Incendie de 1720

De WikiRennes

Jean-François Huguet, gravé par Thomassin.
L'ancienne Tour de l'Horloge, détruite par l'incendie de 1720. Gravure reproduite en carte postale par Laurent-Nel, Le Vieux Rennes n° 288. Coll. YRG

Entre le 23 et le 29 décembre 1720, un feu, né rue Tristin, la future rue de l'Horloge, détruit 850 maisons de la ville-haute (centre nord), alors entièrement construite en bois. Les gens fuient leurs maisons, sauvent ce qu’ils peuvent de meubles et de valeurs. Nostradamus aurait prédit ce malheur en écrivant : en 1720 la grosse Françoise tombera et Senner brûlera; en fait la lanterne du beffroi, la tour Saint-James, qui brûla renfermait une grosse cloche accostée de quatre appeaux plus petits. Cette grosse cloche de 39134 livres de métal et de 1000 livres d'étain, installée en 1470, dont le timbre était d’une tellee force qu’on disait l’entendre de sept lieues (33 km), était appelée Madame Françoise, du nom du duc François II, père de la duchesse Anne, qui en avait été le premier parrain et qui avait écrit que "c'était son plaisir que la dite horloge fut faite de façon telle qu'il en fut bruit et renom". [1]


« Dans la nuit du 21 au 22 décembre 1720, un menuisier, qui était ivre, mit le feu à sa boutique, située vers le milieu de la rue Tristain. Le feu gagna sur-le-champ les maisons voisines, et, dans très-peu de temps, les deux côtés de la rue et la rue Neuve furent embrasés. Comme les maisons n'étaient bâties qu'en bois, et les rues fort étroites, l'incendie devint bientôt général. La charpente de l'horloge située sur la tour derrière Saint-James fut brûlée ; la cloche, qui pesait près de quarante milliers (environ 19,5 tonnes, ndlr), tomba avec toute la charpente, le 23, vers deux heures du matin ; elle fit un bruit terrible. Le feu dura sept jours, puisqu'il ne s'éteignit que le 29. Il y eut huit cent cinquante maisons consumées, dans une étendue de seize journaux soixante-quatorze cordes carrés de terrain (environ 5,4 hectares, ndlr) ; ce qui faisait à peu près le cinquième de cette ville, qui contient en tout quatre-vingt-huit journaux quarante-une cordes de terrain renfermé entre ses murs. Cette grande quantité de maisons réduites en cendres ne fut pas regardée comme la plus grande perte ; mais ce fut celle des meubles, de l'argent monnayé et autres. Les titres de la plus grande partie des familles de la province, qui se trouvaient chez les juges, avocats, procureurs et notaires, furent brûlés presque sans exception. A cette époque, les rues, comme on vient de le dire, étaient fort étroites ; et les maisons bâties en bois étaient si élevées, que, les rayons du soleil ne pouvant pénétrer dans les rues, elles étaient toujours fort humides et très-sales. »

— Jean Ogée
Origine : Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, pages concernant Rennes • Recueilli par Manu35 • 1778licence

Zoné en rouge, l'impact de l'incendie (sur un plan de Robin dressé vers 1669).
"Plan de la ville de Rennes levé par F. Forestier, après l'incendie arrivée (sic) le 22 Xbre 1720, sur lequel ont été formé (sic) les projets tant du Sr Robelin, directeur des fortifications de cette province... que du Sr Gabriel, contrôleur général des bâtiments du roi"

Le manuscrit de Christophe Paul de Robien Wikipedia-logo-v2.svg[2] (1698-1756), Description historique, topographique et naturelle de l'ancienne Armorique comporte une gravure représentant l'incendie aux abords du parlement. Sa légende est : Cet affreux événement est arrivé le 22 décembre 1720 et a continué ses progrès jusqu'au 29 du même mois par la destruction de 27 rues, 5 places publiques, une église paroissiale, une chapelle, l'hôtel de ville, le Présidial, l'horloge publique, et plus de 800 maisons[3].

Causes

L'incendie s'est rapidement propagé, du fait de la proximité des habitations, de leurs fabrication, de leur greniers remplis de graisse et de bois pour passer l'hiver. L'intendant de Bretagne, Paul Feydeau de Brou Wikipedia-logo-v2.svg ne fait abattre les maisons pour enrayer l'incendie que bien tard. La lutte contre l'incendie est moins prioritaire que le pillage/sauvetage des biens de chacun. Le Régiment d'Auvergne qui estoit à Rennes en quartier eut l'ordre de M. l'Intendant d'aller au secours des bourgeois, mais comme il y fût confusément et sans discipline, au lieu d'esteindre le feu, ils ne cherchoient qu'à le perpétuer et à piller ce qu'il y avait de plus précieux dans les maisons; les manoeuvres et gens de métier, qui estoient en grand nombre dans cette ville, suivirent leur exemple, ce qui acheva de mettre la désolation partout.

Et l'accusation va plus loin concernant les soldats : " On fut obligé à la fin de désarmer les soldats et de les faire camper sur le mur des Carmes avec garde de bourgeois d'un costé et de l'autre, pour les empescher de rentrer dans la ville. Mais il n'en estoit plus temps puisqu'on assure qu'eux mêmes avoient mis le feu dans plusieurs quartiers où il n'estoit point afin de faire durer le pillage.

Il n'en fut fait nulle part de recherche; au contraire un mois après quand ils s'en allerent ils eurent la liberté de charger plusieurs charrettes, sans qu'on se mit en peine de les fouiller, et ils enrichirent la ville d'Angers des dépouilles de notre malheureuse cité. Il n'y eut qu'un soldat de puni qui laissa tomber la patène d'un calice qu'il avait dérobée aux Cordeliers."[4]

"Le Palais se garantit par sa hauteur et par la quantité d'eau qu'on transporta dans les plombs avec laquelle on eteignoit les flammes des que le vent y portoit." [5]

C'est finalement une averse (et l'abattage des habitations) qui sauvera la ville, à moins qu'il ne s'agisse d'une intervention de la Vierge, comme beaucoup de Rennais le pensèrent à l'époque.

Périmètre détruit

Plan de l'incendie de 1720[6]
Une partie du plan dressé après l'incendie de Rennes en 1720, est consacrée à la représentation des rues dévastées alors que le plan proprement dit vise la reconstruction sur de nouvelles bases.

L'ampleur des destructions est représentée dans un plan de l'époque gravé en 1726. Les limites de propagation de l’incendie correspondent à la rue du Chapitre et à la Place du Parlement. Au moins sept hectares de superficie ont été détruits, 2400 familles sont sans logement.

Les édifices sont détruits à raison de 7107 toises de façade, non compris le domaine royal, selon les lettres patentes du roy du 14 janvier 1738 qui confirment "la répartition des mouvances du Roy et de celles des differents Seigneurs, dans la partie incendiée de la Ville de Rennes", plus précisément qui homologuent le procès-verbal dressé en 1737 par le Sieur du Pont d'Oville, commissaire de la réformation. Ces maisons relèvent de treize seigneuries, laïques ou ecclésiastiques : par exemple 355 toises pour la seigneurie de la Prévalaye ou 1079 toises pour Saint-Georges. Il est précisé dans ces lettres qu'ensuite, il a été procedé au remplacement et au débornement desdits fiefs, à la deductions neanmoins du quart de leur ancien emplacement qui se trouve consommé au moïen de l'élargissement des places publiques, conformément à l'arrest de nôtre Conseil du 12 avril 1723, et aux plans dressés en consequence, ledit procès verbal contenant le projet de la répartition des rentes et redevances qui doivent être paiées doresnavant par les propriétaires des maisons et emplacemens aux seigneurs des fiefs dans la directe desquels ils se trouvent situés[7].

Ampleur des destructions

Les halles de boucherie et halles au blé sont les seuls bâtiments publics qui semblent avoir retenu l'attention du présidial de Rennes à en croire ses archives. Concernant la Grande Halle, près du Champ-Jacquet, il est écrit le 23 janvier 1721 : Il ne reste aucun vestige des halles que quelques cicots de murs qui ne sont du costé du Champ jaquet qu'à hauteur d'apuy et du costé de la rue de la Feronnerie les murs qui restent peuvent estre dans des endroits de sept à huit pieds à d'autres à cinq ou six pieds de hauteur... ; les autres côtés - à pans de bois - étant encore plus endommagés. Un devis de leur rétablissement dans leur état d'origine s'élève à 48 797 livres, contre 8 597 pour les halles de la rue Saint-Germain. Ces dernières ont également souffert de l'incendie, mais seulement indirectement, en raison de leur destruction pour arrêter la course du feu vers le sud de la ville[8].

Le maire et les échevins ayant adressé au roi une supplique pour implorer ses secours, le chancelier d'Aguesseau leur répondit au nom de sa majesté "qu'on leur procurerait tous les soulagements dont ils avaient besoin pour faire sortir leur malheureuse ville de ses cendres, et que sa Majesté était si portée à leur faire sentir sa protection, qu'il n'était pas nécessaire de l'y exciter." En effet, un arrêté exempta de la capitation et autres impôts pour deux an, les locataires et propriétaires des maisons incendiées qui continueraient de résider dans la ville. [9]


Le plan levé par Forestier en 1726 pour la ville dessinée par Robelin

Reconstruction

La valeur des biens immobiliers détruits s'élève à 293 246 £, celle des biens mobiliers monte à 2 527 947 £. Un terrier (cadastre) est établi, les adjudications se font aux anciens propriétaires, en respectant un nouvel alignement. Ce drame a permis de transformer le cadre de vie des Rennais autour du parlement et de l’hôtel de Ville. Il s’agit de réédifier la ville car elle est anéantie en de nombreux quartiers. Sous le contrôle de Gabriel, les architectes Pierre Le Mousseux Wikipedia-logo-v2.svg, Joseph Abeille Wikipedia-logo-v2.svg, François Huguet Wikipedia-logo-v2.svg participent à sa reconstruction.

La reconstruction fut menée de 1726 à 1754 sous la direction de Jacques Gabriel Wikipedia-logo-v2.svg, qui en profita pour compléter la place du Parlement de Bretagne. Elle se fit selon un plan dessiné par Isaac Robelin Wikipedia-logo-v2.svg, ingénieur de la marine à Brest, avec un projet de redressement du cours de la Vilaine, en rupture avec ce qui restait de la ville à pans de bois. Ces constructions très anciennes se situent dans les secteurs actuels de la rue Saint-Georges, rue Saint-Michelrue Pont aux Foulons, rue Saint-Yves – [[rue du dureté et son peu d'attention à leurs besoins excitait "une nouvelle espèce d'incendie presque aussi funeste que le premier" et, en 1724, le maire, Toussaint Rallier du Baty[10] alla même se plaindre à Paris.

Les bâtiments neufs furent construits sous le statut de la copropriété. Aussi trouve-t-on dans le secteur opérationnel actuel deux types principaux de constructions très distinctes : les immeubles à structure bois d’emprise au sol réduite et particulièrement dégradés et les immeubles de la reconstruction du 18e siècle aux murs de pierre sur rue mais à structure bois sur l’arrière, de grande emprise au sol, de style très classique et de gestion compliquée due au statut de la copropriété. Sur 1380 immeubles dans la partie historique, 330 sont en état moyen et 300 sont fortement dégradés[11].

Témoignages

Sieur de la Rivière, conseiller au présidial

Mathurin Chereil, Sieur de la Riviere, conseiller au présidial de Rennes, narre ses déboires, précisant le rôle joué par le Gros Horloge :

« scavoir faisons que dans l'affreux et terrible incendie de cette ville qui commenca par la rue Tristin, la nuit du dimanche 22 xbre. dernier et ne cessa que la nuit du vendredi suivant 27 dud. mois, qui sont cinq jours entiers, apres avoir reduit en cendres presque toutte la ville, le feu que nous croions ne devoir pas craindre d'autant que le lundi au soir, il etait encore eloigné de plus de trente maisons de celle à nous appartenant en propriété située au haut de la rue de la Filandrie, et que nous esperions qu'il s'eteindrait ou qu'on luy couperait le chemin en abbatant des maisons, nous surprit tout d'un coup la nuit dud. jour de lundi parcequ'etant devenu plus violent il enflamma les plombs du gros horloge quoique l'incendie fut encores eloigné du pied de la tour où il etait placé, lad. tour elevée d'ailleurs de plus de cent pieds ; ce qui mit le feu à la charpente dud. horloge et galerie qui etait tout autour, dont les bois et merains tout enflammés furent portés par un vent impetueux dans plusieurs maisons proche la nôtre et tombant dans l'instant une grosse pluie de feu, nous fûmes frapés d'une peur tres vive et nous nous trouvames sans secours chacun ne pensant alors qu'à soy. D'un autre coté, notre epouse avait tout le jour recû dans notred. maison plusieurs meubles, hardes et marchandises, de differentes personnes des rues Neuves, Tristin, Pui du Menil, et de Change, qu'ils y apportaient comme dans un lieu seur à cause de l'eloignement du feu ; scavoir du Sieur Hamelin, marchand magazinier, du Sieur Bazin, procureur au presidial, de la demoiselle sa soeur, des demoiselles P----? et Mongermont, du Sieur Jan Delourme de Kerpiton et autres du nom desquels nous ne nous souvenons pas. Ces personnes ayant appris que l'horloge avait mis le feu dans tout le quartier se jetterent chez nous pour reprendre leurs meubles, hardes et marchandises, et causerent dans notre jardin une grande confusions, lors de quoi nous entendimes plusieurs voix crier 'Sauvés vous Monsieur Couppé, le feu est dans notre maison qui est toutte voisine de la votre !' dont nous fûmes vivement effraiés et beaucoup plus encore le feu ayant pris au moment vis à vis de ches nous dans une grande vieille maison de bois beaucoup elevée au dessus de la notre ; ce qui nous fit perdre toutte liberté d'esprit croiant que nous allions tous bruslés sur le champ ; et ce qui nous determina davantage à tout quitter pour sauver notre vie, ce fut le Sieur de Lentivi de la Feriere, un de nos parents et amis, qui nous vint dire que le feu allait barrer la rue et que nous ne pourions plus sortir, et nous tira et notre epouse hors de notre maison, laissant nos meubles, tapisseries, miroirs, bureaux, lits, chaises dans notre appartement et celui de notre epouse, tout ce qui etait dans notre petit cabinet dont nous ne pouvions rien tirer à cause des meubles, hardes et marchandises, qui avaient eté apportées dans la salle de notre maison, dans lequel cabinet estaient tout et chacuns les sacs des proces à notre rapport, dont nous ne scavons et ne pouvons dire le nom des parties et de leurs procureurs... »


Origine : Cote 2B 440 - Archives départementales d'Ille-et-Vilainelicence

Lettre envoyée de Vitré par un homme d’Église au cours de l’année 1721

« Mon très-révérent père,… Le feu prit le 22 décembre, dimanche au soir à dix heures, dans la boutique d’un menuisier qui demeurait au milieu de la rue Tristin. Depuis ce triste moment, il ne fit qu’augmenter et continuer jusqu’au samedi suivant, 28 du même mois, jour auquel il cessa sur les quatre heures après-midi. Pendant ces fâcheux jours, clairement exprimés dans une des centuries de Nostradamus, par ces mots : En 1720, la grosse Françoise tombera et Senner brûlera. La grosse horloge nommée Françoise, et Rennes par les mêmes lettres renversées dans le mot de Senner. Effectivement, le feu gagna aussitôt la tour de l’horloge qui tomba à minuit et demi du lundi au mardi, sans faire presqu’aucun bruit. Elle est actuellement au bas de la tour, partie fondue et l’autre cassée. Jugez de l’activité du feu qui de Tristin, première rue où il prit, gagna trente-deux tant places que rues. Toute ces places et rues sont entièrement brûlées, à la réserve de l’hôtel de Tizé et de Robien, et si entièrement brûlées, qu’on ne distingue plus où étaient les rues. On abattit aussi la moitié du cimetière Sainte-Anne, du côté de la douve, et quatre à cinq maisons qui vont dans le rue Saint-Melaine, comme les Quatre-Bœufs. Ce feu, dont on ne saurait donner de raisons trop certaines, quoiqu’il ait commencé par la maison de ce menuisier, était si ardent, que dans les trois premières heures il avait déjà brûlé près de deux rues, et il était, un jour après, en quatre et cinq quartiers de la ville à la fois. Cependant il y eut beaucoup de la faute d’un chacun : 1° les soldats, qui voulurent de droit commander aux habitants qui ne voulurent pas s’y soumettre, intervalle qui donnait au feu lieu d’agir ; 2° les premiers même de la ville, qui donnaient des 1,000 écus et 10,000 l., et ivraient les ouvriers pour ne pas couper leurs maisons ; 3° on ne trouva dans la maison de ville que cinq seaux de cuir et quatre haches ; 4° des vents impétueux qui transportaient les flammes d’un quartier à l’autre, et c’est un miracle évident qu’il a cessé aux portes de la ville, parce qu’on était si épuisé et affamé, les vivres ayant manqué, que les deux derniers jours on ne travaillait plus, ayant tout abandonné à la Providence. Vous eussiez vu, pendant trois ou quatre jours, travailler à la satisfaction d’un chacun, l’évêque, l’intendant, les présidents, conseillers, religieux et religieuses, tous en veste et habits de toile et cuir, avec des sabots, car on ne pouvait plus marcher autrement, tout n’étant que feu. On sonna le tocsin jusqu’à cinq lieues à la ronde, d’où se rendirent plus de 25,000 personnes, ce qui ne contribua pas peu à y mettre la famine. Dans cet incendie si surprenant, c’est quelque chose d’assez particuliers qu’il n’y ait eu, à dire vrai, qu’une seule église brûlée, encore était-ce par le nombre de meubles qu’on y avait renfermés. C’est Saint-Sauveur qui était achevé et d’une beauté à ravir. A la vérité on découvrit une partie de la Cathédrale, de Saint-Germain, de la Rotonde, de Saint-Yves et des Cordeliers, qui seuls y perdirent 10 à 12,000 l. de rentes, toutes leurs maisons ayant été brûlées. Le feu qui fit tomber l’horloge prit par la girouette, ce qui paraîtrait inconcevable, si je pouvais vous cacher plus longtemps qu’une pluie de feu visible tombait sur tous ces endroits ; tous l’ont vu et l’assurent. Pour vous figurer la situation de cette infortunée ville, rappelez-vous, si vous voulez, ou Rome ou Troie, ou les villes criminelles ; ce n’est plus qu’un monceau de cendres et un tas fumant de débris. Par le détail qu’on a fait depuis de tout ce qui était compris dans ce malheur, on y compte trente-deux rues, même plus, 5,284 maisons et 15,100 ménages, plus de 58,000 personnes intéressées, 6 à 7,000 tant tuées, étouffées, écrasées, qu’estropiées *; plus de 90,000,000 de perte. Un seul de nos conseillers y perd 1,500,000 l. ; c’est M. De Cosmadeuc. Le palais n’eut que peur, parce qu’on coupa neuf à dix maisons prochaines, et heureusement il a été sauvé. Le roi a député M. le maréchal d’Estrées pour lui faire un plus juste détail d’une ville qu’il dit aimer, et on espère avoir remise du don gratuit qui allait, dans la dernière tenue de nos états, à 3,000,000 ; de plus on aura aussi les petits devoirs et le revenu des bénéfices vaquants du royaume. Sur ces entrefaites, sa Majesté a fait distribuer 40,000 écus aux pauvres incendiés. M. Estrées en a donné 10,000, et M. de Montesquiou 3,000 ; et tout cela est peu, car si vous voyiez et dans les champs voisins et autour de la ville le nombre d’infortunés qui y sont réduits, vous seriez pénétré de la plus vive douleur, et il faudrait être de marbre pour ne pas pleurer amèrement sur les malheurs subits de cette capitale. On parle à présent d’un autre plan de ville qui consistera en cinq rues seulement de longueur, avec des petites de traverse, deux grandes places et une troisième devant le palais, qui sera le place royale, où l’on placera la statue équestre de Louis XIV. Toutes les paroisses du diocèse vont travailler pendant l’hiver à la corvée pour vider les débris de ce fau si violent qu’on le voyait de cinq lieues. On parlait de faire aller le parlement ou à Vannes ou ici ; mais on a représenté au roi qu’absolument on aimait mieux se gêner que d’accabler entièrement ce reste de ville, si on peut l’appeler de ce nom. C’est ce qui fait qu’on renvoie tous les vagabonds, gens sans métier, et tous ceux qui étaient inutiles. Le présidial s’assemble à l’hôtel de Tizé. La prison est actuellement dans la tour Le Bat. Les dames de Saint-Georges se retirent une partie chez nos dames. Les maisons qui doublaient, comme Visitation, Ursulines, seront réduites à une. On réforme le nombre des maisons d’hommes, surtout les mendiants. Nous ne savons encore si nous y avons part. Ce ne sera que si nous le voulons, car Monseigneur m’a dit à moi-même que le quartier de notre côté nous devait l’obligation de n’avoir pas été brûlé. Le feu prit dans la rue Haute, vis-à-vis notre maison, mais il ne brûla que huit à neuf maisons, parce qu’on coupa, et nous abattîmes nos boutiques. C’est la seule perte que nous ayons faite. Tous les habitants nous y adorent. Aussi avons-nous reçu sans distinction tous ceux qui nous ont demandé asile dans notre maison. Actuellement l’église et le reste sont pleins de meubles d’un chacun.Dans tous les cloîtres, il y a des lits des deux côtés comme dans les hôpitaux. Nous couchions trois à trois indifféremment, et nous avions plus de six cents personnes chez nous ». [12]

* Les nombres de population, de maisons touchées, de victimes sont extrémement exagérés.

Dans un dossier de la même année, Urbain Lereguer, général et d'armes (sorte de sergent-huissier), demande où doivent se faire dorénavant les ventes publiques sachant qu' Il ne se trouve plus de place publique pour faire les ventes d'authorité de justice, proposant la place du simettiere Saint Anne, au hault des Lisses, sur le Prébotté.... A l'hôtel de Brissac, le présidial ordonne, le 8 janvier 1721, que les ventes publiques et repetitions des officiers seront faittes pres la place Ste Anne.

Quand le feu ne suffit pas !

Tous les dégâts causés par un incendie ne provenaient pas tous de la combustion des immeubles : ce qu'épargnait le feu pouvait subir des dommages considérables, tous non obligatoires...

En 1740, est dressé un Procès verbal des dommages subis par l'hôtel de Tizé ou Hôtel des Nétumières par l'incendie des prisons de Rennes du 2 février 1740, appartenant à Elisabeth de Cornullier, rue de Toulouse, rue du Champ Jaquet.

« ...le feu ayant pris dans la cheminée de l'infirmerie de la prison, il s'est communiqué au faitage du comble qui était incorporé dans ledit tuyau d'où il s'est etendu au grenier et comble de laditte prison et l'hôtel de Tizé, ce qui a occasionné outre le dommage du feu les demolitions cy apres... nous avons remarqué et vû que tous les planchers dudit hotel ont beaucoup soufert tant par l'abondance de l'eau qui les a penetré et imbibé du haut en bas que par l'affluance du monde qui est venu au secour ; ce qui a fait affesser lesdits planchers, ce qui leur porte un dommage considerable que nous ne peuvont valablement estimer... ; que l'armoire dudit apartement a eté enfoncée et brisée, estimée douze livres... »


Origine : Cote 2B 457 - Archives départementales d'Ille-et-Vilainelicence

Habitant l'hôtel, Bernardin Beziel, procureur au présidial, raconte que sa femme est la première à avoir vu le feu et que tous leurs meubles ont été brisés...

La lecture de ce document montre également que les croisées (fenêtres) et tout ce qui gênait, à l'intérieur, la circulation des seaux d'eau était coupé ou arraché.

Encore du plomb !

En 1722, devant le présidial de Rennes, Louis Couturier, mari de Marie Marthe Bourget, conteste à Jean Baptiste Hovius, imprimeur, la propriété de caractères. Des témoins apportent des lumières sur les mesures de précautions prises lors de l'incendie (qui dura cinq jours), précautions prises à coeur... Lisons le récit de Julienne Fremont, 33 ans, marchande sur les Douves de la Visitation :

« Huit à dix jours apres l'incendie, autant qu'elle se peut souvenir, mais que c'etait toujours apres l'incendie, estant sur le pont St. Germain à la boutique d'une nommée la Chevallier, lardière, elle vit passer Hovius fils qu'elle connaissait pour gendre desd. Cousturier et femme, venant de la rue Saint-Germain, qui avait sur la teste une casse d'imprimerie, lors de quoy deux Mrs. à elle inconnus dirent aud. Hovius qu'il commençait donc à raporter chez luy ; et led. Hovius leur repartit en ces termes 'Ouy j'ay - grâce à Dieu - sauvé mon gagne pain !' ; et avait led. Hovius un bonnet rouge sur la teste, et la themoin le vit aller vers la demeure dud. Hovius père, sans scavoir s'il y antra. »

— Archives du présidial de Rennes
Origine : Cote 2B 441 - Archives départementales d'Ille-et-Vilainelicence

Des témoins parlent d'enfants qui en fouillant dans les mazures de l'incendie auraient trouvé des caractères dans le sol rue du Vault Saint Germain à l'endroit où estait l'imprimerie d'Hovius fils (maison du Sr. Gardin). Par ailleurs, les Hovius auraient déménagé tout leur matériel rue Saint-Thomas, chez Anne Crespel, 35 ans, femme de Jean Collombel, compagnon menuisier, veuve de Jacques Hamon.

Références

  1. Histoire de Rennes, p.344, Émile Ducrest de Villeneuve et D. Maillet. Edouard Morault, libraire. Rennes - 1845
  2. rue de Robien
  3. Cette gravure est visible et téléchargeable sur Tablettes rennaises.
  4. Récit de M. de Jacquelot, député aux Etats de Bretagne, manuscrit détenu par le Dr de Closmadeuc, Vannes. Bulletin de la Société des bibliophiles bretons - 1905
  5. Récit de M. de Jacquelot
  6. Les goûts artistiques des officiers de judicature à Rennes, au XVIII e siècle t. 1, par Patrick Belorde, Université de Rennes 2- 2003-2004
  7. Archives départementales d'Ille-et-Vilaine : cote 16 J 2
  8. Archives départementales d'Ille-et-Vilaine : cote 2B 437, 2B 440
  9. Histoire de Rennes, p.353, Émile Ducrest de Villeneuve et D. Maillet. Edouard Morault, libraire. Rennes - 1845
  10. place Rallier du Baty
  11. L'état du bâti, Ville de Rennes, 23 mars 2012
  12. Histoire de Rennes, p.344 à 347, Émile Ducrest de Villeneuve et D. Maillet. Edouard Morault, libraire. Rennes - 1845

Liens externes


Coordonnées

48.112711°, -1.677806°

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Incendie de Rennes 1720, vu de la Place du Parlement (actuellement Place du Palais). Reproduction d'une gravure de Jean-François Huguet, gravée par Thomassin. Musée de Bretagne 956.2.68. Carte postale de Laurent-Nel, n° 286 dans la série Rennes historique, écrite 1937. Coll. YRG























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