La Rennaise, « Juste parmi les nations »

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Marie-Louise Charpentier

« Juste parmi les nations »

(26 novembre 1905, Rennes - 24 juin 1998, Rennes)

Marie-Louise Charpentier

La Rennaise Marie-Louise Charpentier Wikipedia-logo-v2.svg, « Lily », effectue des études d'infirmière et, diplômée, devient assistante sociale. Pendant la guerre, elle est assistante sociale au bureau d'assistance aux familles des prisonniers de guerre. Adhérente à la CFTC, elle distribue des tracts antiallemands avec Louis Lecorvaisier [1]. Elle aide aussi des jeunes à échapper au STO (service du travail obligatoire)[2], en leur faisant prendre des médicaments et en les faisant jeûner deux jours avant la visite médicale. En 1943, une dame âgée, Mme Engelstein, en larmes se rend au bureau d’assistance aux familles des prisonniers de guerre et narre son histoire à Marie-Louise Charpentier: originaire de Pologne, installée à Metz au début du siècle, son fils Joseph, mobilisé, est prisonnier de guerre ; elle et son époux Fishel avaient fui Metz lors de l'annexion par les Allemands en 1940 et se sont réfugiés à Rennes, rejoints par leur belle-fille Béatrice et ses deux jeunes enfants. Le SD avait reçu une note du délégué régional du Commissariat général aux questions juives, signalant la fuite de Engelstein, née Bandler Malca le 14.5.1882, demeurant 14 rue Saint-Louis à Rennes, avec ses deux petits-enfants, Catherine et Raymond, et indiquant que le docteur Daussy, médecin de l’hôpital psychiatrique et Mlle Charpentier, adjointe sociale-chef du service de l’armée, 17 rue des Dames, étaient certainement au courant de l’endroit où ces Juifs se sont réfugiés.[3] [4]. La famille dénoncée par une marchande de beurre car ils étaient venus tenter d'en acheter à 14 h au lieu de 17 h, heure autorisée pour les juifs, La Gestapo avait surgi dans leur maison, tout saccagé et emmené son mari et sa belle-fille - avec laquelle Marie-Louise avait sympathisé - tout en menaçant de revenir chercher la grand-mère et ses petits-enfants. Des voisins prévinrent l'assistante sociale. La dame ne parlant couramment que l’allemand et le polonais, Mlle Charpentier alerta Monseigneur Roques [5]. Parlant l'allemand, il eut un entretien avec Mme Engelstein qui lui révéla l’existence d’une parente, habitant l’Aveyron, qui pourrait les héberger.

Marie-Louise Charpentier part aussitôt avec la grand-mère chercher les jeunes enfants : Catherine, trois ans, et Raymond, deux ans. André, frère de Lily, emmène les deux enfants sur le cadre de son vélo, la grand-mère suivant à pied, chez un ami à la campagne, à une quinzaine de kilomètres de Rennes, où ils restent un mois environ. Il avait accepté de les loger provisoirement, à condition que Marie-Louise s'occupât de tout. Son frère apporte la nourriture, aidé par deux amis. En 1991 Lily Charpentier raconte : [6] En solution plus durable et plus sûre, elle envoie la dame âgée se faisant passer pour sourde et ses petits-enfants chez des amis résistants à Paris, en novembre 1943, accompagnés d'une tante de Catherine venue de zone libre, de deux jeunes prisonniers africains échappés du camp de la Marne désirant rejoindre les forces du général de Gaulle. « Les cinq lapins sont bien arrivés » dit un télégramme. La grand-mère et les deux enfants sont ensuite emmenés, par un réseau clandestin, pour rejoindre une institution religieuse dans l'Aveyron. Marie-Louise apprit que la Gestapo de Rennes était revenue au domicile des Engelstein pour chercher la grand-mère et les deux petits. Le grand-père, Fishel Engelstein, mourut dans le train vers Auschwitz. La grand-mère et les enfants survécurent. La grand-mère et ses deux petits-enfants apprendront plus tard le funeste destin de leur grand-père. Après la guerre, Béatrice, rescapée de Bergen-Belsen, retrouva son mari Joseph et ses enfants, et vint remercier leur bienfaitrice mais elle décéda cinq ans après, épuisée physiquement et moralement[7]. [8]

En 1989, Marie-Louise Charpentier eut la grande joie de rencontrer Catherine, la petite fille qu'elle avait sauvée. Le 15 mai 1990, Marie-Louise Charpentier reçut le titre de « Juste parmi les nations »,[9] décerné par l'Institut commémoratif des martyrs et des héros Yad Vashem [10] à ceux et celles qui ont « sauvé des Juifs persécutés pendant la période de la Shoah en Europe, au péril de leur vie. » Décédée à 93 ans, elle est l'une des trois femmes Justes parmi les nations reconnues en Ille-et-Vilaine.

Références

  1. Louis Lecorvaisier, réseau VAR
  2. Le S.T.O. pour des Rennais
  3. Claude Toczé, Les juifs en Bretagne: ve – xxe siècles, Presses universitaires de Rennes - 2006, p. 118.
  4. Rennes pendant la guerre. Chroniques de 1939 à 1945, Étienne Maignen p. 109-11, Editions Ouest-France
  5. rue Cardinal Roques
  6. https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-nuits-de-france-culture/lily-charpentier-l-incarnation-de-l-esprit-frondeur-2525509
  7. Ouest-France, 27 janv. 2015
  8. http://memoiredeguerre.free.fr/biogr/charpentier-marie-louise.htm
  9. https://yadvashem-france.org/
  10. https://www.yadvashem.org/fr.html