« Peter Jouet » : différence entre les versions
(Page créée avec « thumb|Allégorie de la [[Révolte du papier timbré (Musée des beaux-arts de Rennes) où l'impôt est représenté sous la forme d'un char tiré par deux tigres et conduit par un diable, sur lequel se trouve le duc de Chaulnes avec à ses pieds des sacs d’or, des coffres de bijoux et de pierres précieuses, et du papier timbré au-dessus de la roue. À droite, les allégories de la Justice et la Paix, assises... ») |
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'''En 1691, vingt-sept ateliers de fabrication de monnaies jalonnaient le territoire.''' En 1725, lorsque Rennes commença à renaître de ses cendres, l’on songea à bâtir un nouvel hôtel pour les monnaies dans l’une des nouvelles rues projetées. Le bâtiment devint l'Hôtel de France, le plus luxueux de la ville, reçut des hôtes illustres, comme le duc de Westminster. En 1792, l'hôtel est occupé par le service des messageries. | '''En 1691, vingt-sept ateliers de fabrication de monnaies jalonnaient le territoire.''' En 1725, lorsque Rennes commença à renaître de ses cendres, l’on songea à bâtir un nouvel hôtel pour les monnaies dans l’une des nouvelles rues projetées. Le bâtiment devint l'Hôtel de France, le plus luxueux de la ville, reçut des hôtes illustres, comme le duc de Westminster. En 1925 un certain Hugh Grosvenor à Rennes.<ref> [[En 1925 un certain Hugh Grosvenor à Rennes]]</ref> En 1792, l'hôtel est occupé par le service des messageries. | ||
Le nom de Peter (Pierre) Jouet est aussi mentionné comme orfèvre à [[Exeter]], '''Topsham''', vers 1706. | Le nom de Peter (Pierre) Jouet est aussi mentionné comme orfèvre à [[Exeter]], '''Topsham''', vers 1706. | ||
Un autre membre de sa famille, bien que sans marque enregistrée, était probablement Samuel Juett, fils de John, apprenti chez Thomas Wotton en 1702 dans la City de Londres. | Un autre membre de sa famille, bien que sans marque enregistrée, était probablement Samuel Juett, fils de John, apprenti chez Thomas Wotton en 1702 dans la City de Londres. | ||
Ce travail de recherche est mené à l'occasion du 70eme anniversaire du jumelage Rennes Exeter (année 2026). En juin 2025, des Rennais sont allés aux USA Rochester avec le comité de jumelage Rennes Rochester pour commémorer le passage de La Fayette il y a 200 ans à Rochester, étape dans son parcours des États-Unis. | |||
== Topsham, un port d'estuaire historique officiellement rattaché à la ville d'Exeter en 1966, 10 ans après son jumelage avec Rennes (1956) == | == Topsham, un port d'estuaire historique officiellement rattaché à la ville d'Exeter en 1966, 10 ans après son jumelage avec Rennes (1956) == | ||
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Ainsi est décrite l'atrocité de la répression infligée à la ville de Rennes dans ces lignes extraites d'une longue lettre de [[Madame de Sévigné]] à sa fille, [[Madame de Grignan]], le 30 octobre [[1675]], même si l'on peut se demander si l'épistolière n'en ajoute pas pour capter l'intérêt de la destinataire. | Ainsi est décrite l'atrocité de la répression infligée à la ville de Rennes dans ces lignes extraites d'une longue lettre de [[Madame de Sévigné]] à sa fille, [[Madame de Grignan]], le 30 octobre [[1675]], même si l'on peut se demander si l'épistolière n'en ajoute pas pour capter l'intérêt de la destinataire. | ||
Édit de Fontainebleau | == Édit de Fontainebleau == | ||
La révocation de l'édit de Nantes a été actée par Louis XIV en signant l'édit de Fontainebleau le 18 octobre 1685. En annulant l'édit par lequel Henri IV, en 1598, avait octroyé une certaine liberté de culte aux protestants du royaume, Louis XIV a interdit le culte protestant en France. | |||
La révocation a pour conséquence une accélération de l'exil de quelque 200 000 protestants, soit environ un pour cent de la population du royaume, appartenant pour beaucoup d'entre eux à l'élite intellectuelle, dont [[Peter Jouet]] et [[Simon Jouet (orfèvre)]], fuyant vers des pays de Refuge, concurrents économiques de la France : l'Angleterre, les Provinces-Unies, la Suisse et la Prusse, et parfois leurs colonies comme les Treize Colonies britanniques en Amérique (futurs États-Unis) ou la colonie des Provinces-Unies au Cap (future Afrique du Sud). | |||
== Sources == | == Sources == | ||
Version actuelle datée du 22 décembre 2025 à 19:16
Peter (Pierre) Jouet est un orfèvre né à la fin du XVIIeme siècle d'origine huguenote inscrit au registre de la Compagnie des Orfèvres de Londres[1] (Worshipful Company of Goldsmiths - formally styled The Wardens and Commonalty of the Mystery of Goldsmiths of the City of London). Il s'agissait d'une guilde influente, fournissant plus de 50 maires de Londres[2]. Elle fonda notamment Goldsmiths, University of London[3].
A l'instar de la Rue de la Monnaie de Rennes (l'orthographe utilisée était rue de la Monnoye) et son Hôtel des Monnaies situé sur le même axe que l'église protestante du Thabor – et ce jusqu’à l’aube du XIXème siècle, de nombreuses villes frappèrent la monnaie pour le Roi de France. Il en allait de la bonne diffusion de l’argent nécessaire à la bonne marche de l’économie.
En 1691, vingt-sept ateliers de fabrication de monnaies jalonnaient le territoire. En 1725, lorsque Rennes commença à renaître de ses cendres, l’on songea à bâtir un nouvel hôtel pour les monnaies dans l’une des nouvelles rues projetées. Le bâtiment devint l'Hôtel de France, le plus luxueux de la ville, reçut des hôtes illustres, comme le duc de Westminster. En 1925 un certain Hugh Grosvenor à Rennes.[4] En 1792, l'hôtel est occupé par le service des messageries.
Le nom de Peter (Pierre) Jouet est aussi mentionné comme orfèvre à Exeter, Topsham, vers 1706.
Un autre membre de sa famille, bien que sans marque enregistrée, était probablement Samuel Juett, fils de John, apprenti chez Thomas Wotton en 1702 dans la City de Londres.
Ce travail de recherche est mené à l'occasion du 70eme anniversaire du jumelage Rennes Exeter (année 2026). En juin 2025, des Rennais sont allés aux USA Rochester avec le comité de jumelage Rennes Rochester pour commémorer le passage de La Fayette il y a 200 ans à Rochester, étape dans son parcours des États-Unis.
Topsham, un port d'estuaire historique officiellement rattaché à la ville d'Exeter en 1966, 10 ans après son jumelage avec Rennes (1956)
Un port d'accueil des huguenots mais aussi très relié à Amsterdam et aux Pays-Bas (Provinces-Unies)
On pensait autrefois que la troisième vague d'émigration huguenote vers la Grande-Bretagne avait eu lieu après la révocation de l'édit de Nantes en 1685. Des recherches récentes ont révélé que, bien que 1685 ait été une année exceptionnelle, de nombreux réfugiés, notamment des artistes et des artisans, s'étaient installés dans ce pays avant cette date.
En 1661, le cardinal Mazarin, qui avait reconnu la loyauté et les bons services des huguenots et avait agi comme leur protecteur en France, mourut. En 1669, Louis XIV décréta que la prédication protestante devait être limitée à un seul lieu par ville.
Le 28 juillet 1681, le roi anglais Charles II publia une proclamation dans laquelle l'Angleterre s'offrait comme lieu de refuge.
Les réfugiés recevraient des lettres patentes de naturalisation sous le Grand Sceau, sans frais, et leurs biens et marchandises seraient débarqués en franchise de droits. Malgré cet encouragement, de nombreux réfugiés s'enfuirent plutôt en Hollande. Amsterdam se montra particulièrement charitable. Un contemporain rapporta que les autorités municipales prêtèrent des sommes d'argent sans intérêt aux réfugiés pour l'achat d'outils et de matériaux nécessaires à leur travail. En revanche, on pensait qu'en Angleterre, les réfugiés étaient persécutés, la Banque de Londres était en faillite, les étrangers ne pouvaient acheter de terres, et les Anglais étaient agités et querelleurs certains complotant contre leur souverain légitime et le gouvernement. Il est probable que ces rumeurs résultaient de l'ambivalence de Jacques II à l'égard des huguenots, et qu'avec l'accession de Guillaume III au trône d'Angleterre, elles furent dissipées.
Pourquoi les huguenots furent-ils encouragés à s'installer en Grande-Bretagne ?
Une source utile pour comprendre le raisonnement qui sous-tend ces décisions est la motion en faveur de la naturalisation des protestants français, proposée par Edward Wortley Montagu à la Chambre des communes le 23 février 1708. Abel Boyer rapporta que Montagu « démontra les avantages que la nation retirerait d'une telle loi, mentionnant notamment l'exemple du roi de Prusse, qui non seulement avait invité, mais fourni à de nombreux réfugiés français les moyens de s'installer dans ses dominions, où il avait ainsi fertilisé un pays presque aride, amélioré le commerce et considérablement accroissé ses revenus. Il ajouta que si les étrangers étaient incités à s'installer sous un gouvernement despotique, où ils trouveraient protection et encouragement, ils seraient sans aucun doute plus enclins à apporter leurs biens, et (au moins) leur industrie en Grande-Bretagne, où ils bénéficieraient des privilèges d'une nation libre ».
Les huguenots se forgèrent une réputation d'industrie et de travail acharné. Ceci était le fruit de leur éthique calviniste qui accordait une grande valeur au travail, le considérant comme « l'exercice pratique d'une vocation désirée par Dieu », et donc comme un culte divin. Le travail était une méthode appropriée d'autodiscipline et un moyen d'éviter la tentation.
La caractéristique distinctive du credo de Calvin était la croyance en l'élection par grâce, après un décret éternel et prémondain. Cette croyance imposait un devoir absolu de se considérer comme élu et de combattre tout doute comme une tentation, afin de demeurer dans la grâce de Dieu. Une autre caractéristique distinctive du mode de vie huguenot était l'organisation démocratique de leur Église ; toutes les Églises et tous les pasteurs étaient considérés comme égaux, et les prédicateurs étaient choisis au scrutin. La vie sociale huguenote était organisée de la même manière ; la responsabilité individuelle d'accomplir la tâche quotidienne permettait d'assurer une organisation rationnelle de leur environnement social. En fin de compte, le huguenot était responsable de son propre salut, et cette responsabilité individuelle, commune aux grands groupes de refuges, engendrait les traits huguenots de révérence, de chasteté, de sobriété, de frugalité, de labeur et d'honnêteté.
Topsham, avant-port d'Exeter ouvert au grand commerce maritime
Le manoir de Topsham faisait partie des terres de douaire concédées à Anne de Danemark, épouse du roi anglais Jacques VI et Ier, en 1603. Elle bénéficiait de droits d'amirauté sur le port. En juillet 1606, une cargaison de tabac vénézuélien, expédiée de Trinité-et-Tobago à bord du Delight, fut déchargée à Topsham. Le propriétaire étranger de la cargaison décéda lors d'un voyage à cheval vers Exeter. Anne de Danemark devint alors propriétaire du tabac. La ville fut le théâtre d'un important assaut naval parlementaire durant la guerre civile anglaise.
Topsham compte de nombreuses maisons de style hollandais, datant de l'époque où la ville était un important port cotonnier. Beaucoup de ces maisons sont construites en briques hollandaises, importées des Pays-Bas – d'où étaient exportés la laine et le coton du sud-ouest de l'Angleterre.
Hôtel des monnaies, exils religieux et parlementaire (Révolte du papier timbré), incendies : un miroir territorial transmanche ?
Avec un édit promulgué à Pîtres (Eure) – et tous ceux qui suivront au cours du Moyen-Âge – le Roi entend concentrer entre ses mains le pouvoir de frapper la monnaie, longtemps partagé avec les nombreux seigneurs, barons et ecclésiastiques des provinces.
Dans la dynamique de l’unification du pays, les rois, carolingiens puis capétiens, feront de la frappe (fabrication) et de l’émission (mise en circulation) monétaires un pouvoir régalien. Pour des raisons techniques – les monnaies étant frappées à la main, au moyen d’un marteau – et jusqu’à l’aube du XIXème siècle, de nombreuses villes frappèrent la monnaie pour le Roi de France. Il en allait de la bonne diffusion de l’argent nécessaire à la bonne marche de l’économie.
Le nombre d’ateliers varie alors pendant plusieurs siècles. Les crises monétaires, les besoins du Roi et les annexions territoriales à la Couronne font régulièrement fluctuer leur nombre. Il faudra attendre le règne de Louis XIV à la toute fin du XVIIème siècle pour que les monnaies frappées d'un bout à l'autre du royaume soient identiques ; la révolution technique de la frappe au balancier (plus rigoureuse mais aussi plus sûre) ayant permis d’optimiser les fabrications monétaires. En 1691, vingt-sept ateliers de fabrication de monnaies jalonnaient le territoire.
Révolte du papier timbré
"Voulez-vous savoir des nouvelles de Rennes ? Il y a toujours cinq mille hommes, car il en est venu encore de Nantes. On a fait une taxe de cent mille écus sur le bourgeois, et si on ne les trouve pas dans les 24 heures, elle sera doublée et exigible par les soldats. On a chassé et banni toute une grande rue et défendu de les recueillir sous peine de vie, de sorte qu'on voyait tous ces misérables, vieillards, femmes accouchées, enfants, errer en pleurs au sortir de cette ville, sans savoir où aller, sans avoir de nourriture, ni de quoi se coucher. On roua, avant hier un violon qui avait commencé la danse et la pillerie du papier timbré (...)".
Ainsi est décrite l'atrocité de la répression infligée à la ville de Rennes dans ces lignes extraites d'une longue lettre de Madame de Sévigné à sa fille, Madame de Grignan, le 30 octobre 1675, même si l'on peut se demander si l'épistolière n'en ajoute pas pour capter l'intérêt de la destinataire.
Édit de Fontainebleau
La révocation de l'édit de Nantes a été actée par Louis XIV en signant l'édit de Fontainebleau le 18 octobre 1685. En annulant l'édit par lequel Henri IV, en 1598, avait octroyé une certaine liberté de culte aux protestants du royaume, Louis XIV a interdit le culte protestant en France.
La révocation a pour conséquence une accélération de l'exil de quelque 200 000 protestants, soit environ un pour cent de la population du royaume, appartenant pour beaucoup d'entre eux à l'élite intellectuelle, dont Peter Jouet et Simon Jouet (orfèvre), fuyant vers des pays de Refuge, concurrents économiques de la France : l'Angleterre, les Provinces-Unies, la Suisse et la Prusse, et parfois leurs colonies comme les Treize Colonies britanniques en Amérique (futurs États-Unis) ou la colonie des Provinces-Unies au Cap (future Afrique du Sud).
Sources
London Goldsmiths 1697-1837 : Their Marks & Lives (Orfèvres londoniens (1697-1837) : Leurs marques et leurs vies)
Ce guide présente une liste alphabétique de tous les poinçons de maîtres connus, depuis le début des registres de Goldsmiths' Hall en 1697 jusqu'en 1837. 3 473 poinçons sont reproduits à partir des registres originaux et 441 autres proviennent de diverses sources. Outre la section principale consacrée aux poinçons de maîtres londoniens, une section traite également des maîtres provinciaux ayant déposé leurs poinçons à Londres. L'ouvrage contient aussi un dictionnaire biographique des maîtres, recensant près de 2 600 noms[5].

