Di Costanzo, féroce chef de milice

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L'impitoyable chef milicien, Di Costanzo
Janvier 1944, Di Costanzo, à gauche avec le colonel Lelong, directeur des opérations du maintien de l’ordre en Haute-Savoie][1]

Fin mars 1944, Jean Tosello-Bancal, intendant régional du maintien de l'ordre, se trouve dans le cabinet du préfet régional lorsqu'est introduit un homme en civil qui a déclaré:" Je suis M. Di Costanzo, accompagné de M. Ledoux, mon chef de cabinet" [2] Et ce civil n'a rien d'un comportement civil : c'est un gradé milicien qui annonce une arrivée future à Rennes. Ancien tenant de l'Action française, cet officier de réserve, d'origine corse, avait été blessé en 1940 d'une balle qui lui avait brisé une rotule, ce qui ne l'avait pas empêché de s'engager dans la LVF (Légion des volontaires français contre le bolchévisme, créée en 1941 peu après l'invasion de l'URSS par l'Allemagne), sa visite médicale ayant été passée par un remplaçant. Il avait laissé femme et enfants pour embrasser la cause de Darnand.

Le 8 juin 1944, en renfort de la dizaine d'hommes d'Émile Schwaller [3], premier élément armé de La Milice à Rennes, arriva dans la capitale de la Bretagne la 2e unité de marche des francs-gardes de la milice, forte de 250 francs-gardes, cantonnée d'abord rue du Griffon puis à l’ asile de Saint-Méen, et commandée par le capitaine Joseph Di Costanzo. Trois jours plus tard, André R [4] qui avait dirigé la propagande de la Milice à Vichy et était arrivé à Rennes au mois de mars 1944 en tant que délégué régional, fuit Rennes après le bombardement du 11 juin.

Ancien chef de cohorte SOL (Service d'ordre légionnaire, créé à l'été 1941, prémisse de la milice française, créée en janvier 1943) du Rhône puis chef régional des groupes spéciaux de sécurité, avant de venir à Rennes, Di Costanzo avait sévi en mars contre le maquis des Glières en Haute-Savoie, où la villa Martens, à Annecy, était le lieu d’interrogatoires musclés, où lui et son chauffeur torturèrent et battirent à mort des prisonniers des Glières. Le 12 avril un maquisard l'avait blessé, lui tirant une balle emportant l'index de la main gauche et se logeant sous le cœur. [5] Le préfet de Haute-Savoie Marion écrivit le 27 avril à Joseph Darnand Wikipedia-logo-v2.svg que "Le chef Di Constanzo est plein de bravoure mais il cède trop souvent à son impulsivité naturelle et porte ainsi préjudice à l'ordre, à la légalité, au calme des esprits et à l'autorité que je détiens". [6] C'est un tableau de la même huile que brosse le journaliste milicien Pierre-Antoine Cousteau écrivant :"On commence par le redouter parce qu'il paraît dur, cassant, brutal même parfois. Et puis lorsqu'on le voit à l'œuvre on comprend que c'est un seigneur. Ensuite on le suit aveuglément." [7]

Di Costanzo interrogeant des suspects. Mémoire de Guerre - La Résistance en Bretagne. @resistance.bretagne.WW2

Tel était décrit, en termes choisis édulcorés, l'homme arrivé à Rennes fin mai. Et, en application d'une loi n° 185 du 19 avril 1944, le chef de la milice a été nommé intendant du maintien de l'ordre en Bretagne "ayant autorité sur l'ensemble des forces de police, corps et services qui assurent la sécurité publique et la sûreté intérieure de l'État," [8] hormis le Bezen Perrot sous les ordres directs des Allemands et sous leur uniforme, ce pourquoi Di Costanzo détestait ces Bretons fourvoyés. Mais Di Costanzo n'était pas qu'un fort en gueule, mais souvent un nerf de bœuf à la main, il était une brute sauvage; parlant des "terroristes" il disait: " Nous n'en tuerons jamais assez" et lors d'interrogatoires de suspects, il ordonnait volontiers des tortures dans un langage grossier; Ginette Lion, [9] résistante agent de liaison arrêtée à Rennes début juin, témoigne :" dirigée rapidement dans le bureau du commandant, le lieutenant Di Constanzo, je suis dévêtue, et l'on découvre sur moi les précieux documents que je transportais et que je n'avais pu dissimuler. Je ne pouvais donc à ses yeux qu'être l'agent de liaison d'un réseau de résistance. Commencent alors les interrogatoires, suivis bientôt des premières tortures, qui furent menées en particulier par Di Costanzo lui-même, par Schwaller, l'ancien métallo communiste de Suresnes, et par le sanguinaire Daigre. Le lieutenant Di Constanzo hurlait avec des expressions telles que « me faire pisser le sang », « vomir mes boyaux » et d'autres encore bien plus imagées." Ginette ne donnera que son nom et sera déportée. Lors de l'attaque du maquis de Broualan, Fernand Rollin, membre du groupe Action du PPF, avait fait déshabiller l’adjudant Lambert devant les autres résistants prisonniers et l'avait rué de coups de ceinturon puis Di Costanzo et Schwaller s’étaient acharnés à leur tour sur Lambert pendant un quart d’heure. [10] D'ailleurs le journaliste de Je Suis Partout, après avoir vanté l'engagement des miliciens, est-il bien obligé de reconnaître que "La Milice n'a pas pu en un mois devenir populaire, mais elle s'est imposée et elle a ressuscité la notion d'autorité."

Le préfet régional Robert Martin

Fait illustrant la brutalité milicienne : au préfet régional Martin convié par Di Costanzo à une petite fête, celui-ci lui présenta Émile Favennec et des camarades comme de dangereux terroristes qui finiraient bien par parler. Robert Martin aurait fait une étrange demande : « Faites-moi une séance. Je veux voir ! ». Alors l’inspecteur Paul, complétement saoul, prit un sabre et l’enfonça dans une cheville de Favennec. [11] Comme partout ailleurs, en Bretagne, les rapports de la Milice avec la Gendarmerie sont particulièrement mauvais. Di Costanzo, qui n’obtient d’elle aucune information, accuse les gendarmes « de lâcheté, d’imbécillité et de trahison ». Le 27 juillet, 200 de ses hommes prennent d’assaut la caserne de Saint-Aubin-d’Aubigné. [12]

Di Costanzo interrogeant un "terroriste"

Impression bien différente donnée au docteur René Patay. Nommé maire de Rennes, il est informé qu'un contremaître de l'entreprise Château avait été arrêté et, menottes aux mains, conduit au P.C de la Milice, un pavillon de l'asile de Saint-Méen et avait été menacé d'être fusillé s'il n'indiquait pas où son patron, François Château, était caché. Relâché, on lui avait interdit l'entreprise et sa bicyclette avait été confisquée. Patay se fait aussitôt conduire au P.C. de la Milice et demande à voir son chef, le capitaine Di Costanzo. Il est reçu par "un officier à la tenue impeccable". Voyant le genre, Patay se présente en déclinant tous ses titres militaires, sans oublier sa citation au 2e mixte Zouaves et Tirailleurs. Voyant que cela porte, il en profite pour rouspéter, disant que leur pillage est inadmissible, qu'il a pris le poste de Château à la mairie et qu'il fait justement récupérer chez lui des objets appartenant à la ville. L'affaire en resta là et Patay note que son intervention permit à l'entreprise de continuer et de sauver beaucoup de matériel. [13]

Après sa fuite de Rennes, Di Costanzo, qui disposait d’une garçonnière près de l’Étoile, était resté à Paris après le 17 août avec son groupe, une trentaine d’hommes et 20 millions pour faire de l’agitation. La majorité de ces hommes étaient des Lyonnais et des Parisiens qu’il avait recrutés dans un milieu « spécial ». Deux étaient connus : Mogourt de la Milice de Lyon et Roustand de la Milice de Nice. [14] Rapport du 13 Novembre 1945 sur la Milice , R.G</ref>

Il ne sera jamais retrouvé, Il aurait participé à une tentative d’assassinat contre le général De Gaulle à Notre Dame-de-Paris.


Sa fin n'est pas claire. Arrêté à Paris et conduit à Chelles (Seine-et-Marne), Di Costanzo aurait été « jugé » au coin d’une rue et fusillé sur place, le 27 août 1944, pour venger Mme Blanchet, présidente du Comité de Libération de la mort de son mari Henri, tué dans le piège du “Bois de Boulogne". [15] [16] Il a été jugé et exécuté en 1945, préalablement condamné à mort par contumace par la cour de justice de Chambéry. [17] D'autres donnent 1945 comme année de son exécution. [18]

Références

  1. photo du livre de Michel Germain "Histoire de la Milice"
  2. Compte-rendu du procès de Tosello-Bancal. Ouest-France 25.10.1945
  3. Émile Schwaller, à la LVF puis milicien criminel
  4. Arch. dép. I&V. : 43W34, note de renseignements concernant André R.
  5. Histoire de la Milice et des forces de maintien de l'ordre en Haute-Savoie,p. 324 Michel Germain .Éd. La Fontaine de Siloë - 1997
  6. Histoire de la Milice p. 330. Michel Germain. Éd. La Fontaine de Siloë - 1997
  7. Au bout de la terre. Nos collaborateurs P.A. Cousteau en Bretagne. dans Je Suis Partout - 7. 07. 1944
  8. Histoire de la milice t.2., J. Delperrie de Bayac, éd. Arthème Fayard, p. 61 - 1969
  9. Ginette Lion-Clément Wikipedia-logo-v2.svg
  10. Mémoire de Guerre - La Résistance en Bretagne @resistance.bretagne.WW
  11. Libération de Rennes Témoignages recueillis par les élèves du collège de Chartres-de-Bretagne.Témoignage d’Émile Favennec p.48. Media graphic – Juillet 1989
  12. La gendarmerie sous l'occupation. Colonel Cazals
  13. Mémoires d'un Français moyen, p. 161. René Patay - 1974
  14. Dossier N° : 102 Archives Nationales F/7/15300
  15. compte rendu dans le registre de délibération du Comité de Libération de Chelles
  16. http://d-d.natanson.pagesperso-orange.fr/devenus.htm
  17. Histoire de la milice et les forces du maintien de l'ordre: ...https://books.google.fr › books. Michel Germain - 1997
  18. http://beaucoudray.free.fr/glieres002.htm