évocatrices comme « avoir la rage » ou « c’est un enragé ».

Des raisons d’avoir peur

Voici un exemple vécu parmi beaucoup d’autres et qui illustre de manière très concrète l’impact de la rage au 19e siècle.

La bergère aux prises avec le chien enragé (Jean-Jacques Blain)

Le 6 mai 1817, un chien enragé parcourt Acigné et mord deux chiens, trois enfants et un adulte. De leur propre initiative, ces personnes vont à Rennes prendre des remèdes auprès d’une dame, sans doute une guérisseuse. Le lendemain le même chien enragé est sur Cesson et y mord un enfant de 5 ans. Puis on le signale sur Chantepie où il mord encore deux personnes.

Le maire d’Acigné, Armand Thomé de Kéridec, n’apprend ces faits que le 8 mai. Il fait alors abattre les chiens contaminés sur sa commune et prend contact avec les quatre acignolais mordus pour les orienter vers l’hôpital Saint-Yves à Rennes, où ils eurent le traitement prescrit dans ces circonstances : une cautérisation profonde au fer rouge des plaies de morsure. C’était rude mais assez efficace si on opérait très vite. On ne connaissait pas encore l’existence des virus. Mais on avait observé que la rage se transmettait par la salive sur les plaies et que la cautérisation locale détruisait avec la chair contaminée la cause de la maladie.

La semaine suivante, le propriétaire du manoir de La Boissellerie, situé au nord-est de la commune, s’inquiète pour une jeune fille employée comme « patou » dans une ferme proche. Elle y gardait un troupeau en filant et, armée de sa quenouille, était venue au secours de deux des enfants attaqués le 6 mai par le chien enragé. Elle n’a pas été mordue par le chien mais, après son intervention, elle a continué de filer avec « sa quenouille toute baveuse » et semble perturbée. Après concertation avec le maire, ils conviennent que la jeune fille prenne pension au manoir de la Boissellerie le temps de calmer son angoisse et de l’observer, pensant qu’elle a été sans doute plus effrayée qu’autre chose. Ce que la suite confirma.

Une coupure de presse assez plaisante

Un combat victorieux

Au fil des décennies, la lutte contre la rage se structura davantage avec un système d’alerte rapide, des enquêtes de gendarmerie systématiques pour identifier toutes les personnes et les animaux ayant été en contact avec un animal enragé et des arrêtés municipaux imposant après chaque épisode des mesures draconiennes afin d’éviter la diffusion de la rage.

Une grande avancée médicale eut lieu avec la mise au point par Pasteur du vaccin contre la rage en 1885. Après contamination, l’incubation est de 2 à 8 semaines avant que ne surviennent les symptômes, qui précèdent de quelques jours seulement le décès. Pour la rage, la vaccination réalisée rapidement après la morsure initiale a la particularité d’installer une immunité qui prend de vitesse la maladie. Dès lors les maires et les médecins envoyèrent donc systématiquement les personnes mordues à l’Institut Pasteur à Paris par le train, ce qui en sauva beaucoup.

La rage régressa, mais lentement, sous la pression de la prévention de mieux en mieux organisée. Dans les premières années du 20e siècle, on répertoriait à la préfecture d’Ille-et-Vilaine encore une quarantaine de chiens ou chats atteints de rage par an.

Le dernier cas de mort d’homme suite à une contamination en France métropolitaine date de 1924. Aujourd’hui la rage canine est éradiquée en France et en Europe. Mais ailleurs, le risque existe toujours.


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