Rue de Penhoët

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La rue de Penhoët est une voie coudée reliant la place Saint-Michel dans sa section ouest-est à la place Sainte-Anne par sa section sud-nord appelée d'abord rue de la Fracasserie ou rue Fracassière en raison du vacarme qui faisaient les forgerons et serruriers qui y œuvraient. Elle portait avant 1903 dans son ensemble le nom de rue de la Poulaillerie, en raison du marché aux volailles qui s'y tenait[1]. En 1639 s'y trouvait le jeu de paulme du Cygne qui fut transformé exclusivement en salle de spectacle en 1797, laquelle abrita ensuite " le Bal des Camélias.

Un changement de dénomination qui fait suite à une pétition

Le 19 mars 1903, une pétition des habitants de la rue demande à la municipalité d'en changer le nom qu'ils estiment compromettant bien qu'on eût récemment fermé les deux maisons borgnes qui s'y trouvaient[2]. Quelques articles du quotidien "L'Ouest-Eclair" nous relatent l'historique de cette demande :

« La rue de la Poulaillerie - Bonne renommée... Une pétition des habitants. [..]

La rue de la Poulaillerie tire son nom du marché de volailles qui s'y tenait autrefois. Avant de porter ce nom elle s'appelait rue Fracasière à cause, parait-il, des nombreuses boutiques de maréchaux-ferrants et de charrons installés dans les rez-de-chaussées - qui ressemblaient plutôt à des sous sols - des maisons tortueuses qui subsistent encore aujourd'hui et d'où partait un bruit assourdissant de marteaux frappant sur les enclumes.

C'est à l'entrée de cette vieille rue, qui est une des plus pittoresques de notre ville, que le théâtre de Rennes qui était situé jadis dans le vieux Jeu de Paume au lieu où est aujourd'hui la rue Coëtquen, fut transporté et où il connut les premiers succès.

Ce théâtre, qui était loin naturellement d'avoir le confortable de notre scène municipale, fut remplacé par le "Bal des Camélias", où se rendait le dimanche la jeunesse rennaise. Et actuellement la vaste salle de spectacle où s'esbaudirent nos arrières-grands-oncles, sert de magasin de débarras au Bazar Parisien.

Mais - c'est là que nous voulons en venir - des propriétaires peu scrupuleux établirent un jour dans cette paisible rue des espèces d'hôtels meublés aux allures louches, dont des femmes de mœurs légères et des souteneurs devinrent la principale clientèle. De là une mauvaise réputation qui s'attache encore de nos jours au nom de la rue de la Poulaillerie, laquelle ne fut bientôt plus connue que sous le nom vulgaire de la Poulaille.

Pourtant dans cette rue habitent de très honnêtes commerçants, de braves ouvriers et d'honorables familles.

Ennuyés de cet état de choses, des habitants rédigèrent une pétition demandant à la municipalité de procéder à une épuration complète de leur quartier et de leur rendre par cela même, la considération dont ils ne jouissaient plus dans l'esprit de bon nombre de personnes.

Quelque temps après, la police expulsait toutes les femmes qui causaient du scandale et nettoyaient de fond en comble les deux maisons borgnes dont une est complétement fermée aujourd'hui.

Voilà donc la rue de la Poulaillerie devenue une rue comme une autre dans laquelle les passants peuvent maintenant s'aventurer. Mais les pétitionnaires demandaient en outre à la municipalité qu'elle voulût bien changer, en un nom moins compromis, le nom de la rue de la Poulaillerie ; car ils estimaient que ce remède ne serait complet et la réparation intégrale que quand on aurait effacé de l'annuaire ce nom qui évoque dans l'esprit public tant de fâcheux souvenirs.

La pétition en question est du 19 mars 1903. Et depuis ce temps, on n'a rien fait pour donner satisfaction à ces braves gens dont la demande n'est cependant pas exorbitante et, sauf erreur, on ne leur a même pas répondu !

Il y a quelques semaines, on a procédé à plusieurs changements dans les noms des rues situées au centre de la ville. On aurait pu penser à ce moment à la pétition des habitants de la rue de la Poulaillerie. Quoi qu'il en soit, nous voulons croire que ce n'est qu'un oubli et qu'il nous suffira de le signaler pour qu'on n'attende pas plus longtemps pour le réparer. »

— G. C., dans L'Ouest-Eclair
Origine : Numéro du 13 octobre 1903 • Recueilli par Manu35 • 2018licence

Quelques jours plus tard, il semble que le processus de changement du nom de la rue soit pris en compte par la mairie :

« La dénomination des rues - L'autre jour nous parlions d'une pétition adressée par les habitants de la rue de la Poulaillerie à M. le maire de Rennes, dans laquelle ils lui demandaient de changer le nom de cette rue dont la réputation est forcément compromise par la présence, dans les vieilles maisons qui font le charme de ce coin du vieux Rennes, de femmes de mœurs légères. Les honorables pétitionnaires estiment que l'épuration commencée par la polices ne serait complète que lorsqu'on aurait retrempé dans les eaux régénératrices d'un nouveau baptême, l'ancienne rue Fracassière.

Si nous en croyons les bruits qui nous sont parvenus, il pourrait se faire que la question fût mise à l'ordre du jour de la prochaine réunion du Conseil municipal et que les honorables commerçants et honnêtes ouvriers de la rue de la Poulaillerie reçoivent satisfaction.

Mais il n'est pas que les habitants de cette rue qui réclament. Ceux de la rue Saint-Georges aussi, demandent et pour les mêmes raisons, qu'on donne un autre état civil à leur rue. Car Saint-Georges est compromis par des personnes d'allures qui rendent ce quartier d'abord difficile.

Une dame propriétaire d'immeubles situés dans une ruelle étroite qui étale presque en plein centre la lèpre de ses pavés caboteux se plaignait que cette voie peu fréquentée portât un nom - un nom de saint cependant - sur lequel plaisante la population spéciale qui l'habite. Le tort causé par le malheureux nom serait d'autant plus grand, paraît-il, que l'immeuble appartenant à cette dame est situé dans la partie de la rue que respecte la contagion.

Mais il y en a toute une liste, de ces noms de rues surannés ou baroques qu'il faudrait changer, sans compter ceux qu'il faudrait supprimer tout à fait, leur existence n'étant connue que des rares personnes qui lisent l'annuaire pour se désennuyer. »

— G. C., dans L'Ouest-Eclair
Origine : Numéro du 23 octobre 1903 • Recueilli par Manu35 • 2018licence

Elle fut ainsi renommée, sur un rapport de Paul Banéat[3], par délibération du conseil municipal de la ville de Rennes le 6 novembre 1903.

« Noms de rues.– D'après un arrêté de M. le Maire, sont modifiés les noms de voies ci-dessous désignées : [...] 2 - La rue de la « Poulaillerie » est dénommée rue « de Penhoët » »

— L'Ouest-Eclair
Origine : Numéro du 12 janvier 1904 • Recueilli par Manu35 • 2018licence

Aménagement et urbanisme

Il est question au début du siècle de pallier à l'étroitesse de la rue :

« L'embellissement de Rennes - A la dernière séance du Conseil municipal, il a été question de l'alignement de la rue de Penhoët - ancienne rue de la Poulaillerie – l'une des plus défectueuses incontestablement de notre ville.

A ce sujet, l'un de nos plus honorables concitoyens a bien voulu mettre sous nos yeux le plan de ce vieux quartier et nous faire part des projets d'embellissements qui, depuis de longues années, sont à l'étude et pourraient, s'ils étaient réalisés, contribuer beaucoup au développement et à l'assainissement de Rennes.

Il faudrait tout d'abord élargir la rue de Penhoët et nous croyons savoir que si la ville consentait à faire en ce sens quelques sacrifices, elle trouverait chez certains propriétaires des dispositions très favorables de nature à lui faciliter grandement sa tâche. »

— L'Ouest-Eclair
Origine : Numéro du 21 juin 1904 • Recueilli par Manu35 • 2018licence


« L'embellissement de la rue Penhoët - Depuis que l'ancienne rue de la Poulaillerie a été purgée de la population féminine qui la déshonorait et lui avait valu une réputation qui n'était pas sans causer un certain préjudice aux honorables commerçants établis dans cette rue, on peut s'y aventurer sans crainte le jour comme la nuit.

La rue Penhoët n'a plus de commun avec la rue de la Poulaillerie que l'étroitesse de sa mauvaise chaussée sans trottoir et ses vieilles maisons auxquelles faisait un digne pendant, hier encore, la branlante église de Saint-Aubin.

Depuis qu'elle n'est plus ce qu'elle était, sa physionomie s'est légèrement modifiée, très légèrement, j'en conviens. Une construction neuve y a été élevée dans l'angle qui fait face à l'entrée et à l'autre on achève d'édifier une superbe maison de rapport de quatre étages.

Nous apprenons que l'embellissement de ce quartier va continuer. Un industriel rennais se propose de faire bâtir un vaste et magnifique immeuble sur l'emplacement de la salle où, avant la construction du théâtre actuel, des acteurs de passage venaient jouer la comédie et dans laquelle, plus tard, la jeunesse de notre ville se livra au plaisir de la danse avec un enthousiasme souvent bruyant.

L'ancien bal des Camélias dégénéré en magasin de réserve, va donc faire place à une jolie maison des plus confortables.

Mais ces constructions neuves vont jurer au milieu des bicoques centenaires, des boutiques basses et noires qui font l'originalité de la rue. Espérons que l'œuvre d'embellissement ne va pas cesser de se poursuivre. II faudrait évidemment beaucoup de fonds et malheureusement c'est ce qui manque à la ville de Rennes, dont le budget, par suite du dégrèvement des boissons hygiéniques est en déficit d'une soixantaine de mille francs.

Au n° 10, la plus petite maison de Rennes ? - Probablement

Mais l'élan est donné ; c'est aux personnes qui possèdent des capitaux de suivre et de parfaire l'œuvre si bien commencée. »

— G. C., dans L'Ouest-Eclair
Origine : Numéro du 8 octobre 1905 • Recueilli par Manu35 • 2018licence

La rue conserve plusieurs immeubles à pans de bois et, au n° 10, une maison de deux mètres de large[4], probablement la plus petite de Rennes[5].

Elle est animée le soir. Il faut dire que c'était bien la rue de Penhoët qui détenait à l'origine le surnom de "rue de la soif", et non pas comme aujourd'hui la rue Saint-Michel[6].

A partir de janvier 2014, dans le cadre de l'aménagement de la station Sainte-Anne pour l'arrivée de la ligne b du métro, les premiers travaux ont démarré dans la rue et consistaient en l'aménagement de circulations automobiles et piétonnes, notamment entre la rue de Penhoët et la rue Saint-Michel et l'abattage de quelques arbres[7].

Bien qu'effectuée il y a quelques années désormais, on trouve une description plutôt fidèle de la rue sur un blog répertoriant des coups de cœur rennais :

« On passe souvent par la rue Penhoët, cette rue qui fait l'angle et qui vous emmène de la place Sainte-Anne à la place des Lices. Mais ce n'est pas seulement une rue de passage. On y trouve une laverie, des magasins de vêtements, un magasin d'affiches de films et des petits restaurants. »

— rennesacoupdecoeur[8]
Origine : Article du 20 novembre 2011 • Recueilli par Manu35 • 2018licence

On lui a donné le nom de :

Guillaume de Penhoët

(1325 - 1404)

Guillaume II de Penhoët est gouverneur de Rennes pendant le siège de la ville par les Anglais en 1356-1357. Surnommé "Tors Boiteux"[9], on lui attribua la ruse ayant permis de ravitailler les Rennais en lard sur pieds :

« Son plus haut fait d'arme a été sur terre et remonte au siège de la ville de Rennes par les Anglais en 1356-1357. En effet, on lui a attribué la ruse ayant permis de ravitailler les Rennais en lard durant ce siège éprouvant. Explications : En 1356, Rennes est assiégée par les Anglais. Connaissant l'état de famine à l'intérieur des murs, ils font paître 3 000 porcs devant les Portes Mordelaises pour attirer les Rennais hors de la ville. Afin de déjouer ce piège, le capitaine Guillaume de Penhoët, alors gouverneur de la ville, suspend à une poterne une truie dont les couinements aguichent les cochons, il ne reste plus qu'à les laisser entrer avant que les assiégeants n’aient le temps de s'en rendre compte. »

— MRPEDRO
Origine : [https://penhoetsocialderby.wordpress.com/2016/04/18/mais-qui-est-donc-guillaume-ii-de-penhoet/ • Recueilli par Manu35 • 2018licence

Références

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