Nuit du 30 juin 1944, des miliciens pour assassiner des Rennais

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Le 28 juin 1944, Philippe Henriot, secrétaire d'État à la propagande du gouvernement de Vichy, était assassiné, sous les yeux de sa femme, au ministère de l'information à Paris par un groupe de résistants du COMAC (Comité d'action militaire) qui s'étaient fait passer pour des miliciens Ainsi se taisait définitivement la voix de l'orateur talentueux que les Français entendaient sur les ondes de Radio-Paris, en opposition totale aux voix des Français libres s'exprimant de Londres dans l'émission « Les Français parlent aux Français ». Des milliers d'affiches avaient été collées dans Paris : "Il disait la vérité, ils l'ont tué."

L'avis d'obsèques des deux Rennais assassinés : annoncés "décédés accidentellement"

Mais la Milice ne pouvait laisser passer l'assassinat de ce chef milicien et, par mesure de représailles, cent cinquante assassinats de citoyens avaient été décidés dans toute la France. Sept étaient prévus pour Rennes. Sur cette liste, figurent le maire de la Ville François Château, son secrétaire général Gaëtan Hervé[1], Pierre Lemoine, greffier près de la Cour d'appel, Louis Volclair, conseiller municipal radical-socialiste, Oscar Leroux, ancien adjoint au maire radical-socialiste, le commandant Eugène Quédillac et le Docteur Roger Maruelle.

C’est dans la nuit du 30 juin que la mesure fut exécutée à Rennes, alors que le crépuscule s’assombrissait. Des miliciens s’étaient chargés des exécutions, appartenant au C.E.N.S., le Cercle d'études national-socialiste de Raymond du Perron de Maurin Wikipedia-logo-v2.svg (journaliste collaborateur qui s'enfuira en Allemagne et sera fusillé en 1946). L'ancien maire, François Château, est introuvable car il a fui début juin, réfugié dans la Sarthe. Eugène Quédillac et le Docteur Roger Maruelle ne sont pas trouvés.

Oscar Leroux a un long passé de politicien et de militant, il a été premier adjoint au maire de Rennes. Habitant une maison avec jardin dans le quartier Sévigné, venait juste de se coucher lorsque plusieurs coups de sonnettes retentissent. Il ouvre alors les volets de la chambre, située au premier étage et demande ce qu'on lui veut. Par intuition, il refuse de descendre et aperçoit des hommes qui pénètrent dans sa propriété. Sa fille commet l'imprudence d'ouvrir la porte d'entrée au moment où son père descend l'escalier. Les miliciens vont sans doute tirer quand un groupe de policiers arrive. Les assaillants protestent de leurs bonnes intentions et s'en vont mais de la rue un coup de feu est tiré sur Oscar Leroux qui est seulement blessé à l'épaule. Les plaques du boulevard Oscar Leroux portent l'inscription : Oscar Leroux, (1878 - 1948) "victime de l'occupation allemande", ignorant l'action des miliciens.

Deux Rennais vont mourir :

Louis Volclair fils, libraire. C'est par erreur, à la place de son père, conseiller municipal radical-socialiste de Rennes, connu pour ses sentiments anti-allemands, que des miliciens s'étant présentés au domicile de Louis Volclair fils, vers 22 h 30 le 30 juin, son épouse répond que Louis Volclair est hospitalisé à la clinique de la Sagesse. Les miliciens s’y rendent et après avoir déclaré qu’ils sont « de la police » bousculent la religieuse qui les a reçus et après s'être enquis du numéro de la chambre de leur victime, y pénètrent et le massacrent dans son lit, sans explication.

Les miliciens se rendent à la mairie où habite avec sa famille Gaëtan Hervé, secrétaire général de la mairie. Celui-ci s'enfuit en pyjama et fut abattu dans la rue de Coëtquen par une patrouille allemande rencontrée malencontreusement.

Pierre Lemoine, greffier près la Cour d'Appel, agit clandestinement pour la résistance et habite au palais de justice[2]. Il ouvre et est blessé à l'entrée de son appartement et achevé à la mitraillette dans les combles dont des poutres de la charpente gardaient des traces de balles en arc de cercle[3].

Des obsèques nationales eurent lieu pour Philippe Henriot le samedi 2 juillet à Notre-Dame de Paris, présidées par le cardinal Suhard, archevêque de Paris, en présence du chef du gouvernement, Pierre Laval et d'Otto Abetz, ambassadeur d'Allemagne. Le journal l'Ouest-Eclair du 3 juillet en rendit compte, mais au verso de la feuille unique, il est fait allusion aux assassinats rennais mais sous la forme d'étranges avis d'obsèques de deux Rennais décédés "accidentellement", adverbe de camouflage d'assassinats qui, certes, n'étaient pas glorieux.

Références

  1. boulevard Gaëtan Hervé
  2. Palais du parlement de Bretagne
  3. Visite sur place de Gilbert Guillou et de son père en compagnie du gardien, après la Libération