Rue Le Bastard

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Rue Le Bastard, vers 1930, vue vers le nord. (Archives de Rennes 100FI638)
Rue Le Bastard, du nord vers le sud
La "rue au foulon" près de la porte du même nom sur le plan de Rennes de 1726.

La rue Le Bastard, du nom du maire de Rennes Edgar Le Bastard, est la grande artère commerciale piétonne de la ville, rue de déambulation favorite des Rennais sur l'axe commercial nord-sud de la partie nord du centre ville. Chaque jour et surtout chaque samedi, des milliers de badauds et de chalands l'empruntent, en quête du vêtement, de la paire de chaussures, du livre ou du cd qu'ils recherchent. Avant d'être piétonne, elle fut, jusque dans les années soixante-dix, une voie empruntée par les tramways, puis les bus et, le soir, était éclairée par de nombreuses enseignes lumineuses qui lui donnaient une atmosphère chaude disparue dans les années soixante-dix. Du début des années trente jusqu'à la fin des années quatre-vingt, les Magasins Modernes étaient l'élément principal de l'animation commerciale de la rue.

L'élégante tourelle d'angle de l'hôtel de Robien - (de Wikimedia Commons)

Histoire de la Rue aux Foulons

C'est en 1893 que la rue aux Foulons fut dénommée rue Le Bastard, du nom de l'ancien maire de Rennes, décédé un an auparavant. Elle part de l'extrémité nord de la rue d'Estrées au point de rencontre de la rue Nationale et de la rue Lafayette et se termine à l'intersection des rues de Bertrand, du Champ Jacquet et du Pont-aux-Foulons (du nom d'un petit pont en bois qui y donnait accès par-dessus le fossé de ville). Ce nom de rue "aux Foulons" se rapporte à celui de ses occupants du 15e siècle, foulons ou drapiers qui avaient été autorisés à s'y établir par le duc de Bretagne Jean V après avoir fui la Normandie dévastée après le désastre d'Azincourt en 1415.

C'est dans cette rue, que se trouve l'hôtel de Robien, marqué par sa tourelle en encorbellement coiffée d'un joli lanternon. Les Rosmadec du Plessix Josseau héritent de cette demeure, en 1646, de Pierre Bonnier de Champagné, avant de le vendre aux Leprestre de Lézonnet puis aux de Robien en 1699. Christophe Paul de Robien (1698-1756)[1], président à mortier au parlement de Bretagne, l'occupe ainsi au siècle suivant.

Il existait, au numéro 6, au début du 19e siècle, une hôtellerie, "l'hôtel de la Patrie"[2]. Au n° 24, un petit immeuble en retrait avec piliers en façade et une frise en bois au-dessus de chaque étage donne l'alignement ancien des bâtiments avant l'incendie de 1720. Au n°14 on trouve un bâtiment en L, l'hôtel Le Gonidec de Traissan, construit pour cette famille en 1786, marqué en façade principale, au fond de la cour, par quatre pilastres à chapiteaux de style ionique.

Faits divers

XVIIIe siècle

Le 18 décembre 1705, devant le juge du présidial de Rennes, Jean Berthelot, 33 ans, procureur du roi de la police de Rennes, rue aux Foulons, à Rennes, est interrogé pour les insultes faites à Marguerite Coignelet, servante chez Julien Germé, procureur au parlement, son voisin, qu'il aurait frappée parce qu'elle chantait pendant que la femme dudit Berthelot accouchait étant dans "le premier jour de ses grandes peines"[3].

Le vice-amiral défait à Trafalgar, suicide ou assassinat ?

L'amiral de Villeneuve (lithographie).

L'hôtel de la Patrie fut, en avril 1806, le théâtre de la mort de l'amiral Pierre Charles Sylvestre de Villeneuve, à 43 ans, dont la flotte avait été défaite à Trafalgar le 22 octobre précédent quand 18 vaisseaux français et 15 espagnols avaient été écrasés par les 27 vaisseaux de l'amiral Nelson. Fait alors prisonnier, il était resté confiné à Reading en Angleterre six mois. Libéré, le vice-amiral devait se rendre à Paris pour rendre compte à l'Empereur. Or il savait bien que celui-ci en avait beaucoup après lui qui n'avait pas exécuté ses ordres : d'abord entraîner l'escadre anglaise loin de ses bases vers les Antilles et revenir vers la France pour permettre aux troupes impériales de débarquer en Angleterre à partir de Boulogne ; puis, cet ordre n'ayant pas été exécuté, de remonter la flotte vers Brest alors que le vice-amiral se laissa enfermer à Cadix.

Le vice-amiral de Villeneuve fait halte à Rennes quelques jours, et est descendu à cet hôtel de la Patrie, dont il ne sort guère, plongé dans une profonde mélancolie. Le 22 avril en début de nuit, son valet le découvre étendu mort, un couteau dans le cœur, dans le petit cabinet de toilette attenant à sa chambre dont il a fallu travailler la serrure, la porte en étant fermée à clé de l'intérieur. Il laisse une lettre à son épouse. Ce serait donc un suicide, sauf que le rapport de police fait état de six coups de couteau. Divers écrits, contradictoires, voire de fabulation, font pencher vers le suicide ou l'assassinat[4]. Les obsèques de première classe eurent lieu à l'église Saint-Germain et la ville de Rennes lui fit des funérailles pompeuses mais on ne sait où il fut inhumé.


Adresses

Publicité dans l'annuaire officiel d'Ille-et-Vilaine, imprimerie Fr. Simon - 1933.
Publicité dans l'hebdomadaire La Vie Rennaise du 13 juin 1925.
  • Fougeray, libraire-éditeur au 19, rue aux Foulons, imprimeur avec René Haton à Paris en 1880 du Pouillé historique de l'Archevêché de Rennes de l'Abbé Guillotin de Corson.
  • Du début des années trente jusqu'en 1979, les Magasins Modernes, souvent appelés les "Mag' Mod'", furent un élément moteur de l'équipement commercial de la rue, remplacé par la suite par les Dames de France puis par un Monoprix avant de voir les locaux divisés pour deux occupations ultérieures.
Publicité de l'hebdomadaire La Vie Rennaise du 13 juin 1925.

Sur la carte

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Notes et références

  1. rue de Robien
  2. Les Rues de Rennes par Lucien Decombe, Alphonse LE ROY, éditeur -1892
  3. Archives départementales d'Ille-et-Vilaine. 2B 1037.
  4. La mort de Villeneuve, sur le site Histoire Empire

Voir aussi

Haïku de nuit

"Il est bien tard,

Et noir dans la rue Le Bastard

Titubent trois fêtards."

--Stephanus 18 mars 2011 à 09:02 (CET)