Rue de Dinan

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Rue de Dinan. Carte postale début xxème siècle. Coll. YRG et AmR 44Z1884

En 1892, la rue de Dinan portait encore le nom de rue Basse par opposition à l'ancienne rue Haute (aujourd'hui rue Saint-Malo) et faisait partie de la route nationale 137 de Bordeaux à Saint-Malo. Elle était classée route de grande voirie et la poste aux chevaux l'empruntait pour gagner la place Sainte-Anne via la rue Saint-Louis. On y remarque la maison de retraite de Saint-Thomas de Villeneuve pour personnes âgées, le théâtre du Vieux Saint-Étienne (ancienne église), et le collège d’Échange.

Cette voie fût dénommée par délibération du Conseil Municipal de la Ville de Rennes le 27 avril 1892.

Etymologie du nom Dinan[1]

Vient de la contraction de deux mots celtiques : "Dunos" (colline, hauteur propre à la défense) et "Ahna" déesse protectrice des vivants et gardienne des morts très honorée dans toute l'Armorique, donc Dinan serait la colline d'Ahna. "Din" en breton veut dire forteresse.

Au IXe siècle, vers l'an 850, six moines s'installent au pied d'une colline au bord de la Rance, sur la commune devenue Léhon, le long de l'ancienne voie romaine. Nominoë, le "Prince de Bretagne", qui serait originaire de Plumaugat, près de Dinan, accepte de donner des terres et des privilèges sous réserve que les moines se procurent les reliques d’un saint breton. Les religieux se rendent alors sur l'île de Serk pour voler la dépouille de Saint-Magloire, ancien évêque de Dol, ainsi est fondée l'Abbaye Saint-Magloire. A la même époque sur une colline un peu plus haute, des seigneurs dressent une forteresse en bois pour y protéger un petit bourg naissant des Saxons, puis des Normands.

Au XIe siècle, des bénédictins y installent un prieuré, ce qui favorise le développement d'une bourgade, c'est la naissance de Dinan où est créée la première paroisse avec l'édification de l'église Saint-Malo. En 1066, le château construit sur une motte et entouré d'une clôture en bois qui fut incendiée par les troupes de Guillaume Le Conquérant, figure sur la tapisserie de Bayeux. Cette tapisserie de près de 70 m de long, sur près de 50 cm de hauteur, retrace la conquête Normande.

Au XIIe siècle, un géographe arabe mentionne Dinan dans ses écrits et indique que la cité est un important centre de négoce qui à cette époque est alors entouré de murs en pierre.

Les seigneurs de Dinan sont mobilisés par les croisades, l'un d'eux Rivallon le Roux, frère de Geoffroy de Dinan, au cœur d'une bataille en Palestine, fait le vœu de construire une église à son retour s'il revient sauf et en 1120, commence la construction de l'église Saint-Sauveur. En 1123, Dinan est partagé entre les deux fils de Geoffroy de Dinan, ce qui est à l'origine de la séparation des deux paroisses Saint-Malo et Saint-Sauveur.

En 1283, la ville est achetée par le duc de Bretagne Jean Ier Le Roux et devient ville ducale. C'est à cette époque que les remparts actuels en pierre sont édifiés. Dinan connaît alors un développement économique, grâce au commerce des draps et des cuirs.

Durant la guerre de succession du Duché de Bretagne, Dinan est assiégé, en 1357, par les Anglais. Bertrand Du Guesclin est alors en train de défendre Rennes dont le siège s'éternise. Lancastre, le frère du roi d'Angleterre décide d'investir Dinan, devant la supériorité des forces anglaises, une trêve de quarante jours est demandée au bout de laquelle la ville se rendra si elle n'est pas secourue. Le chevalier Anglais Canterbury viole la trêve en capturant Olivier Du Guesclin sorti sans ses armes dans la campagne, une rançon est alors exigée. Bertrand bondit à Dinan, va trouver le duc de Lancastre dans sa tente et lui réclame son frère. Canterbury, convoqué par le duc, refuse avec dédain. Un duel est décidé aussitôt. Au jour dit, les portes de Dinan s'ouvrent pour laisser entrer le duc de Lancastre, accompagné de vingt de ses chevaliers. Bertrand Du Guesclin sort vainqueur et reçoit une rançon du vaincu qui est banni de l'armée anglaise. Parmi la foule assistant au duel se trouve, Tiphaine Raguenel qui va devenir la femme de Bertrand Du Guesclin qui obtient, en 1370, le titre de connétable de France, dont le cœur est conservé dans l'église Saint-Sauveur. Le vainqueur de la guerre de succession, le duc Jean IV de Montfort fait construire, en 1380, un donjon massif.

En 1488, le Duc François II est battu à Saint-Aubin-du-Cormier, les troupes françaises occupent Dinan. La Bretagne, par les mariages successifs de la Duchesse Anne avec le roi de France Charles VIII en 1491 et le roi Louis XII en 1499, puis par le mariage de sa fille Claude avec François 1er, lient son destin à celui de la France ; à la mort de la Reine Claude, le duché rentre dans le domaine royal. La ville continue à s'agrandir avec une activité artisanale importante. Le port sur la Rance favorise le commerce. En 1598, la ville est touchée par la guerre de la Ligue et son Gouverneur, le Duc de Mercoeur, chef de la Ligue Catholique se rend à Henri IV. Dinan est définitivement rattachée au Royaume de France. A partir de cette époque les fortifications perdent leurs usages défensifs et ne sont plus entretenues.

A partir du XVIIe siècle, de nombreux ordres religieux s'implantent à Dinan. La ville suit alors l'évolution des villes moyennes.

Au XVIIIe, de nombreux tisserands s'installent et de riches bourgeois font construire de luxueux et beaux hôtels particuliers. Une lutte contre l'insalubrité est mise en place, en 1794, les animaux, cochons, chèvres, poules, oies et canards sont interdits dans les rues et à partir de 1800, un arrêté du maire menace de sanctions les habitants qui jettent par la fenêtre les eaux, urine et toutes matières nauséabondes.

En 1852, pour désenclaver la ville, un viaduc routier est construit détournant le trafic du centre, le port perdant de son importance et en 1879, l'arrivée du chemin de fer crée une attraction hors des murs.

Malgré l'incendie de 1907 et un bombardement en août 1944, la ville est restaurée et conserve un très beau patrimoine avec ses remparts, ses maisons à colombage, ses couvents, etc.

Les 10 907 habitants de Dinan sont appelés Dinanais et Dinanaises.

Dessin réalisé à hauteur de la rue Noël du Fail, rue de Dinan : le vieux Saint-Etienne, à gauche l'ancien hôpital militaire de la rue d'Échange, cen arrière-plan lointaine, le sommet d'une tour de la cathédrale et au centre l' église du Vieux Saint-Etienne])

Septembre 1820 : embarras de circulation et altercation rue Basse

ou le sale caractère des Bretons de Rennes

Régis Jean Vaysse de Villiers, inspecteur des postes-relais, met à profit les facilités que lui apporte sa fonction pour commencer, à partir de 1813, un Itinéraire descriptif ou description routière, géographique et pittoresque de la France et de l'Italie. Dans ce cadre, il publie en 1822 Régions de l'Ouest, route de Paris à Rennes. [2]

Vaysse de Villiers rapporte un fait :

"qui est vraiment caractéristique du peuple des campagnes et des faubourgs de Rennes. J'arrivais en poste par la route de St-Malo : au milieu du faubourg, dont la rue est assez large pour permettre à deux voitures de se croiser, stationnait une charretée de fagots ; je dis à mon postillon d'avertir le conducteur pour qu'il se range ; mais il a beau faire claquer son fouet et avancer bruyamment, au grand trot de ses chevaux, le conducteur ne bouge point ; il n'a même pas l'air de le voir ; il était perché sur sa voiture qu'il se disposait à décharger. Or, comme il avait cent fagots au moins, et qu'on peut calculer, d'après l'indolence du peuple breton, à plus d'une minute par fagot, le temps qu'il allait mettre à son opération, c'eût été près de deux heures qu'il aurait fallu attendre. En supposant que je me trompe de plus de moitié dans mon calcul, c'eût été toujours beaucoup trop pour un voyageur pressé, surtout pour un voyageur français, accoutumé de plus, par état, à aller qu'au plus grand train de poste.

Ne pouvant me résigner à pareille attente, j'ai fait éclater mon impatience, et de la voix et du geste, et enfin par la menace de la police. Voyant que mes gestes, mes paroles et mes menaces étaient sans effet, j'ai mis pied à terre, et signifié d'un ton énergique au conducteur de me livrer passage, en se rangeant, ou de me dire qu'il ne le voulait pas. Croira-t-on que toute la populace, tous les boutiquiers du faubourg se sont déclarés contre moi, en donnant raison au paysan qui refusait de se ranger, et tort au voyageur qui ne voulait pas attendre qu'il eût déchargé ses fagots, ce qui paraissait aussi juste au tribunal populaire qui me condamnait, que lui semblait déraisonnable ma prétention contraire ? Je me suis alors avancé à pied, d'un air très décidé à n'avoir pas le dessous, pour en appeler de ce jugement à celui de la police ; mais, comme on pense bien, personne ne voulut m'indiquer le commissaire du quartier, tout le monde étant contre moi. "Allez, allez le chercher, votre commissaire" me répondait-on d'un air de bravade ; ce qui prouve bien combien l'autorité a peu d'empire sur ce peuple. En m'avançant et m'éloignant du lieu de la scène, j'espérais trouver plus de complaisance, et dans tous les cas, je connaissais la mairie, et j'allais y solliciter la levée de l'embargo auquel était condamnée ma voiture, lorsque je vois arriver, derrière moi, le paysan ayant jugé à propos de ne pas braver plus long-tems les suites dont je le menaçais, et prévoyant bien sans doute qu'il serait lui-même la seule victime de son entêtement et des mauvais conseils qu'on lui donnait.

En me fournissant un témoignage frappant de l'opiniâtreté du peuple breton, ce fait m'a prouvé combien il est peu hospitalier. Ailleurs, on sort des boutiques et des maisons, en pareil cas, pour crier haro contre le charretier qui s'obstine à intercepter la voie publique, et cela m'est arrivé bien des fois dans les cours de mes voyages ; on l'aide à se ranger, on l'exhorte à craindre les suites auxquelles il s'expose, connaissant les lois de police et l'importance du service des postes : à Rennes, on ne connaît rien de tout cela ; on applaudit à l'entêtement, on le partage, on l'excite. Ailleurs, on plaint un voyageur du retard et du désagrément qu'il éprouve ; à Rennes, on en rit ; et plus il se fâche, plus on cherche à doubler la dose de son mécontentement ; son énergie et sa vivacité ne font qu'irriter l'énergie et la vivacité bretonnes. C'est bien là de la mauvaise tête, mais est-ce du bon cœur ? car il faut savoir que les Bretons se définissent eux-mêmes, ou croient se définir par ce dicton banal, passé en proverbe chez eux : mauvaise tête et bon cœur.

Un caractère national aussi prononcé que celui des Bretons, et particulièrement des Bretons de Rennes, nous a fait appesantir sur ce chapitre..."

Et l'auteur prévient les objections des Rennais :

" Si ce tableau paraît chargé aux habitants de Rennes, il n'en sera pas de même des voyageurs, et c'est à ces derniers qu'il s'adresse; c'est à eux de se prononcer : il convient qu'un voyageur soit jugé par ses pairs; les habitans seraient juges dans leur propre cause."

Sur la carte

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Notes et références

  1. à partir de la notice rédigée par Joël DAVID, chargé d'odonymie à la Ville de Rennes, Rennes Métropole
  2. Rennes dans les guides de voyage du XIXe siècle, par Etienne Maignen. Bulletin et mémoires de la Société archéologique et historique d'Ille-et-Vilaine


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