« Réseau VAR » : différence entre les versions
Aucun résumé des modifications |
(agrandissement images) |
||
| (32 versions intermédiaires par 2 utilisateurs non affichées) | |||
| Ligne 2 : | Ligne 2 : | ||
En décembre 1942, Peter Harratt, officier du SOE, fut désigné pour mettre en place la ligne d’évasion VAR entre Dartmouth et la côte nord de la Bretagne afin d’infiltrer et d’exfiltrer des agents, des documents, des radios et des instruments scientifiques. Le réseau VAR a été lancé en août 1943 par | En décembre 1942, Peter Harratt, officier du SOE, fut désigné pour mettre en place la ligne d’évasion VAR entre Dartmouth et la côte nord de la Bretagne afin d’infiltrer et d’exfiltrer des agents, des documents, des radios et des instruments scientifiques. Le réseau VAR a été lancé en août 1943 par [[Erwin Deman, agent anglais dans la Résistance à Rennes]], juif autrichien d'origine, agent du SOE, <ref>'''{{w|Peter Deman}}'''</ref>, avec l'objectif de créer de liaisons régulières entre l'Angleterre et la Bretagne. Après avoir repéré les lieux les plus propices à l'hébergement des aviateurs à rapatrier et à l'embarquement, le réseau mène ses premières opérations dans les Côtes-du-Nord dans les environs de Saint-Brieuc, puis dans le Finistère près de Guimaec. Rennes puis Redon sont les villes de ralliement avant les évacuations, une par mois. Aristide Sicot, 24 ans, instituteur dans les Côtes-du-Nord , joue un rôle important dans la recherche des filières. Le réseau est frappé par une série d'arrestations quelques semaines avant le débarquement allié.<ref>[[Louis Lecorvaisier, réseau VAR]]</ref> <ref>[[Aline et Marie-José Jestin]]</ref> <ref> Témoignage du capitaine Louis Lecorvaisier (alias Yves) du réseau VAR 8 déc. 1945. https://francearchives.fr/fr/facomponent/7672205d9be3b7c5aca2124a3400fa627bd18c91 </ref> | ||
[[Fichier:Deman.png|150px|left|thumb|Deman, l'agent SOE recruteur à Rennes des sœurs Jestin]] | [[Fichier:Deman.png|150px|left|thumb|Deman, l'agent SOE recruteur à Rennes des sœurs Jestin]] | ||
'''Témoignage du SOE (Special Operation Executive) en France''' : | '''Témoignage du SOE (Special Operation Executive) en France''' : | ||
Erwin Deman, officier anglais d'origine juive autrichienne, prisonnier évadé, passé dans la Légion étrangère, agent | Erwin Deman, <ref>[[ Erwin Deman, agent anglais dans la Résistance à Rennes]]</ref> officier anglais d'origine juive autrichienne, prisonnier évadé, passé dans la Légion étrangère, agent {{w|SOE en France}}, alias ''Daniel'' puis ''Paul'', 23 ans, 1,70 m, trapu, est à l'origine du réseau VAR, qui concerna 150 agents avec le but de créer des filières régulières de liaison et d'évasion entre l'Angleterre (Darmouth, ou Falmouth en Cornouaille) et la Bretagne par vedettes de la Royal Navy (Motor gun boat) et des youyous. | ||
=== À Rennes=== | === À Rennes=== | ||
En août 1943, Deman s'était établi à Rennes comme agent d'assurance et entra en contact avec Mme Émilienne Jestin, veuve du magistrat François Jestin, habitant à Rennes, 10, [[ rue de Bertrand]] que Louis Lecorvaisier a connue par l'intermédiare de [[Marie-Anne Rabu]]. Les Jestin ont un bon nombre de relations dans toute la région et vont s'en servir pour recruter parmi elles. | En août 1943, Deman s'était établi à Rennes comme agent d'assurance et entra en contact avec Mme Émilienne Jestin, veuve du magistrat François Jestin, habitant à Rennes, 10, [[ rue de Bertrand]] que Louis Lecorvaisier a connue par l'intermédiare de [[Marie-Anne Rabu]]. Les Jestin ont un bon nombre de relations dans toute la région et vont s'en servir pour recruter parmi elles. | ||
Le 19 août 1943, Deman était arrivé en France, déposé par avion Lockheed Hudson 1 km au sud de Soucelles, à 14 km au nord-est d'Angers. Il est muni en guise d’introduction d’une demi-feuille provenant d’une lettre écrite par une Mme Jestin à la sœur d'un officier du SOE, dont elle avait été la nounou. Le contact fut ainsi établi avec « ''Mme Jestin, habitant Rennes, dont les deux filles célibataires, jeunes quadragénaires énergiques, entrèrent dans ses plans avec un grand enthousiasme. Elles organisèrent des maisons sûres, telles que celles d' {{w|André Meynier}}, professeur à la faculté des Lettres de Rennes, de M. Petit, retraité des contributions directes, | Le 19 août 1943, Deman était arrivé en France, déposé par avion Lockheed Hudson 1 km au sud de Soucelles, à 14 km au nord-est d'Angers. Il est muni en guise d’introduction d’une demi-feuille provenant d’une lettre écrite par une Mme Jestin à la sœur d'un officier du SOE, dont elle avait été la nounou. Le contact fut ainsi établi avec « ''Mme Jestin, habitant Rennes, dont les deux filles célibataires, jeunes quadragénaires énergiques, entrèrent dans ses plans avec un grand enthousiasme. Elles organisèrent des maisons sûres, telles que celles d'{{w|André Meynier}}, professeur à la faculté des Lettres de Rennes, de M. Petit, retraité des contributions directes, suggérèrent d’autres contacts, et trouvèrent des guides et courriers fiables, tandis qu’il partait reconnaître les deux plages […] Aline, l’aînée, alias ''Jean'', travaillait à la préfecture et n’avait pas de difficulté pour produire tous les sauf-conduits en blanc dont la zone côtière avait besoin.'' » La Parisienne Ginette Courtois, 17 ans, alias ''Danielle'' <ref>[[Ginette Courtois-Porter]]</ref> fait partie d'un couple fictif tenant une "maison-refuge" pour le réseau, [[avenue Sergent Maginot]]. | ||
[[Fichier:Trajets_r%C3%A9seau_VAR.png|left|450px|thumb|Les trajets de et vers la crique du Mousselet]] | [[Fichier:Trajets_r%C3%A9seau_VAR.png|left|450px|thumb|Les trajets de et vers la crique du Mousselet]] | ||
[[Fichier:Crique_Le_Mousselet.png|350px|right|thumb|La crique du Mousselet]] | [[Fichier:Crique_Le_Mousselet.png|350px|right|thumb|La crique du Mousselet]] | ||
[[Fichier:Feux-Follets.png| | [[Fichier:Feux-Follets.png|200px|right|thumb|Villa Les Feux-Follets, à Saint-Cast. http://www.inventaire.culture.gouv.fr/ ]] | ||
=== Sur la côte nord bretonne, agents infiltrés, agents exfiltrés === | === Sur la côte nord bretonne, agents infiltrés, agents exfiltrés === | ||
==== De Saint-Cast==== | ==== De Saint-Cast==== | ||
De Lamballe Deman gagne Saint-Cast-le-Guildo sur un vélo que lui a prêté Aline Jestin. Après avoir repéré les lieux les plus propices à l'hébergement des agents et d'aviateurs à rapatrier et à l'embarquement, la plage de | De Lamballe Deman gagne Saint-Cast-le-Guildo sur un vélo que lui a prêté Aline Jestin. Après avoir repéré les lieux les plus propices à l'hébergement des agents et d'aviateurs à rapatrier et à l'embarquement, la plage de Rothéneuf ayant été écartée par Deman en raison d'une surveillance ennemie des accès trop importante, le réseau mène ses premières opérations dans les Côtes-du-Nord dans les environs de '''Saint-Cast''', <ref> www.escapelines.com </ref> où {{w|Cecily Lefort}}, agent du SOE, avait remis en août à Deman une liste de contacts, et possédant une villa dans le secteur, la mettait à la disposition du réseau. Quatre opérations maritimes, seront menées par la grève du Mousselet côté est de la baie de la Fresnaye. | ||
Dans la nuit du 28-29 octobre, venant d'Angleterre, (opération Jealous ou Mango 4 pour SOE) | Dans la nuit du 28-29 octobre, venant d'Angleterre, (opération ''Jealous I'' ou ''Mango 4'' pour SOE) débarquent du MGB 697 Erwin Deman et Emile Raymond Minerault, 32 ans, américain d'origine française, avec des magasins et du matériel radio et ils gagnent vers deux heures du matin la villa ''Feux-Follets'' au 33 rue des Nouettes, à Saint-Cast, villa de ses parents indiquée par Aristide Sicot alors instituteur à Pléhérel.<ref> https://maitron.fr/ </ref> La vedette arrivait remplie de matériel (armes, postes de radio, provisions…). | ||
« Imaginez la difficulté à les transporter, la nuit, le long du sentier escarpé qui remonte du Mousselet ![...] Bien sûr, cela n’était pas de tout repos pour mes parents qui avaient à héberger ces fugitifs, en cette période de restrictions alimentaires. Ils furent aidés pour cela par le secrétaire de Mairie de Plurien, Jules Labbé, qui s’arrangea pour leur fournir tickets de rationnement et faux papiers, et aida mon frère Aristide dans ses recherches d’approvisionnement à travers la campagne ». | « Imaginez la difficulté à les transporter, la nuit, le long du sentier escarpé qui remonte du Mousselet ![...] Bien sûr, cela n’était pas de tout repos pour mes parents qui avaient à héberger ces fugitifs, en cette période de restrictions alimentaires. Ils furent aidés pour cela par le secrétaire de Mairie de Plurien, Jules Labbé, qui s’arrangea pour leur fournir tickets de rationnement et faux papiers, et aida mon frère Aristide dans ses recherches d’approvisionnement à travers la campagne ». | ||
[[Fichier:Plaque_du_r%C3%A9seau_VAR.png|500px|left|thumb| Stèle placée, le 3 août 2024, à Saint-Cast, à l’entrée de l’''allée du Réseau Var'', récemment créée, tout près de l’''Allée Aristide Sicot'', ces deux allées encadrent la villa « Les Feux-Follets », autrefois propriété de la famille Sicot ]] | [[Fichier:Plaque_du_r%C3%A9seau_VAR.png|500px|left|thumb|Stèle placée, le 3 août 2024, à Saint-Cast, à l’entrée de l’''allée du Réseau Var'', récemment créée, tout près de l’''Allée Aristide Sicot'', ces deux allées encadrent la villa « Les Feux-Follets », autrefois propriété de la famille Sicot ]] | ||
«Autre difficulté : le triste état dans lequel arrivaient certains des aviateurs : quelques-uns étaient blessés (et pas question d’appeler un médecin !). Leurs vêtements devaient être nettoyés, réparés et, souvent, remplacés. Madame Sicot s’en chargeait.» <ref>Témoignage de Renée Sicot-Labbé, sœur d’Aristide, en 1992</ref>. Le 31, ils prennent un train pour Rennes à la gare de Plestan. A Rennes, Deman emmène Minerault chez un cordonnier du 21 [[rue Saint-Hélier]], chez M et Mme Bieard. Minerault reste rue Saint-Hélier jusqu'au mardi 2 novembre, période pendant laquelle Deman amène Louis Lecorvaisier, pour rencontrer Minerault<ref>« Le 7 mars 1945 les déportés d’un « convoi d’inutiles » en provenance de Dora furent gazés à Bergen Belsen, dont Emile Minerault, matricule 77476</ref> et il rend visite aux sœurs Jestin, rue de Bertrand, pour savoir ce qui se passait depuis son départ en septembre, puis fit venir Louis Lecorvaisier à leur appartement. Le 6 novembre Geneviève Courtois (alias Danielle) est recrutée par Marcel Jacq pour faire des liaisons et tenir à Rennes un appartement de refuge. | |||
L'opération ''Jealous II'' eut lieu dans la nuit du 1 au 2 décembre quand le MGB 502 amena 3 agents dont l'opérateur radio de VAT Edmond et emmena 5 personnes dont [[René Bichelot]], Emile Minerault et un membre d'équipage américain évadé T/Sgt Clayton Burdick. La nuit du 23 au 24 décembre, l'opération '''Jealous 3''' fut une tentative manquée d'exfiltrer le [[général Marcel Allard]] vers l'Angleterre : devait débarquer un groupe mixte de six agents du SOE (dont deux femmes) sur la plage de la Fresnaye et il était prévu de récupérer neuf passagers pour l'Angleterre, parmi eux, un membre de la RAF et cinq aviateurs américains, ainsi que le général français Marcel Allard avaient été assemblés à la villa de la famille Sicot des ''Feux-Follets''. Cette opération SOE ''Jealous III'' fut abandonnée après que le MGB 502 (Williams), ayant dû opérer une approche en profondeur dans la baie jusqu'à la hauteur de la pointe du Châtelet, eût été repéré depuis la côte par les Allemands du blockhaus des Corbières et pris pour cible à la lumière de fusées éclairantes.<ref>''Oscar Buckmaster, un réseau de Résistance en Haute-Bretagne'', pp. 223,224 Daniel Jolys, imp. Reuzé, Martigné-Ferchaud - Nov. 2022 </ref>. Replié sur Rennes, Aristide Sicot échappa de peu à l’arrestation. Sa sœur Renée, normalienne au lycée de Rennes, l’aida à échapper aux recherches. | |||
[[Fichier:Plage_du_r%C3%A9seau_VAR.png|right|450px|thumb|Plage sous la pointe de Beg | [[Fichier:Plage_du_r%C3%A9seau_VAR.png|right|450px|thumb|Plage de Vilin Izella sous la pointe de Beg Ar Fry, en Guimaëc]] | ||
[[Fichier:Maison_soeurs_Jacob.png| | [[Fichier:Maison_soeurs_Jacob.png|200px|left|thumb|Maison alors tabac-épicerie des sœurs Jacob en 1944]] | ||
==== Puis de Guimaëc, à l'ouest de Locquirec==== | ==== Puis de Guimaëc, à l'ouest de Locquirec==== | ||
Les opérations ultérieures de la ligne Var furent déplacées plus à l'ouest jusqu'à la plage de Beg-an-Fry, près de Guimaëc, dans le Finistère. Sous la pointe de Beg An Fry Aristide Sicot,<ref>https://maitron.fr/spip.php?article173236</ref> alias ''Jeannette'', avait repéré la petite plage de Vilin Izella tout-à-fait adaptée à un débarquement, protégée des regards à l'est par deux éperons rocheux. Sept opérations maritimes y furent menées lors des nuits sans lune.<ref>Témoignage du capitaine Louis Lecorvaisier (alias ''Yves'') du réseau VAR 8 déc. 1945. Une stèle y fut érigée en 1969. | [[Fichier:Beg_ar_Fry.png|left|350px|thumb|Plage de Beg Ar Fry]] | ||
https://francearchives.fr/fr/facomponent/7672205d9be3b7c5aca2124a3400fa627bd18c91 </ref>. Quelques résistants étaient chargés d’accueillir les agents en gare locale, un négociant en vin, Pierre Barazer, assurait leur transport, les sœurs du tabac-épicerie Jacob à Guimaëc hébergeaient les agents dans une maison inhabitée située en face de leur établissement et voisine d'une maison occupée par les Allemands. Yvonne et Germaine Jacob assurent la nourriture et l’hébergement. Alice et Raymonde sont nommées "chefs de plage", elles sont de toutes les opérations d’embarquement et de débarquement. Convoyeuses et guides pour le transfert des agents, elles font des centaines de kilomètres dans le pays de Morlaix à bicyclette puis des missions à Paris. | Les opérations ultérieures de la ligne Var furent déplacées plus à l'ouest jusqu'à la plage de Vilin Izella, sous Beg-an-Fry, près de '''Guimaëc''' (4,5 km au s-o de Locquirec), dans le Finistère. Sous la pointe de Beg An Fry Aristide Sicot,<ref>https://maitron.fr/spip.php?article173236</ref> alias ''Jeannette'', avait repéré la petite plage de Vilin Izella tout-à-fait adaptée à un débarquement, protégée des regards à l'est par deux éperons rocheux. C'est à vélo, arrivé au Prajou qu'il avait trouvé cet endroit idéal, mais repéré par la population il fut arrêté par les gendarmes de Lanmeur, heureusement sympathisants de la Résistance. Pour prouver qu’il en faisait partie il eut l’idée de faire passer un message par la BBC : « l’an 44 n’est pas l’an qui meurt » en référence à la commune de Lanmeur, mais le message, considéré comme trop proche du nom de la commune, fut modifié par Radio Londres qui envoya : « l’année 44, n’est pas l’année qui meurt». <ref> https://www.college-tanguy-prigent-st-martin-des-champs.ac-rennes.fr/spip.php?article2058 </ref> Sept opérations maritimes y furent menées lors des nuits sans lune.<ref>Témoignage du capitaine Louis Lecorvaisier (alias ''Yves'') du réseau VAR 8 déc. 1945. Une stèle y fut érigée en 1969. | ||
https://francearchives.fr/fr/facomponent/7672205d9be3b7c5aca2124a3400fa627bd18c91 </ref>. Quelques résistants étaient chargés d’accueillir les agents en gare locale, un négociant en vin, Pierre Barazer, assurait leur transport, les sœurs du tabac-épicerie Jacob à Guimaëc hébergeaient les agents dans une maison inhabitée située en face de leur établissement et voisine d'une maison occupée par les Allemands. Yvonne et Germaine Jacob assurent la nourriture et l’hébergement. Alice et Raymonde sont nommées "chefs de plage", elles sont de toutes les opérations d’embarquement et de débarquement. Convoyeuses et guides pour le transfert des agents, elles font des centaines de kilomètres dans le pays de Morlaix à bicyclette puis des missions à Paris. Avec la complicité d'un forgeron de Plouigneau, Thomas (qui accueillait les aviateurs à la gare locale) et d'un négociant en vins, ils étaient transférés de Guimaëc vers Beg-ar-Fry à pied, un trajet d'environ 7 km, de nuit en suivant le talus côté champ alors que les patrouilles allemandes passaient sur la route à 5 mètres d'eux. | |||
[[Fichier:Chemin_du_r%C3%A9seau_VAR.png|400px|right|thumb|Plaque commémorative à Guimaëc dans le Trégor]] | [[Fichier:Chemin_du_r%C3%A9seau_VAR.png|400px|right|thumb|Plaque commémorative à Guimaëc dans le Trégor]] | ||
Rennes puis Redon étaient les villes de ralliement avant les évacuations, une par mois. De janvier à avril 1944 arrivants ou partants sont abrités dans la maison de François Tocquer, beau-père de Louis Mercier qui y vivait avec sa famille de cinq enfants, à 400 mètres d'un poste allemand avec rondes jour et nuit ! | |||
Louis Lecorvaisier cita des messages envoyés par la BBC étaient : message pour la veuve joyeuse - message pour la vache qui rit - message du beau-père à la belle-mère - message pour le petit briquet. Chaque message était suivi d'un message opérationnel. | |||
Rennes puis Redon étaient les villes de ralliement avant les évacuations, une par mois. De janvier à avril 1944 arrivants ou partants sont abrités dans la maison de François Tocquer, beau-père de Louis Mercier qui y vivait avec sa famille de cinq enfants, à 400 mètres d'un poste allemand avec rondes jour et nuit ! Les arrivants sont conduits par Louis Mercier, P1, à la gare de Morlaix. <ref>Rapport de Louis Lecorvaisier, liquidateur du réseau, sur les activités de François Tocquer et Louis Mercier </ref> | |||
=== Un certain ''Morland'' débarqué=== | === Un certain ''Morland'' débarqué=== | ||
L'échec de l'opération ''Jealous III'' signifiait que la plage de débarquement près de Saint-Cast ne pouvait plus être utilisée et les opérations ultérieures de la ligne Var | L'échec de l'opération ''Jealous III'' signifiait que la plage de débarquement près de Saint-Cast ne pouvait plus être utilisée et les opérations ultérieures de la ligne Var furent déplacées plus à l'ouest. | ||
De janvier à avril 1944, le site de '''Beg-an-Fry, à Guimaëc''', est le théâtre de 7 opérations. Les opérations se déroulent par des nuits sans lune : | De janvier à avril 1944, le site de '''Beg-an-Fry, à Guimaëc''', est le théâtre de 7 opérations. Les opérations se déroulent par des nuits sans lune : | ||
| Ligne 47 : | Ligne 51 : | ||
5. SEPTIMUS II – Nuit du 21 au 22 mars 1944, | 5. SEPTIMUS II – Nuit du 21 au 22 mars 1944, | ||
6. SEPTIMUS III – Nuit du 26 au 27 mars 1944, | 6. SEPTIMUS III – Nuit du 26 au 27 mars 1944, | ||
7. SCARF – Nuit du 15 au 16 avril 1944. <ref> https://museedelaresistanceenligne.org/index.php </ref> | 7. SCARF – Nuit du 15 au 16 avril 1944. <ref>https://museedelaresistanceenligne.org/index.php</ref> | ||
La BBC informait par les messages apparemment sibyllins : message pour la veuve joyeuse, pour la vache qui rit, du beau-père à la belle-mère... indiquant ensuite les lieux d'intervention. | La BBC informait par les messages apparemment sibyllins : message pour la veuve joyeuse, pour la vache qui rit, du beau-père à la belle-mère... indiquant ensuite les lieux d'intervention. | ||
C'est lors de la mission | C'est lors de la mission EASEMENT II que François Mitterrand, alias ''Morland'', chef du mouvement de résistance RNPG (Rassemblement national des prisonniers de guerre) et deux agents du SOE furent débarqués dans une crique à ''Beg-An-Fry'' en Guimaêc le 27 février 1944. Accueilli par Aristide Sicot et Lecorvaisier, Raymonde et Alice Jacob, tous membres du réseau VAR, ils passèrent la nuit chez M. Lucas, gendarme retraité. Le lendemain Louis Mercier les conduisit chez le Dr Le Duc à Morlaix d’où ils prirent le train pour Paris. | ||
=== Le réseau "brûlé" à Rennes === | === Le réseau "brûlé" à Rennes === | ||
Le 1er décembre 1943 [[Marie-Thérèse Stoffel]], alias ''Lucie'', est présentée à ''Paul'' par les sœurs Jestin et elle habitera au PC, chez le Dr. Bourdais. | Le 1er décembre 1943 [[Marie-Thérèse Stoffel]], alias ''Lucie'', est présentée à ''Paul'' par les sœurs Jestin et elle habitera au PC, chez le Dr. Bourdais, médecin qui n'exerce pas. | ||
Le 11 décembre 1943, {{w|Anne-Marie Boudaliez}}, <ref> Ouest-France 6 juin 2023</ref> résistante redonnaise<ref>https://www.memoresist.org/resistant/anne-marie-boudaliez/ </ref>, reçoit un télégramme de Marcel Jacq, réfugié chez Félix Jouan pour échapper au STO, qui lui demande de se rendre à Rennes le soir même à 22 heures, dans un café [[avenue Sergent Maginot]] ; elle y rencontre " Paul " qui lui déclare que le réseau est " brûlé " à Rennes et qu’il cherche à se replier sur Redon. Elle accepte d'y héberger temporairement un poste-émetteur chez sa mère Elle rencontre aussi " Danielle " la très jeune résistante de 17 ans membre de l’équipe de base du réseau | Le 11 décembre 1943, {{w|Anne-Marie Boudaliez}}, <ref>Ouest-France 6 juin 2023</ref> résistante redonnaise<ref>https://www.memoresist.org/resistant/anne-marie-boudaliez/</ref>, reçoit un télégramme de Marcel Jacq, réfugié chez Félix Jouan pour échapper au STO, qui lui demande de se rendre à Rennes le soir même à 22 heures, dans un café [[avenue Sergent Maginot]] ; elle y rencontre " Paul " qui lui déclare que le réseau est " brûlé " à Rennes et qu’il cherche à se replier sur Redon. Elle accepte d'y héberger temporairement un poste-émetteur chez sa mère. Elle rencontre aussi Geneviève Courtois, "Danielle" la très jeune résistante de 17 ans membre de l’équipe de base du réseau Ginette Courtois-Porter <ref>Repliée à Redon, elle est déportée. Elle est décédée le 20 juin 2019. ''Ouest-France'' 2. 07. 2019 </ref>. À Rennes, à Bédée puis à Redon opère le "pianiste" Raymond Langard, SOE DF radio, alias ''Gilbert'' formé en Angleterre <ref>https://cluny-histoiresdhistoire.com/2020/02/13/raymond-langard-pratsien-radio-du-s-o-e/ </ref>, arrivé le 28 octobre 1943. Gilbert, le Radio du réseau Var, fait désormais ses émissions à Paris, boulevard Suchet. Les Allemands le surprennent en pleine émission. Dans ses documents, ils trouvent l’adresse de Charles Sillard. Le résistant redonnais qui l’avait accueilli, est arrêté le 29 juin et emprisonné à la [[prison Jacques-Cartier]] de Rennes. Il part en déportation par le train du 2 août, <ref>[[Le dernier train de résistants déportés et militaires prisonniers quitte Rennes juste avant la libération]] </ref> il mourra au camp de Neuengamme le 7 novembre suivant. Le 13 janvier 1944 à 20 heures, le minotier Félix Jouan qui cachait à Bédée un pilote britannique envoyé par les Jestin, transportant dans une camionnette une valise avec poste-émetteur récupéré sur la côte et destiné aux Jestin fut arrêté place de la mairie par un Feldgendarme qui, ayant repéré que la plaque d’immatriculation arrière était mal éclairée, sauta sur le marche pied et força à arrêter la voiture. | ||
[[Fichier:Extrait_rapport_lecorvaisier.png|left|450px|thumb|Extrait de rapport de Louis Lecorvaisier sur l'activité de VAR]] <ref> [[ Louis Lecorvaisier, réseau VAR]] </ref> | [[Fichier:Extrait_rapport_lecorvaisier.png|left|450px|thumb|Extrait de rapport de Louis Lecorvaisier sur l'activité de VAR]] <ref> [[ Louis Lecorvaisier, réseau VAR]] </ref> | ||
[[Fichier:St%C3%A8le_r%C3%A9seau_VAR.png|450px|right|thumb|Stèle à Beg An Fry (Cliché Maryvonne Moal)]] | [[Fichier:St%C3%A8le_r%C3%A9seau_VAR.png|450px|right|thumb|Stèle à Beg An Fry (Cliché Maryvonne Moal)]] | ||
<ref>https://le-souvenir-francais.fr/wp-content/uploads/2019/07/Entretien-avec-Pierre-Morel.pdf </ref>. Un Feldgendarme lève la toile derrière et voit une valise qui était un poste émetteur ; Aristide Sicot avait pu s'esquiver. (Jouan mourut le 21 mai 1945 suite à sa déportation)<ref> Témoignage Lecorvaisier du 8 déc. 1945 par Odette Merlat. https://francearchives.fr/fr/facomponent/7672205d9be3b7c5aca2124a3400fa627bd18c91 </ref>. Il fallut évacuer d'urgence la maison Jestin. « '' Sicot, à l'écart de la voiture, put prévenir Mme Jouan et les sœurs Jestin qui durent partir pour Paris. VAR ne survécut pas longtemps à ce déplacement car à la fin […] le circuit fit boule de neige, les activités s’élargirent, de plus en plus de gens étaient concernés, le réseau cessant d’être sûr, il fallut le refondre entièrement. Au total 27 agents avaient été débarqués et 55 embarqués. Le réseau eut 1 tué et 12 déportés dont 10 morts en captivité. Deux agents travaillant avec Deman, l'opérateur radio Raymond Langard et l'assistant américain | <ref>https://le-souvenir-francais.fr/wp-content/uploads/2019/07/Entretien-avec-Pierre-Morel.pdf </ref>. Un Feldgendarme lève la toile derrière et voit une valise qui était un poste émetteur ; Aristide Sicot avait pu s'esquiver. (Jouan mourut le 21 mai 1945 suite à sa déportation)<ref> Témoignage Lecorvaisier du 8 déc. 1945 par Odette Merlat. https://francearchives.fr/fr/facomponent/7672205d9be3b7c5aca2124a3400fa627bd18c91 </ref>. Il fallut évacuer d'urgence la maison Jestin. « '' Sicot, à l'écart de la voiture, put prévenir Mme Jouan et les sœurs Jestin qui durent partir pour Paris. VAR ne survécut pas longtemps à ce déplacement car à la fin […] le circuit fit boule de neige, les activités s’élargirent, de plus en plus de gens étaient concernés, le réseau cessant d’être sûr, il fallut le refondre entièrement. Au total 27 agents avaient été débarqués et 55 embarqués. Le réseau eut 1 tué et 12 déportés dont 10 morts en captivité. Deux agents travaillant avec Deman, l'opérateur radio Raymond Langard et l'assistant américain [[Émile Minerault]] sont morts dans des camps de concentration allemands<ref>Rapport de liquidation établi par Louis Lecorvaisier</ref>. | ||
VAR | La dernière exfiltration eut lieu dans la nuit du 15/16 avril 1944. Embarquèrent vingt personnes dont trois femmes et le SOE Erwin Peter Deman. <ref>https://books.google.fr/books?id=aFxLjf-BnYIC&pg=PA222&lpg=PA222&dq=secret+flotillas+Deman&source=bl&ots=_w2QjU7rxc&sig=ACfU3U0o-ncRdfQIMAV5QHdTbgWKnOZdEg&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwiU5ITL_tr8AhWlTKQEHbeaByI4FBDoAXoECCgQAw#v=onepage&q=secret%20flotillas%20Deman&f=false</ref>.Lecorvaisier, Langard et Emile Minerault(Raymond firent de la filière VAR une efficace voie d'évasion terrestre du SOE. Les exfiltrations de 52 personnes par mer furent remplacées par la filière avec le passage des Pyrénées. | ||
Louis Lecorvaisier recensa 24 agents P2 (dont 8 déportés), A9 agents P1 et 58 autres agents. Le réseau VAR eut un tué, douze déportés dont dix morts en captivité. | |||
'''Appréciation du réseau VAR par le SOE (service britannique des opérations spéciales)''' | |||
« Le catalogue des échecs ou quasi échecs nautiques dans la Manche peut être établi avec le récit d’un succès incontestable du service français d’évasion qui géra une filière d’évasion d’une efficacité considérable par les plages de la côte nord de Bretagne pendant l’hiver et le printemps 1943-44. Le démarrage de VAR fut entièrement dû à un ingénieux système de contournement des canaux classiques par Harrat, officier chargé des projets de transports par mer, au mécontentement de la section navale, qui passa directement à la division opération à laquelle il réussit à vendre son projet. « Ce court-circuitage des filières est particulièrement agaçant » pointa son correspondant adverse mais Harrat avait bel et bien marqué le point. C’est une belle illustration du divorce de la direction des opérations spéciales avec les habitudes de service normales que cette querelle sur une question purement navale entre un capitaine de hussard et un lieutenant réserviste de la RAF. Jusqu’à six passagers purent normalement être transportés dans les deux directions à chaque traversée maritime par VAR si tout allait bien mais une fois en cas d’urgence tous les dix furent entassés dans un voyage de retour pour l’Angleterre. En tout quelque 78 personnes furent transportées lors de 16 essais réussis, 16 autres sorties eurent lieu sans succès – parfois en raison du mauvais temps, parfois en raison d’une plage vide à l’arrivée du bateau, une fois seulement en raison d’une interférence ennemie, la nuit de Noël 1943. […] Il n’y eut la perte d’aucun passager lors d’une opération VAR. Le total des pertes s’établit en fait à un matelot tué à la fin de la toute dernière opération à la mi -avril 1944, d’un coup de feu lors d’une rencontre inopinée avec une embarcation de patrouille allemande, deux agents en entraînement à Londres et six agents locaux arrêtés et déportés dont la moitié revinrent, et deux hommes dont l’esprit fut dérangé par la tension du maintien du secret sur tout le projet. Du côté français près de 150 personnes furent directement impliquées dans les activités de VAR, et environ deux fois plus du côté britannique mais tout le système fut conçu, mis au point et exécuté par deux hommes, l’un anglais et l’autre d’Europe centrale : Harratt (Peter) […] et Erwin Deman (Paul). » <ref> https://silo.pub/soe-in-france-an-account-of-the-work-of-the-british-special-operations-executive-in-france-1940-1944-government-official-history-series.html </ref> | |||
===Références=== | ===Références=== | ||
Version actuelle datée du 26 janvier 2026 à 10:31
En décembre 1942, Peter Harratt, officier du SOE, fut désigné pour mettre en place la ligne d’évasion VAR entre Dartmouth et la côte nord de la Bretagne afin d’infiltrer et d’exfiltrer des agents, des documents, des radios et des instruments scientifiques. Le réseau VAR a été lancé en août 1943 par Erwin Deman, agent anglais dans la Résistance à Rennes, juif autrichien d'origine, agent du SOE, [1], avec l'objectif de créer de liaisons régulières entre l'Angleterre et la Bretagne. Après avoir repéré les lieux les plus propices à l'hébergement des aviateurs à rapatrier et à l'embarquement, le réseau mène ses premières opérations dans les Côtes-du-Nord dans les environs de Saint-Brieuc, puis dans le Finistère près de Guimaec. Rennes puis Redon sont les villes de ralliement avant les évacuations, une par mois. Aristide Sicot, 24 ans, instituteur dans les Côtes-du-Nord , joue un rôle important dans la recherche des filières. Le réseau est frappé par une série d'arrestations quelques semaines avant le débarquement allié.[2] [3] [4]
Témoignage du SOE (Special Operation Executive) en France :
Erwin Deman, [5] officier anglais d'origine juive autrichienne, prisonnier évadé, passé dans la Légion étrangère, agent SOE en France
, alias Daniel puis Paul, 23 ans, 1,70 m, trapu, est à l'origine du réseau VAR, qui concerna 150 agents avec le but de créer des filières régulières de liaison et d'évasion entre l'Angleterre (Darmouth, ou Falmouth en Cornouaille) et la Bretagne par vedettes de la Royal Navy (Motor gun boat) et des youyous.
À Rennes
En août 1943, Deman s'était établi à Rennes comme agent d'assurance et entra en contact avec Mme Émilienne Jestin, veuve du magistrat François Jestin, habitant à Rennes, 10, rue de Bertrand que Louis Lecorvaisier a connue par l'intermédiare de Marie-Anne Rabu. Les Jestin ont un bon nombre de relations dans toute la région et vont s'en servir pour recruter parmi elles.
Le 19 août 1943, Deman était arrivé en France, déposé par avion Lockheed Hudson 1 km au sud de Soucelles, à 14 km au nord-est d'Angers. Il est muni en guise d’introduction d’une demi-feuille provenant d’une lettre écrite par une Mme Jestin à la sœur d'un officier du SOE, dont elle avait été la nounou. Le contact fut ainsi établi avec « Mme Jestin, habitant Rennes, dont les deux filles célibataires, jeunes quadragénaires énergiques, entrèrent dans ses plans avec un grand enthousiasme. Elles organisèrent des maisons sûres, telles que celles d'André Meynier
, professeur à la faculté des Lettres de Rennes, de M. Petit, retraité des contributions directes, suggérèrent d’autres contacts, et trouvèrent des guides et courriers fiables, tandis qu’il partait reconnaître les deux plages […] Aline, l’aînée, alias Jean, travaillait à la préfecture et n’avait pas de difficulté pour produire tous les sauf-conduits en blanc dont la zone côtière avait besoin. » La Parisienne Ginette Courtois, 17 ans, alias Danielle [6] fait partie d'un couple fictif tenant une "maison-refuge" pour le réseau, avenue Sergent Maginot.
Sur la côte nord bretonne, agents infiltrés, agents exfiltrés
De Saint-Cast
De Lamballe Deman gagne Saint-Cast-le-Guildo sur un vélo que lui a prêté Aline Jestin. Après avoir repéré les lieux les plus propices à l'hébergement des agents et d'aviateurs à rapatrier et à l'embarquement, la plage de Rothéneuf ayant été écartée par Deman en raison d'une surveillance ennemie des accès trop importante, le réseau mène ses premières opérations dans les Côtes-du-Nord dans les environs de Saint-Cast, [7] où Cecily Lefort
, agent du SOE, avait remis en août à Deman une liste de contacts, et possédant une villa dans le secteur, la mettait à la disposition du réseau. Quatre opérations maritimes, seront menées par la grève du Mousselet côté est de la baie de la Fresnaye.
Dans la nuit du 28-29 octobre, venant d'Angleterre, (opération Jealous I ou Mango 4 pour SOE) débarquent du MGB 697 Erwin Deman et Emile Raymond Minerault, 32 ans, américain d'origine française, avec des magasins et du matériel radio et ils gagnent vers deux heures du matin la villa Feux-Follets au 33 rue des Nouettes, à Saint-Cast, villa de ses parents indiquée par Aristide Sicot alors instituteur à Pléhérel.[8] La vedette arrivait remplie de matériel (armes, postes de radio, provisions…). « Imaginez la difficulté à les transporter, la nuit, le long du sentier escarpé qui remonte du Mousselet ![...] Bien sûr, cela n’était pas de tout repos pour mes parents qui avaient à héberger ces fugitifs, en cette période de restrictions alimentaires. Ils furent aidés pour cela par le secrétaire de Mairie de Plurien, Jules Labbé, qui s’arrangea pour leur fournir tickets de rationnement et faux papiers, et aida mon frère Aristide dans ses recherches d’approvisionnement à travers la campagne ».
«Autre difficulté : le triste état dans lequel arrivaient certains des aviateurs : quelques-uns étaient blessés (et pas question d’appeler un médecin !). Leurs vêtements devaient être nettoyés, réparés et, souvent, remplacés. Madame Sicot s’en chargeait.» [9]. Le 31, ils prennent un train pour Rennes à la gare de Plestan. A Rennes, Deman emmène Minerault chez un cordonnier du 21 rue Saint-Hélier, chez M et Mme Bieard. Minerault reste rue Saint-Hélier jusqu'au mardi 2 novembre, période pendant laquelle Deman amène Louis Lecorvaisier, pour rencontrer Minerault[10] et il rend visite aux sœurs Jestin, rue de Bertrand, pour savoir ce qui se passait depuis son départ en septembre, puis fit venir Louis Lecorvaisier à leur appartement. Le 6 novembre Geneviève Courtois (alias Danielle) est recrutée par Marcel Jacq pour faire des liaisons et tenir à Rennes un appartement de refuge.
L'opération Jealous II eut lieu dans la nuit du 1 au 2 décembre quand le MGB 502 amena 3 agents dont l'opérateur radio de VAT Edmond et emmena 5 personnes dont René Bichelot, Emile Minerault et un membre d'équipage américain évadé T/Sgt Clayton Burdick. La nuit du 23 au 24 décembre, l'opération Jealous 3 fut une tentative manquée d'exfiltrer le général Marcel Allard vers l'Angleterre : devait débarquer un groupe mixte de six agents du SOE (dont deux femmes) sur la plage de la Fresnaye et il était prévu de récupérer neuf passagers pour l'Angleterre, parmi eux, un membre de la RAF et cinq aviateurs américains, ainsi que le général français Marcel Allard avaient été assemblés à la villa de la famille Sicot des Feux-Follets. Cette opération SOE Jealous III fut abandonnée après que le MGB 502 (Williams), ayant dû opérer une approche en profondeur dans la baie jusqu'à la hauteur de la pointe du Châtelet, eût été repéré depuis la côte par les Allemands du blockhaus des Corbières et pris pour cible à la lumière de fusées éclairantes.[11]. Replié sur Rennes, Aristide Sicot échappa de peu à l’arrestation. Sa sœur Renée, normalienne au lycée de Rennes, l’aida à échapper aux recherches.
Puis de Guimaëc, à l'ouest de Locquirec
Les opérations ultérieures de la ligne Var furent déplacées plus à l'ouest jusqu'à la plage de Vilin Izella, sous Beg-an-Fry, près de Guimaëc (4,5 km au s-o de Locquirec), dans le Finistère. Sous la pointe de Beg An Fry Aristide Sicot,[12] alias Jeannette, avait repéré la petite plage de Vilin Izella tout-à-fait adaptée à un débarquement, protégée des regards à l'est par deux éperons rocheux. C'est à vélo, arrivé au Prajou qu'il avait trouvé cet endroit idéal, mais repéré par la population il fut arrêté par les gendarmes de Lanmeur, heureusement sympathisants de la Résistance. Pour prouver qu’il en faisait partie il eut l’idée de faire passer un message par la BBC : « l’an 44 n’est pas l’an qui meurt » en référence à la commune de Lanmeur, mais le message, considéré comme trop proche du nom de la commune, fut modifié par Radio Londres qui envoya : « l’année 44, n’est pas l’année qui meurt». [13] Sept opérations maritimes y furent menées lors des nuits sans lune.[14]. Quelques résistants étaient chargés d’accueillir les agents en gare locale, un négociant en vin, Pierre Barazer, assurait leur transport, les sœurs du tabac-épicerie Jacob à Guimaëc hébergeaient les agents dans une maison inhabitée située en face de leur établissement et voisine d'une maison occupée par les Allemands. Yvonne et Germaine Jacob assurent la nourriture et l’hébergement. Alice et Raymonde sont nommées "chefs de plage", elles sont de toutes les opérations d’embarquement et de débarquement. Convoyeuses et guides pour le transfert des agents, elles font des centaines de kilomètres dans le pays de Morlaix à bicyclette puis des missions à Paris. Avec la complicité d'un forgeron de Plouigneau, Thomas (qui accueillait les aviateurs à la gare locale) et d'un négociant en vins, ils étaient transférés de Guimaëc vers Beg-ar-Fry à pied, un trajet d'environ 7 km, de nuit en suivant le talus côté champ alors que les patrouilles allemandes passaient sur la route à 5 mètres d'eux.
Louis Lecorvaisier cita des messages envoyés par la BBC étaient : message pour la veuve joyeuse - message pour la vache qui rit - message du beau-père à la belle-mère - message pour le petit briquet. Chaque message était suivi d'un message opérationnel.
Rennes puis Redon étaient les villes de ralliement avant les évacuations, une par mois. De janvier à avril 1944 arrivants ou partants sont abrités dans la maison de François Tocquer, beau-père de Louis Mercier qui y vivait avec sa famille de cinq enfants, à 400 mètres d'un poste allemand avec rondes jour et nuit ! Les arrivants sont conduits par Louis Mercier, P1, à la gare de Morlaix. [15]
Un certain Morland débarqué
L'échec de l'opération Jealous III signifiait que la plage de débarquement près de Saint-Cast ne pouvait plus être utilisée et les opérations ultérieures de la ligne Var furent déplacées plus à l'ouest.
De janvier à avril 1944, le site de Beg-an-Fry, à Guimaëc, est le théâtre de 7 opérations. Les opérations se déroulent par des nuits sans lune : 1. EASEMENT – Nuit du 28 au 29 janvier 1944, 2. EASEMENT II – Nuit 26 au 27 février 1944, 3. EASEMENT III – Nuit du 29 février au 1er mars 1944, 4. SEPTIMUS – nuit du 17 au 18 mars 1944, 5. SEPTIMUS II – Nuit du 21 au 22 mars 1944, 6. SEPTIMUS III – Nuit du 26 au 27 mars 1944, 7. SCARF – Nuit du 15 au 16 avril 1944. [16] La BBC informait par les messages apparemment sibyllins : message pour la veuve joyeuse, pour la vache qui rit, du beau-père à la belle-mère... indiquant ensuite les lieux d'intervention.
C'est lors de la mission EASEMENT II que François Mitterrand, alias Morland, chef du mouvement de résistance RNPG (Rassemblement national des prisonniers de guerre) et deux agents du SOE furent débarqués dans une crique à Beg-An-Fry en Guimaêc le 27 février 1944. Accueilli par Aristide Sicot et Lecorvaisier, Raymonde et Alice Jacob, tous membres du réseau VAR, ils passèrent la nuit chez M. Lucas, gendarme retraité. Le lendemain Louis Mercier les conduisit chez le Dr Le Duc à Morlaix d’où ils prirent le train pour Paris.
Le réseau "brûlé" à Rennes
Le 1er décembre 1943 Marie-Thérèse Stoffel, alias Lucie, est présentée à Paul par les sœurs Jestin et elle habitera au PC, chez le Dr. Bourdais, médecin qui n'exerce pas.
Le 11 décembre 1943, Anne-Marie Boudaliez
, [17] résistante redonnaise[18], reçoit un télégramme de Marcel Jacq, réfugié chez Félix Jouan pour échapper au STO, qui lui demande de se rendre à Rennes le soir même à 22 heures, dans un café avenue Sergent Maginot ; elle y rencontre " Paul " qui lui déclare que le réseau est " brûlé " à Rennes et qu’il cherche à se replier sur Redon. Elle accepte d'y héberger temporairement un poste-émetteur chez sa mère. Elle rencontre aussi Geneviève Courtois, "Danielle" la très jeune résistante de 17 ans membre de l’équipe de base du réseau Ginette Courtois-Porter [19]. À Rennes, à Bédée puis à Redon opère le "pianiste" Raymond Langard, SOE DF radio, alias Gilbert formé en Angleterre [20], arrivé le 28 octobre 1943. Gilbert, le Radio du réseau Var, fait désormais ses émissions à Paris, boulevard Suchet. Les Allemands le surprennent en pleine émission. Dans ses documents, ils trouvent l’adresse de Charles Sillard. Le résistant redonnais qui l’avait accueilli, est arrêté le 29 juin et emprisonné à la prison Jacques-Cartier de Rennes. Il part en déportation par le train du 2 août, [21] il mourra au camp de Neuengamme le 7 novembre suivant. Le 13 janvier 1944 à 20 heures, le minotier Félix Jouan qui cachait à Bédée un pilote britannique envoyé par les Jestin, transportant dans une camionnette une valise avec poste-émetteur récupéré sur la côte et destiné aux Jestin fut arrêté place de la mairie par un Feldgendarme qui, ayant repéré que la plaque d’immatriculation arrière était mal éclairée, sauta sur le marche pied et força à arrêter la voiture.
[23]. Un Feldgendarme lève la toile derrière et voit une valise qui était un poste émetteur ; Aristide Sicot avait pu s'esquiver. (Jouan mourut le 21 mai 1945 suite à sa déportation)[24]. Il fallut évacuer d'urgence la maison Jestin. « Sicot, à l'écart de la voiture, put prévenir Mme Jouan et les sœurs Jestin qui durent partir pour Paris. VAR ne survécut pas longtemps à ce déplacement car à la fin […] le circuit fit boule de neige, les activités s’élargirent, de plus en plus de gens étaient concernés, le réseau cessant d’être sûr, il fallut le refondre entièrement. Au total 27 agents avaient été débarqués et 55 embarqués. Le réseau eut 1 tué et 12 déportés dont 10 morts en captivité. Deux agents travaillant avec Deman, l'opérateur radio Raymond Langard et l'assistant américain Émile Minerault sont morts dans des camps de concentration allemands[25].
La dernière exfiltration eut lieu dans la nuit du 15/16 avril 1944. Embarquèrent vingt personnes dont trois femmes et le SOE Erwin Peter Deman. [26].Lecorvaisier, Langard et Emile Minerault(Raymond firent de la filière VAR une efficace voie d'évasion terrestre du SOE. Les exfiltrations de 52 personnes par mer furent remplacées par la filière avec le passage des Pyrénées.
Louis Lecorvaisier recensa 24 agents P2 (dont 8 déportés), A9 agents P1 et 58 autres agents. Le réseau VAR eut un tué, douze déportés dont dix morts en captivité.
Appréciation du réseau VAR par le SOE (service britannique des opérations spéciales)
« Le catalogue des échecs ou quasi échecs nautiques dans la Manche peut être établi avec le récit d’un succès incontestable du service français d’évasion qui géra une filière d’évasion d’une efficacité considérable par les plages de la côte nord de Bretagne pendant l’hiver et le printemps 1943-44. Le démarrage de VAR fut entièrement dû à un ingénieux système de contournement des canaux classiques par Harrat, officier chargé des projets de transports par mer, au mécontentement de la section navale, qui passa directement à la division opération à laquelle il réussit à vendre son projet. « Ce court-circuitage des filières est particulièrement agaçant » pointa son correspondant adverse mais Harrat avait bel et bien marqué le point. C’est une belle illustration du divorce de la direction des opérations spéciales avec les habitudes de service normales que cette querelle sur une question purement navale entre un capitaine de hussard et un lieutenant réserviste de la RAF. Jusqu’à six passagers purent normalement être transportés dans les deux directions à chaque traversée maritime par VAR si tout allait bien mais une fois en cas d’urgence tous les dix furent entassés dans un voyage de retour pour l’Angleterre. En tout quelque 78 personnes furent transportées lors de 16 essais réussis, 16 autres sorties eurent lieu sans succès – parfois en raison du mauvais temps, parfois en raison d’une plage vide à l’arrivée du bateau, une fois seulement en raison d’une interférence ennemie, la nuit de Noël 1943. […] Il n’y eut la perte d’aucun passager lors d’une opération VAR. Le total des pertes s’établit en fait à un matelot tué à la fin de la toute dernière opération à la mi -avril 1944, d’un coup de feu lors d’une rencontre inopinée avec une embarcation de patrouille allemande, deux agents en entraînement à Londres et six agents locaux arrêtés et déportés dont la moitié revinrent, et deux hommes dont l’esprit fut dérangé par la tension du maintien du secret sur tout le projet. Du côté français près de 150 personnes furent directement impliquées dans les activités de VAR, et environ deux fois plus du côté britannique mais tout le système fut conçu, mis au point et exécuté par deux hommes, l’un anglais et l’autre d’Europe centrale : Harratt (Peter) […] et Erwin Deman (Paul). » [27]
Références
- ↑ Peter Deman
- ↑ Louis Lecorvaisier, réseau VAR
- ↑ Aline et Marie-José Jestin
- ↑ Témoignage du capitaine Louis Lecorvaisier (alias Yves) du réseau VAR 8 déc. 1945. https://francearchives.fr/fr/facomponent/7672205d9be3b7c5aca2124a3400fa627bd18c91
- ↑ Erwin Deman, agent anglais dans la Résistance à Rennes
- ↑ Ginette Courtois-Porter
- ↑ www.escapelines.com
- ↑ https://maitron.fr/
- ↑ Témoignage de Renée Sicot-Labbé, sœur d’Aristide, en 1992
- ↑ « Le 7 mars 1945 les déportés d’un « convoi d’inutiles » en provenance de Dora furent gazés à Bergen Belsen, dont Emile Minerault, matricule 77476
- ↑ Oscar Buckmaster, un réseau de Résistance en Haute-Bretagne, pp. 223,224 Daniel Jolys, imp. Reuzé, Martigné-Ferchaud - Nov. 2022
- ↑ https://maitron.fr/spip.php?article173236
- ↑ https://www.college-tanguy-prigent-st-martin-des-champs.ac-rennes.fr/spip.php?article2058
- ↑ Témoignage du capitaine Louis Lecorvaisier (alias Yves) du réseau VAR 8 déc. 1945. Une stèle y fut érigée en 1969. https://francearchives.fr/fr/facomponent/7672205d9be3b7c5aca2124a3400fa627bd18c91
- ↑ Rapport de Louis Lecorvaisier, liquidateur du réseau, sur les activités de François Tocquer et Louis Mercier
- ↑ https://museedelaresistanceenligne.org/index.php
- ↑ Ouest-France 6 juin 2023
- ↑ https://www.memoresist.org/resistant/anne-marie-boudaliez/
- ↑ Repliée à Redon, elle est déportée. Elle est décédée le 20 juin 2019. Ouest-France 2. 07. 2019
- ↑ https://cluny-histoiresdhistoire.com/2020/02/13/raymond-langard-pratsien-radio-du-s-o-e/
- ↑ Le dernier train de résistants déportés et militaires prisonniers quitte Rennes juste avant la libération
- ↑ Louis Lecorvaisier, réseau VAR
- ↑ https://le-souvenir-francais.fr/wp-content/uploads/2019/07/Entretien-avec-Pierre-Morel.pdf
- ↑ Témoignage Lecorvaisier du 8 déc. 1945 par Odette Merlat. https://francearchives.fr/fr/facomponent/7672205d9be3b7c5aca2124a3400fa627bd18c91
- ↑ Rapport de liquidation établi par Louis Lecorvaisier
- ↑ https://books.google.fr/books?id=aFxLjf-BnYIC&pg=PA222&lpg=PA222&dq=secret+flotillas+Deman&source=bl&ots=_w2QjU7rxc&sig=ACfU3U0o-ncRdfQIMAV5QHdTbgWKnOZdEg&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwiU5ITL_tr8AhWlTKQEHbeaByI4FBDoAXoECCgQAw#v=onepage&q=secret%20flotillas%20Deman&f=false
- ↑ https://silo.pub/soe-in-france-an-account-of-the-work-of-the-british-special-operations-executive-in-france-1940-1944-government-official-history-series.html


