Di Costanzo, féroce chef de milice

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L'impitoyable chef milicien, Di Costanzo

Fin mars 1944, Jean Tosello-Bancal, intendant régional du maintien de l'ordre, se trouve dans le cabinet du préfet régional lorsqu'est introduit un homme en civil qui a déclaré:" Je suis M. Di Costanzo, accompagné de M. Ledoux, mon chef de cabinet" [1] Et ce civil n'a rien d'un comportement civil :c'est un gradé milicien qui annonce une arrivée future à Rennes. Ancien tenant de l'Action française,, cet officier de réserve, d'origine corse, avait été blessé en 1940 d'une balle qui lui avait brisé une rotule, ce qui ne l'avait pas empêché de s'engager dans la LVF, sa visite médicale ayant été passée par un remplaçant. Il avait laissé femme et enfants pour embrasser la cause de Darnand.

Le 8 juin 1944, en renfort de la dizaine d'hommes d'Émile Schwaller [2], premier élément armé de La Milice à Rennes, arriva dans la capitale de la Bretagne la 2e unité de marche des francs-gardes de la Milice, forte de 250 francs-gardes, cantonnée d'abord rue du Griffon puis à l’ asile de Saint-Méen, et commandée par le capitaine Joseph Di Costanzo.

Avant de venir à Rennes, il avait sévi en mars contre le maquis des Glières en Haute-Savoie, où la villa Marten, à Annecy, était le lieu d’interrogatoires musclés, où lui et son chauffeur torturèrent et battirent à mort des prisonniers des Glières. Le 12 avril un maquisard l'avait blessé, lui tirant une balle emportant l'index de la main gauche et se logeant sous le cœur. Le préfet de Haute-Savoie Marion écrivit le 27 avril à Joseph Darnand Wikipedia-logo-v2.svg que "Le chef Di Constanzo est plein de bravoure mais il cède trop souvent à son impulsivité naturelle et porte ainsi préjudice à l'ordre, à la légalité, au calme des esprits et à l'autorité que je détiens". [3] C'est un tableau de la même huile que brosse le journaliste milicien Pierre-Antoine Cousteau écrivant :"On commence par le redouter parce qu'il paraît dur, cassant, brutal même parfois. Et puis lorsqu'on le voit à l'œuvre on comprend que c'est un seigneur. Ensuite on le suit aveuglément." [4] Tel était décrit, en termes choisis édulcorés, l'homme qui arrivait à Rennes car Di Costanzo n'était pas qu'un fort en gueule, mais souvent un nerf de bœuf à la main, il était une brute sauvage; parlant des "terroristes" il disait: " Nous n'en tuerons jamais assez" et lors d'interrogatoires de suspects, il ordonnait volontiers des tortures dans un langage grossier : leur "faire pisser le sang", "chier leurs tripes" ou "dégueuler leurs boyaux". Ainsi, lors de l'attaque du maquis de Broualan, Fernand Rollin, membre du groupe Action du PPF, avait fait déshabiller l’adjudant Lambert devant les autres résistants prisonniers et l'avait rué de coups de ceinturon puis Di Costanzo et Schwaller s’étaient acharnés à leur tour sur Lambert pendant un quart d’heure. [5] D'ailleurs le journaliste de Je Suis Partout, après avoir vanté l'engagement des miliciens, est-il bien obligé de reconnaître que "La Milice n'a pas pu en un mois devenir populaire, mais elle s'est imposée et elle a ressuscité la notion d'autorité."

Le préfet régional Robert Martin

Fait illustrant la brutalité milicienne : au préfet régional Martin convié par Di Costanzo à une petite fête, celui-ci lui présenta Émile Favennec et des camarades comme de dangereux terroristes qui finiraient bien par parler. Robert Martin fit une étrange demande « Faites-moi une séance. Je veux voir ! ». Alors l’inspecteur Paul, complétement saoul, prit un sabre et l’enfonça dans une cheville de Favennec. [6] Comme partout ailleurs, en Bretagne, les rapports de la Milice avec la Gendarmerie sont particulièrement mauvais. Di Costanzo, qui n’obtient d’elle aucune information, accuse les gendarmes « de lâcheté, d’imbécillité et de trahison ». Le 27 juillet, 200 de ses hommes prennent d’assaut la caserne de Saint-Aubin-d’Aubigné. [7]

Di Costanzo interrogeant des suspects. Mémoire de Guerre - La Résistance en Bretagne. @resistance.bretagne.WW2

Le docteur René Patay, nommé maire de Rennes, est informé qu'un contremaître de l'entreprise Château avait été arrêté et, menottes aux mains, conduit au P.C de la Milice, un pavillon de l'asile de Saint-Méen et avait éyé menacé d'être fusillé s'il n'indiquait pas où son patron, François Château, était caché. Relâché, on lui avait interdit l'entreprise et sa bicyclette avait été confisquée. Patay se fait aussitôt conduire au P.C. de la Milice et demande à voir son chef, le capitaine Di Costanzo. Il est reçu par "un officier à la tenue impeccable". Voyant le genre, Patay se présente en déclinant tous ses titres militaires, sans oublier sa citation au 2e mixte Zouaves et Tirailleurs. Voyant que cela porte, il en profite pour rouspéter, disant que leur pillage est inadmissible, qu'il a pris le poste de Château à la mairie et qu'il fait justement récupérer chez lui des objets appartenant à la ville. L'affaire en resta là et l'intervention de Patay permit à l'entreprise de continuer et de sauver beaucoup de matériel. [8]

Après sa fuite de Rennes, Di Costanzo, qui disposait d’une garçonnière près de l’Étoile, était resté à Paris avec son groupe, une trentaine d’hommes et 20 millions pour faire de l’agitation. La majorité de ces hommes étaient des Lyonnais et des Parisiens qu’il avait recrutés dans un milieu « spécial ». Deux étaient connus : Mogourt de la Milice de Lyon et Roustand de la Milice de Nice.

Di Costanzo avait reçu des ordres pour rester à Paris après le 17 août 1944, ordres de Darnand, qui partait avec 300 miliciens, et du service de sécurité dirigé par Frechou pour faire de l’agitation et du renseignement. Il aurait participé à la tentative d’assassinat contre le général De Gaulle à Notre Dame-de-Paris. [9]

Arrêté à Paris et conduit à Chelles (Seine-et-Marne), Di Costanzo fut « jugé » au coin d’une rue et fusillé sur place, le 26 août 1944, pour venger Mme Blanchet, présidente du Comité de Libération de la mort de son mari Henri, tué dans le piège du “Bois de Boulogne". Il a sans doute été enterré anonymement ou jeté à la Seine dans un sac comme cela s’était fait à l’époque. [10] D'autres donnent 1945 comme année de son exécution. [11]

Références

  1. Compte-rendu du procés de Tosello-Bancal. Ouest-France 25.10.1945
  2. Émile Schwaller, à la LVF puis milicien criminel
  3. Histoire de la Milice p. 330. Michel Germain. Éd. La Fontaine de Siloë - 1997
  4. Au bout de la terre. Nos collaborateurs P.A. Cousteau en Bretagne. dans Je Suis Partout - 7. 07. 1944
  5. Mémoire de Guerre - La Résistance en Bretagne @resistance.bretagne.WW
  6. Libération de Rennes Témoignages recueillis par les élèves du collège de Chartres-de-Bretagne.Témoignage d’Émile Favennec p.48. Media graphic – Juillet 1989
  7. La gendarmerie sous l'occupation. Colonel Cazals
  8. Mémoires d'un Français moyen, p. 161. René Patay - 1974
  9. Dossier N° : 102 Archives Nationales F/7/15300. Rapport du 13 Novembre 1945 sur la Milice , R.G
  10. compte rendu dans le registre de délibération du Comité de Libération de Chelles
  11. http://beaucoudray.free.fr/glieres002.htm