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(15 nov. 1908 - 21 sept. 1983, Lannion)
(15 nov. 1908 - 21 sept. 1983, Lannion)


Pierre Gaston Julien Hervé est le fils de Raoul Lesage de La Haye (1864-1938) et de Marie  Aubrée (1870-1942). Il fait ses études à Angers et au collège Saint-Sauveur de Redon. Diplômé de l’École supérieure de journalisme et de l’École des sciences politiques et sociales de Lille, il entre comme journaliste aux Nouvelles de Bretagne. En 1933 il épouse Armande Terrière (1910-2004), rédactrice à ce journal, fille d’Armand Terrière et de Marie Clavreul, rédacteur en chef puis directeur en avril 1939. (Inquiété en 1944, il sera blanchi en novembre 1945 de l’accusation de collaboration.)  
Pierre Gaston Julien Hervé est le fils de Raoul Lesage de La Haye (1864-1938) et de Marie  Aubrée (1870-1942). Il fait ses études à Angers et au collège Saint-Sauveur de Redon. Diplômé de l’École supérieure de journalisme et de l’École des sciences politiques et sociales de Lille, il entre comme journaliste aux ''Nouvelles de Bretagne''. En 1933 il épouse Armande Terrière (1910-2004), rédactrice à ce journal, fille d’Armand Terrière et de Marie Clavreul, rédacteur en chef puis directeur en avril 1939. (Inquiété en 1944, il sera blanchi en novembre 1945 de l’accusation de collaboration.)  


[[Fichier:FFI_d%C3%A9filant.png|500px|right|thumb|Défilé du 4 août 1944: Lesage de La Haye est le 3e de la file de gauche sur la photo, derrière l'homme à chemise blanche]]
[[Fichier:FFI_d%C3%A9filant.png|500px|right|thumb|Défilé du 4 août 1944: Lesage de La Haye est le 3e de la file de gauche sur la photo, derrière l'homme à chemise blanche]]
=== Prisonnier et journaliste à l’Ouest-Eclair===
=== Prisonnier et journaliste à l’Ouest-Eclair===
Après avoir habité Fourmies (Nord), Chateaubriant et Cholet car il est entré à l’Ouest-Eclair. Pierre et Armelle ont alors trois enfants. Ils habitent au 157 [[rue de Fougères]]. En septembre 1939, de la classe 28, service auxiliaire, père de trois enfants, Pierre devance l’appel et n’est appelé sous les drapeaux que le 13 février 1940, alors que son frère cadet Jobic a été tué le 8 février 1940 à Acy (Aisne). Capturé à Doullens le 22 mai 1940, Pierre est fait prisonnier et envoyé en Allemagne au {{w|Stalag IX-B}}, à Bab Orn, dans la Hesse, près de Francfort sur le Main. Il est de retour à Rennes, le 15 décembre 1942 parmi une soixantaine de prisonniers libérés grâce à '''la relève''',<ref>[[Le S.T.O. pour des Rennais]]</ref> tous vêtus d'un complet civil neuf et portant béret, journaliste parmi une très grande majorité d'agriculteurs, dont 25 marqués "9 B", rentrés chez eux "après pointage au frontstalag de la [[rue de Corbin]] et les formalités de démobilisation. <ref> ''Ouest-Eclair'' du 16 déc. 1942 </ref>
Après avoir habité Fourmies (Nord), Chateaubriant et Cholet car il est entré à l’''Ouest-Eclair''. Pierre et Armande ont alors trois enfants. Ils habitent au 157 [[rue de Fougères]]. En septembre 1939, de la classe 28, service auxiliaire, père de trois enfants, Pierre devance l’appel et n’est appelé sous les drapeaux que le 13 février 1940, alors que son frère cadet Jobic a été tué le 8 février 1940 à Acy (Aisne). Capturé à Doullens le 22 mai 1940, Pierre est fait prisonnier et envoyé en Allemagne au {{w|Stalag IX-B}}, à Bab Orn, dans la Hesse, près de Francfort sur le Main. Il est de retour à Rennes, le 15 décembre 1942 parmi une soixantaine de prisonniers libérés grâce à '''la relève''', (un prisonnier libéré pour trois travailleurs partis en Allemagne) <ref>[[Le S.T.O. pour des Rennais]]</ref> tous vêtus d'un "costume Pétain" de drap gris et portant béret, reçus à Compiègne,  et portant béret, journaliste parmi une très grande majorité d'agriculteurs, dont 25 marqués "9 B" pour le nom du Stalag, rentrés chez eux "après pointage au frontstalag de la [[rue de Corbin]] et les formalités de démobilisation. <ref> ''Ouest-Eclair'' du 16 déc. 1942 </ref>
Pierre de La Haye reprend son poste au journal désormais sous censure allemande. Il travaille avec Heny Jan, Emile Cochet, Paul Béguier, Jehan Tholomé, Pierre Cressard…
Pierre de La Haye reprend son poste au journal désormais sous censure de la Propagandastaffel. Il travaille avec Henry Jan, Emile Cochet, Paul Béguier, Jehan Tholomé, Pierre Cressard.
Du 6 juin au 18 août 1944, Pierre Lesage et son épouse Armande notent leur journée sur un cahier d’écolier. aussi <ref> Journal de Pierre et Armande  de La Haye, emploi du document autorisé à Étienne Maignen par Yves Lesage de La Haye, fils aîné de Pierre et Armande </ref>
 
Du 6 juin au 18 août 1944, pressentant l'importance des événements à venir,  Pierre Lesage et son épouse Armande notent leur journée sur des cahiers d’écolier. <ref> Journal de Pierre et Armande  de La Haye, emploi du document autorisé à Étienne Maignen par Yves Lesage de La Haye, fils aîné de Pierre et Armande </ref>
Pierre est membre des équipes de secours de la Croix-Rouge, d’abord au poste des imprimeries Oberthur, puis à celui de la [[rue Guillaume Lejean]] au patronage de l'[[église Sainte-Jeanne d'Arc]].
Pierre est membre des équipes de secours de la Croix-Rouge, d’abord au poste des imprimeries Oberthur, puis à celui de la [[rue Guillaume Lejean]] au patronage de l'[[église Sainte-Jeanne d'Arc]].
Au journal il lui faudra jouer avec le rédacteur en chef, Henri Jan chargé de la [[Censure]]. Le 6 juin 1944, le journal ayant titré : "Aujourd'hui, gros arrivage de poisson", il faudra convaincre le censeur allemand qu’il s’agit d’une coïncidence fortuite. <ref> [[Lors du débarquement, émoi à Rennes]]</ref> Il se trouvera seul à la tache de confection du dernier numéro en date du 1er août 1944.
Au journal il lui faudra jouer avec le rédacteur en chef, Henri Jan chargé de la [[Censure]]. Ainsi, le 6 juin 1944, le journal ayant titré : "Aujourd'hui, gros arrivage de poisson", il faudra convaincre le censeur allemand qu’il s’agit d’une coïncidence fortuite. <ref> [[Lors du débarquement, émoi à Rennes]]</ref> Il se trouvera seul à la tache de confection du dernier numéro en date du 1er août 1944.


=== "Soldat des forces intérieures" puis  engagé dans l’armée ===
=== "Soldat des forces intérieures" puis  engagé dans l’armée ===
Le 4 août, jour de la [[Libération de Rennes]], à 13 heures, on vient le chercher pour défiler place de la mairie, porteur d’un brassard blanc à croix de Lorraine et d’un fusil sur l’épaule droite. <ref>[[Libération : le 4 août d'un Rennais]]</ref>
Le 4 août, jour de la [[Libération de Rennes]], à 13 heures, on vient le chercher pour défiler place de la mairie, porteur d’un brassard blanc à croix de Lorraine et d’un fusil sur l’épaule droite. <ref>[[Libération : le 4 août d'un Rennais]]</ref>
Émile Cochet<ref>[[rue Emile Cochet]]</ref>, chargé par la Résistance de la presse et des imprimeries et [[Paul Béguier]], chef de secteur des FFI amènent Pierre Lesage à la salle des rotatives du journal où se trouvent Jean Marin - son condisciple au collège de Redon - et Paul Hutin, nouveau directeur du journal qui va devenir ''Ouest-France'', et le présentent comme « soldat des forces intérieures ». Le journaliste de l’Ouest Eclair avait des activités discrètes. Il va participer quelques jours à la rédaction de ''Défense de la France'', alors publié à Rennes.
Mais le 24 octobre, Pierre Lesage s’engage comme 2e classe dans la compagnie du QG de la {{w| 19e division d'infanterie (France)}}, composée de FFI, pour la durée de la guerre, avec l’écusson à croix de Lorraine dans un losange bleu surmonté de FFI-MB. Sa famille comprend mal ce départ. Il est secrétaire du colonel Henri Joppé, basé à Auray. Il reste autour de la poche de Lorient jusqu’à la capitulation allemande. Démobilisé, le sergent-chef revient à la maison après dix mois d’absence.


En 1947, Pierre de La Haye prend le poste de correspondant du journal Ouest-France à Lannion, chargé de l’arrondissement. Il a écrit avec Yves Briand  une Histoire de Lannion des origines au XXe siècle. Avec son épouse et ses quatre enfants, ils habitent 5 [[rue Joseph Morand]]. Il décède à l’âge de 75 ans.
''Vendredi 4 août, 23 heures.
 
''Au retour Émile Cochet<ref>[[rue Emile Cochet]]</ref>, chargé par la Résistance de la presse et des imprimeries et [[Paul Béguier]], chef de secteur des FFI amènent Pierre Lesage à la salle des rotatives du journal;
''"J'apprends l'arrestation de plusieurs personnalités connues dont Florian Le Roy, Raymond André... J'apprends aussi que M. Artur et peut-être MM. Vente et Desgrées du Loû sont éloignés du journal;. Le journal, comme tout le quartier de la poste, est dans un état lamentable; Cloisons soufflées, etc.
 
''Discours. Cochet présente :"Mon camarade Lesage de La Haye, soldat des forces intérieures." Hutin m'embrasse. Jean Marin  <ref>[[rue Jean Marin]]</ref> vient me serrer la main avec effusion. C'est un ancien camarade de classe. Son vrai nom est Yves Morvan.''
''
''Un Américain journaliste me parle :"Les Français font des discours trop longs et trop de discours..." C'est  un peu vrai. Cochet a exécuté séchement M. Artur et l'Ouest-Eclair. M. Aubrée a tout de même rendu hommage à M. Artur...'''''' <ref> Journal de Pierre et Armande de La Haye, p. 78</ref>
 
Pierre va participer quelques jours à la rédaction de ''Défense de la France'', alors publié à Rennes.
Mais le 24 octobre, il s’engage comme 2e classe dans la compagnie du QG de la {{w| 19e division d'infanterie (France)}}, composée de FFI, pour la durée de la guerre, avec l’écusson à croix de Lorraine dans un losange bleu surmonté de FFI-MB. Sa famille comprend mal ce départ. Il est secrétaire du colonel Henri Joppé, basé à Auray. Il reste autour de la poche de Lorient jusqu’à la capitulation allemande. Démobilisé, le sergent-chef revient à la maison après dix mois d’absence.
 
En 1947, Pierre de La Haye prend le poste de correspondant du journal Ouest-France à Lannion, chargé de l’arrondissement. Il a écrit avec Yves Briand  une ''Histoire de Lannion des origines au XXe siècle''. Avec son épouse et ses quatre enfants, ils habitent 5 rue Joseph Morand. Il décède à l’âge de 75 ans.


===Références===
===Références===

Version actuelle datée du 19 février 2026 à 09:43


Pierre Lesage de La Haye

Journaliste, résistant

(15 nov. 1908 - 21 sept. 1983, Lannion)

Pierre Gaston Julien Hervé est le fils de Raoul Lesage de La Haye (1864-1938) et de Marie Aubrée (1870-1942). Il fait ses études à Angers et au collège Saint-Sauveur de Redon. Diplômé de l’École supérieure de journalisme et de l’École des sciences politiques et sociales de Lille, il entre comme journaliste aux Nouvelles de Bretagne. En 1933 il épouse Armande Terrière (1910-2004), rédactrice à ce journal, fille d’Armand Terrière et de Marie Clavreul, rédacteur en chef puis directeur en avril 1939. (Inquiété en 1944, il sera blanchi en novembre 1945 de l’accusation de collaboration.)

Défilé du 4 août 1944: Lesage de La Haye est le 3e de la file de gauche sur la photo, derrière l'homme à chemise blanche

Prisonnier et journaliste à l’Ouest-Eclair

Après avoir habité Fourmies (Nord), Chateaubriant et Cholet car il est entré à l’Ouest-Eclair. Pierre et Armande ont alors trois enfants. Ils habitent au 157 rue de Fougères. En septembre 1939, de la classe 28, service auxiliaire, père de trois enfants, Pierre devance l’appel et n’est appelé sous les drapeaux que le 13 février 1940, alors que son frère cadet Jobic a été tué le 8 février 1940 à Acy (Aisne). Capturé à Doullens le 22 mai 1940, Pierre est fait prisonnier et envoyé en Allemagne au Stalag IX-B Wikipedia-logo-v2.svg, à Bab Orn, dans la Hesse, près de Francfort sur le Main. Il est de retour à Rennes, le 15 décembre 1942 parmi une soixantaine de prisonniers libérés grâce à la relève, (un prisonnier libéré pour trois travailleurs partis en Allemagne) [1] tous vêtus d'un "costume Pétain" de drap gris et portant béret, reçus à Compiègne, et portant béret, journaliste parmi une très grande majorité d'agriculteurs, dont 25 marqués "9 B" pour le nom du Stalag, rentrés chez eux "après pointage au frontstalag de la rue de Corbin et les formalités de démobilisation. [2] Pierre de La Haye reprend son poste au journal désormais sous censure de la Propagandastaffel. Il travaille avec Henry Jan, Emile Cochet, Paul Béguier, Jehan Tholomé, Pierre Cressard.

Du 6 juin au 18 août 1944, pressentant l'importance des événements à venir, Pierre Lesage et son épouse Armande notent leur journée sur des cahiers d’écolier. [3] Pierre est membre des équipes de secours de la Croix-Rouge, d’abord au poste des imprimeries Oberthur, puis à celui de la rue Guillaume Lejean au patronage de l'église Sainte-Jeanne d'Arc. Au journal il lui faudra jouer avec le rédacteur en chef, Henri Jan chargé de la Censure. Ainsi, le 6 juin 1944, le journal ayant titré : "Aujourd'hui, gros arrivage de poisson", il faudra convaincre le censeur allemand qu’il s’agit d’une coïncidence fortuite. [4] Il se trouvera seul à la tache de confection du dernier numéro en date du 1er août 1944.

"Soldat des forces intérieures" puis engagé dans l’armée

Le 4 août, jour de la Libération de Rennes, à 13 heures, on vient le chercher pour défiler place de la mairie, porteur d’un brassard blanc à croix de Lorraine et d’un fusil sur l’épaule droite. [5]

Vendredi 4 août, 23 heures.

Au retour Émile Cochet[6], chargé par la Résistance de la presse et des imprimeries et Paul Béguier, chef de secteur des FFI amènent Pierre Lesage à la salle des rotatives du journal; "J'apprends l'arrestation de plusieurs personnalités connues dont Florian Le Roy, Raymond André... J'apprends aussi que M. Artur et peut-être MM. Vente et Desgrées du Loû sont éloignés du journal;. Le journal, comme tout le quartier de la poste, est dans un état lamentable; Cloisons soufflées, etc.

Discours. Cochet présente :"Mon camarade Lesage de La Haye, soldat des forces intérieures." Hutin m'embrasse. Jean Marin [7] vient me serrer la main avec effusion. C'est un ancien camarade de classe. Son vrai nom est Yves Morvan. Un Américain journaliste me parle :"Les Français font des discours trop longs et trop de discours..." C'est un peu vrai. Cochet a exécuté séchement M. Artur et l'Ouest-Eclair. M. Aubrée a tout de même rendu hommage à M. Artur...' [8]

Pierre va participer quelques jours à la rédaction de Défense de la France, alors publié à Rennes. Mais le 24 octobre, il s’engage comme 2e classe dans la compagnie du QG de la 19e division d'infanterie (France) Wikipedia-logo-v2.svg, composée de FFI, pour la durée de la guerre, avec l’écusson à croix de Lorraine dans un losange bleu surmonté de FFI-MB. Sa famille comprend mal ce départ. Il est secrétaire du colonel Henri Joppé, basé à Auray. Il reste autour de la poche de Lorient jusqu’à la capitulation allemande. Démobilisé, le sergent-chef revient à la maison après dix mois d’absence.

En 1947, Pierre de La Haye prend le poste de correspondant du journal Ouest-France à Lannion, chargé de l’arrondissement. Il a écrit avec Yves Briand une Histoire de Lannion des origines au XXe siècle. Avec son épouse et ses quatre enfants, ils habitent 5 rue Joseph Morand. Il décède à l’âge de 75 ans.

Références

  1. Le S.T.O. pour des Rennais
  2. Ouest-Eclair du 16 déc. 1942
  3. Journal de Pierre et Armande de La Haye, emploi du document autorisé à Étienne Maignen par Yves Lesage de La Haye, fils aîné de Pierre et Armande
  4. Lors du débarquement, émoi à Rennes
  5. Libération : le 4 août d'un Rennais
  6. rue Emile Cochet
  7. rue Jean Marin
  8. Journal de Pierre et Armande de La Haye, p. 78