Les maisons à pans de bois si nombreuses à Rennes

From WikiRennes
Jump to: navigation, search


Malgré les destructions importantes liées à l’incendie de 1720, Rennes est la cité bretonne où se trouvent le plus de maisons à pan-de-bois (ou maisons à colombages)[1]. Plusieurs grandes villes ont vu leur patrimoine détruit au fil des années, c'est le cas de Nantes ou de Bordeaux par exemple[2]. Aucune étude, avant celle de Daniel Leloup, [3][4] ne traitait du pan-de-bois à Rennes de manière aussi transversale et historique. Au hasard des rues situées autour du centre de la ville reconstruit après le grand incendie, on les rencontre et on les admire, nez levés[5].

Dès le 13e siècle, Rennes s'était dotée d’un bâtiment public en pan-de-bois : la Cohue. Plusieurs modèles cohabitent à la fin du Moyen Âge, ayant pour point commun une section importante des pièces de bois. D’un côté les maisons à fenestrage continu et poteaux élargis (3, rue du Chapitre ; 32, rue de Saint-Malo), réservées à une élite urbaine, de l’autre le bâti ordinaire constitué de « maisons-couloirs » avec largeur de façade sur rue réduite. On a recensé à Rennes 160 maisons datées de la première moitié du 15e siècle.

Les immeubles en rive nord de la place du Champ Jacquet. (Photo Sokoljan, de WIkimedia Commons)

Au 16e siècle, on met en avant les décors portés comme on peut en voir rue Saint-Michel, rue du Chapitre ou rue Saint-Georges témoignent d'une mode italianisante, éloignée des thématiques religieuses de la période gothique. La diminution de l’encorbellement est en lien avec de nouveaux impératifs de confort et l'application de nouveaux règlements d’urbanisme ordonnant sa suppression.

En levant les yeux

Le Grand Siècle constitue l’apogée de ce mode de construction. Le modèle classique, avec ses façades plates, ses matériaux mixtes et ses nouvelles formes de toiture peine à s’imposer complètement. L’innovation majeure réside dans l’inventivité des menuisiers qui développent de nouveaux modèles d’escaliers, à jour central, rampe droite et balustres à simples ou doubles poires, dont de très beaux exemples sont encore conservés dans les immeubles de la place des Lices, ou de la rue du Chapitre à l'hôtel de l’Escu de Runfao.

Après l’incendie de 1720 le pan-de-bois, malgré les règlements d’urbanisme dictés par l’ingénieur Robelin[6] et l’architecte Gabriel[7] limitant son utilisation aux refends, continue d’être employé comme matériau principal, dans les galeries et escaliers sur cour de la place du Palais ou dans les baraques construites pour loger les sinistrés. L’architecture aux pans de bois sera dépréciée au siècle suivant, au profit de la pierre. Le Rennais Paul Féval, né dans la rue du Chapitre, dénigra cette architecture à pans-de-bois au 19e siècle. Les guides de voyage du 19e siècle feront chorus [8]. Le manque d’entretien et la paupérisation des propriétaires expliquent en partie cette vision misérabiliste et justifieront un siècle plus tard les destructions faites au nom de la modernité. On cache donc les pans de bois sous une couche de crépi uniforme.

L’habitat à pan-de-bois connût au 20e siècle un lent regain de considération ; en 1923 le premier immeuble classé est la Maison Ty Koz, rue Saint-Guillaume. La mise en place du secteur sauvegardé en 1985, qui suit en partie les contours des anciennes enceintes, rend le centre-ville intouchable. Les destructions se concentrèrent donc dans les faubourgs, au point que, sous la municipalité de Henri Fréville, plus de la moitié des immeubles antérieurs au 18e siècle disparurent pour faire place aux opérations de rénovation. Si l’avenir du patrimoine en pan-de-bois[9] semble assuré pour le secteur sauvegardé, Les Amis du Patrimoine rennais constatent bien des destructions ailleurs.


références