Bombardement du 17 juin 1940

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16 juin, un étrange dimanche dans Rennes encombrée

Le dimanche 16 juin 1940, le journal l'Ouest-Eclair publie en première page un article rassurant sur l'efficacité de « nos bombardiers contre « leurs » chars : ils se comptèrent avec des rires et partirent pour la troisième fois. ». En page 3, sous la rubrique Rennes, un article « circulation et cartes d'identité » indique que, vu l'afflux, quai Emile Zola, où une photo montre la foule des demandeurs de la carte d'identité nécessaire pour circuler sur les routes et en chemin de fer, un second bureau est ouvert au 40 rue Vasselot à l'école de Préapprentissage. On lit aussi que, sur ordre de l'autorité militaire, les communications téléphoniques émanant des cafés, hôtels et restaurants sont supprimées et il est interdit de servir les clients aux terrasses. Il est aussi rappelé aux membres de la défense passive de Rennes qu'ils ne doivent sous aucun prétexte quitter la ville[1].

Les Rennais − qui avaient été surpris, le 24 février, par le premier exercice d'alerte − et les nombreux réfugiés ont entendu des tirs de la D.C.A dans le ciel de Rennes tout bleu, probablement pensera-t-on ensuite, sur un avion allemand venu repérer le triage ferroviaire de la plaine de Baud avec les trains qui y stationnaient nombreux. En fin d'après-midi, encore quelques trains de troupes françaises et britanniques se succèdent après avoir stationné sur la voie ferrée, du côté du boulevard Voltaire, attendant d'entrer en gare.

Apprendre la défense passive aux écoliers. Le soldat voit des Dornier Do - 215
Dans l'hebdomadaire Pierrot du 9 juin 1940

Un lundi matin de guerre

[2] Des écoliers rennais avaient pu être sensibilisés à la fin de 1939 par un petit fascicule intitulé « Alerte aux avions », illustré par Marcel Jeanjean, dont la couverture représentait un guetteur signalant l'arrivée d'un avion ennemi qui avait tout l'air d'un bombardier Dornier. Une semaine avant le bombardement, en regardant leur hebdomadaire Pierrot, ils avaient pu voir, sur une des pages intitulées "Apprenez à reconnaître les avions ennemis", en n° 15, un dessin du même illustrateur, présentant le Dornier Do-17 qu'il disait surclassé par les avions de chasse alliés[3]. Mais, ce matin du 17 juin, il n'y avait pas d'avions de chasse alliés dans le ciel rennais.

Le Rennais qui a acheté le journal ce lundi matin n'a en mains qu'une seule feuille, au lieu de quatre la veille. Décidément même le journal... plus rien ne marche... Mais il va encore faire beau, voire chaud. La première page titre : Le maréchal Pétain, président du Conseil, le général Weygand, vice-président et un titre plus petit annonce la RAF au dessus de l'Allemagne, mais en lisant l'article il constate aussi qu'elle opère au sud de la Seine... Et une autre annonce : "Paris reste digne sous l'occupation allemande". Au verso, peu de nouvelles locales, sinon le cadavre d'une ivrogne trouvé dans un champ de blé à Cesson-Sévigné, un tapage nocturne la veille et deux personnes renversées par des autos, une collision entre une auto et un tramway à vapeur, au pont des Trois-Croix. On met en garde contre l'état du pont dans les Prairies Saint-Martin, au bas de la Fosse-Courbée. La population est invitée à économiser le gaz pour ménager les approvisionnements en charbon de l'Usine à gaz. Deux communiqués de l'Université de Rennes : "en raison de la difficulté des communications" les examens du baccalauréat sont différés. Pour la Faculté de Droit, les examens, qui ne devaient concerner que les étudiants de Rennes et de Lille, sont ouverts à tous à la faculté des Lettres, place Hoche et au Palais de Justice[4].

Soudain, le bombardement

René Patay, après avoir entendu une violente explosion, vers 10 heures, voit les gens se cacher sous les pommiers et, de la hauteur de la Massaye que les Anglais évacuent en hâte, il aperçoit, sous un ciel d’orage particulièrement noir, la ville de Rennes couverte d’une épaisse fumée. Le docteur se rend à Rennes où il entend des rafales de mitrailleuse à la Courrouze et des explosions du côté de la gare. La gare des voyageurs, mitraillée, n’a pas été la cible principale mais une épaisse fumée s’élève de la gare de triage d’où viennent des voitures d’ambulance ensanglantées filant vers les hôpitaux et les cliniques. Il fait quelques pansements dans un hôtel de la place de la Gare à des personnes atteintes par des éclats de verre (des vitres, dont toutes celles exposées à l'est, ont été brisées dans toute la ville). L'église Sainte-Thérèse, située à plus d'un kilomètre et demi au sud, subit d'importants dégâts à ses verrières et portes nord-est et aux panneaux de la coupole et du chœur. Presque tous les vitraux de la basilique Saint-Sauveur, au nord,en centre-ville, furent soufflés "de l'intérieur vers l'extérieur". Que s’était-il passé ?

Un Dornier Do 17Z de l'escadre de bombardement allemande KG 76 en 1940

Sur Rennes, quelques « crayons volants »

S'agissait-il d'un bombardement sur « cible d'opportunité », sur une cible trouvée par hasard, ou de la poursuite de la recherche d'un train de munitions de 12 wagons de mélinite commencée la veille du côté de Sillé-le-Guillaume ? La présence d'un avion allemand au-dessus de Rennes le 16 incline à accréditer cette hypothèse. Ce même jour vers 15 heures, après le survol par un avion d'observation, la gare de Folligny, à l'est de Granville (Manche), fut aussi bombardée avec destruction d'un train de munitions et d'un train d'intendance comportant des wagons de ...brodequins militaires.

Marque du groupe 1 du Kampfgeswader 76, humoristique comme souvent chez les aviateurs

Quelques avions de la Luftwaffe à croix noires, provenant de 300 km, de l'aérodrome de Cormeilles-en-Vexin, près de Pontoise, ou de celui de Beauvais-Tillé, des bimoteurs bombardiers Dornier DO 17Z de l'escadre de combat (Kampfgeschwader) 1/KG 76, venant de l’ouest à très basse altitude, ont survolé les quais [5] sans aucun risque, la D.C.A anglaise s’étant repliée dans la nuit... Avec un léger virage sur l'aile droite [6] ils quittèrent la ville par le sud-est et après un virage à 180° à l'est, les « crayons volants » (Fliegender Bleistift comme les appelaient les Allemands en raison du long et mince fuselage de ces avions), se présentèrent au-dessus de Cesson-Sévigné, dans l'axe du triage ferroviaire de la plaine de Baud où stationnaient parallèlement une dizaine de trains, sur laquelle ils lâchèrent des dizaines de bombes de 55 kg, puis sur les voies ferrées de Saint-Hélier où était stationné un autre train de munitions [7] (voir le schéma du parcours probable). " Peu après 11h00 (NB : heure allemande, soit 10h00 à l'heure française), la gare de Rennes devint la cible d'une attaque à basse altitude menée par un groupe du KG 76. Quinze trains de marchandises et de passagers étaient en gare et les avions n'eurent pas besoin de lâcher leurs 120 bombes SC50 car celles qu'ils larguèrent explosèrent sur la cible avec des effets dévastateurs. Un train de munitions chargé de 12 tonnes d'explosifs avait été malencontreusement placé entre des trains de réfugiés, de soldats blessés et de soldats français de retour d'Angleterre (ils avaient été embarqués vers l'Angleterre lors de l'évacuation de Dunkerque). Le train de munitions fut atteint par un chapelet de bombes et explosa.

Parcours des avions allemands constaté pour le bombardement du 17 juin 1940. (Schéma par Etienne Maignen)</ref> [8]

L'énorme explosion engendra une grande colonne de feu et de fumée...""[9] (NB : le nombre de bombes larguées cité par Heinrich Weiss suppose une participation de six Dornier, or la plupart des témoins citent trois avions, quelques uns cinq). Plusieurs ont cru voir des Heinkel, et surtout des Stukas, appareils qui avaient fortement impressionné les gens sur les routes de l'exode). Quelques témoins ont bien identifié des Dornier. Une excavation de 80 mètres de longueur et 20 de largeur par 5 de profondeur marquait l'endroit. Des débris de wagons et des bogies avaient été catapultés à 300 mètres[10].

Ouest-Eclair du 29 août 1940
17 juin 1940 : le cratère à l'emplacement d'un wagon de munitions. La "haie" au-dessus est constituée d'une ligne de ferrailles de wagons aux bogies et roues en l'air - photo de Robert Caillard

Au titre de la campagne de France du colonel (Oberst) de la Luftwaffe Lindmayr, Alois, (* note) d'origine autrichienne, alors capitaine (Hauptmann) de 38 ans, chef d'escadrille du 1./Kampfgeschwader 76, équipé de DO 17z, sont particulièrement remarquées les attaques réussies par son escadrille sur un aérodrome à Escarmain * (28 avions détruits) et, alors qu'il est depuis le 3 juin, commandant du groupe 1./Kampfgeschwader 76, sur le triage de Rennes où plusieurs trains de munitions furent atteints[11]. (* NB Escarmain : département du Nord, bombardement du 16 mai 1940 détruisant des Moranne Saulnier et des Potez 63) [12]

Des wagons de munitions touchés : un amas d'étuis d'obus au sol- (Südd Verlag)
La plaine de Baud en proie aux explosions pendant plusieurs jours - photo de Robert Caillard, prise de l'avenue Aristide Briand.

Des dégâts matériels

"En plus des dégâts causés par les éclatements, des bombes incendiaires ont allumé immédiatement de nombreux foyers d'incendie et la présence sur nos voies d"un grand nombre de wagons d'explosifs et munitions a entraîné de violentes explosions. Les 3 plus fortes semblent s'être produites : à Baud, sur le nouveau faisceau W, et sur le plateau de débranchement, côté faisceau de Châteaubriant où se trouvait sur voie 3 une rame de poudre et où une excavation de 80 m de long sur 8 à 10 m de large et 3 m de profondeur a été creusée. Ces explosions ont entraîné de violentes déflagrations qui ont renversé, soulevé et projeté des wagons à plus de 100 mètres de distance.[...] La situation était très lourde au triage depuis quelques jours en raison de la convergence des repliements massifs militaires et civils et des difficultés d'évacuation que nous éprouvions vers le Sud. Au moment du bombardement seules étaient libres la voie 22 sur les 32 voies du faisceau du débranchement et la voie 9 de Baud sur les 12 voies de ce plateau et il en découle qu'il y avait alors plus de 2000 wagons sur les voies du triage. Sur ce nombre nous estimons que plus de 1500 ont été avariés dont la moitié au moins avec perte totale du chargement."[13]. La SNCF estimera à quelques jours le temps nécessaire pour déblayer et exécuter les travaux indispensables pour rétablir la circulation et la signalisation sur les voies principales mais ne prévoit que pour fin août l'utilisation de l'ensemble des installations de triage. Dès le 1er juillet, les trains circulent entre Paris et Rennes et, fin août, les 22 kilomètres de longueur de voies détruites sont remis en état.

Une catastrophe humaine disproportionnée

Plaine de Baud, après le passage des Dornier 17 Z. (Don Lecomte,Archives de Rennes)
Un caporal (à gauche) et un soldat allemands sur les lieux du désastre, devant un mur de ferrailles tordues. (Coll. part.[14])
Photo du triage de Saint-Hélier prise du sud-est vers le nord-ouest le 21 juin, avec à l'horizon, à gauche clocher de Notre-Dame, puis à droite, clocher de la chapelle du collège Saint-Vincent, et à droite, celui de l'église Sainte-Jeanne-d'Arc. Légende : "Vingt à trente trains de transports pleins de soldats et de matériel stationnent en gare de Rennes. Tous les wagons sont détruits par une seule formation de combat" (Photo datée du 21 juin 1940 d'un album d'un soldat autrichien)
Dans les carcasses de wagon, vêtements et linge de passagers. (Coll. part[15].)

Avaient été atteints d’abord un train de réfugiés de Lisieux, au niveau de Cesson-Sévigné à hauteur de Pincepoche et de Bray, faisant 21 victimes, ensuite la gare de triage de la plaine de Baud où 146 soldats français (203e et 212e d’artillerie lourde divisionnaire venant des Flandres), amenés pour défendre le « réduit breton » mort-né, furent tués ainsi que 156 Anglais du Royal Engineer, dans un train qui aurait dû partir vers Brest à 9h00, enfin la gare de triage de Saint-Hélier où 206 artilleurs du 222e R.A.L.D de la 53e D.I.et du 64e R.A.L.D, la plupart originaires du Midi, trouvent la mort. Aussitôt, une dizaine de pompiers, et quelques cheminots et courageux citoyens se rendirent sur place pour retirer des blessés tandis que des rescapés quittaient ce lieu d’horreur par le moulin de Jouet.

" Nous avons à déplorer plus d'un millier de victimes militaires et réfugiés car depuis plusieurs jours les civils prenaient place dans tous les trains quels qu'ils soient...". [...] Du fait que les plus violentes explosions se sont produites vers le milieu des plateaux, le personnel SNCF occupé en tête des faisceaux n'a pas été atteint."[16]. La SNCF enregistre trois agents tués, trois blessés et deux agents de traction portés disparus. La SNCF constata que 12 000 mètres de voies étaient détruites au triage de Baud et 8000 à celui de Saint-Hélier. À 12h30 la TSF diffusa le discours du maréchal Pétain : « C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat… »

Malgré l’interdiction du général Bazoche, commandant de la place de Rennes, qui avait constaté la catastrophe du haut du pont Saint-Hélier, et les explosions qui se succèdent pendant 24 heures, les sauveteurs, dont le sportif futur résistant Auguste Delaune Wikipedia-logo-v2.svg, continuèrent à sortir des vivants mais aussi des corps mutilés, brûlés, racornis, et d’autres intacts, comme pétrifiés. Casques, armes, équipements britanniques ou français jonchent les fossés bordant le ballast. Alors que continuaient des explosions, des pompiers héroïques, menés par le lieutenant Lebastard et le sergent Limeul, arrachèrent aux flammes et aux ferrailles des wagons des blessés vivants et des corps mutilés qu'on allongea sur le ballast et dans la prairie de la ferme du général Lefort. À 17 heures, le lieutenant d'un groupe de la 4e S.I.M (section d'infirmiers militaires) refusa de descendre dans la gare de triage déclarant qu'il ne voulait pas "envoyer ses hommes à la mort"[17]. Tout le personnel de la clinique Saint-Yves, bien qu'elle fut elle-même fort endommagée, ses religieuses et ses médecins se dépensèrent sans compter pour secourir de leur mieux le flot de blessés qui ne cessait de lui parvenir de la gare, d'autres étant dirigés vers les autres cliniques, telle la clinique La Sagesse et l'hôpital de Pontchaillou où œuvrait l'académicien major Georges Duhamel.

Les voies de triage dévastées où fument les wagons déchiquetés [18]
"Des hommes du génie des chemins de fer allemands vont procéder à la remise en état".[19]

Le nombre des victimes, hors de proportion avec l’importance des bombes larguées, vient d’une négligence des services de la gare de Rennes ou d'un ordre des autorités militaires qui, plaine Saint-Hélier, ont laissé le train d’artilleurs contre un train de munitions avec des wagons de cheddite qui, en sautant, ont broyé et enflammé les trains voisins et les corps ont été très déchiquetés par l'explosion des wagons [20], et à Baud, ont mis un train de munitions entre le train des Anglais et celui des artilleurs français. À ces victimes, il faut ajouter quelques civils et militaires tués par éclats ou matériaux projetés. Ce sont donc bien deux trains de munitions qui stationnaient sur le triage de Rennes. Traumatisée aux deux sens du terme, la ville se vide d'une partie de sa population qui, en voiture, à bicyclette ou à pied prend les routes de l'ouest ou du sud[21]. Les évacués ont abandonné des bagages et des voitures d'enfant qui seront stockés plus tard à la gare et classés par ordre alphabétique pour une recherche rapide[22]. Quant aux troupes, elles perdent ce qui pouvait leur rester de moral et elles vont se débander. Des officiers sont vus jeter leur revolvers, aux Trois-Croix, à plusieurs kilomètres des explosions et au bois des Ormes, des officiers français et britanniques qui y avaient caché , depuis plusieurs semaines, des voitures Peugeot et Citroën réquisitionnées, les prirent pour fuir vers des ports de la côte sud bretonne, pour tenter d’échapper à l’invasion ou rallier l'Angleterre. 34 personnes s'évadèrent de l'asile psychiatrique de Saint-Méen et étaient encore recherchées le 10 juillet.

En bordure du triage, un train détruit et renversé par l'explosion au bas du remblai, avec débris sur les prairies de la Motte Baril. Au fond, le couvent de la Solitude et l'église Saint-Hélier au dessus de laquelle on aperçoit un peu des superstructures de la brasserie Graff. Photo de Robert Caillard.

Le traitement médiatique : minimal localement, maximalisé à l'extérieur

Le communiqué officiel n°576 du 17 juin au soir ne mentionne pas ce bombardement sur Rennes.

L'information locale et régionale

À l'époque, l'information sera vague et minimaliste, par censure française stratégique le lendemain du drame, par censure politique pendant l'occupation allemande : le quotidien Ouest-Éclair du 18 juin, dernier numéro avant une reprise le 5 juillet, ne comporte qu'une feuille : en première page,un entrefilet intitulé :

Ouest-Éclair du 18 juin 1940 : une information volontairement minimale et floue

Bombardement aérien dans l'ouest

Quelque part dans l'ouest - Hier matin lundi, des bombardiers allemands ont survolé une des grandes villes de la région de l'ouest. On compte des victimes parmi la population civile, quelques morts et de nombreux blessés.

En page 2, comme si rien n'était survenu, sous la rubrique Rennes, l'état civil n'indique que 8 décès, dont 3 soldats aux armées. On trouve aussi un billet "en passant... le ravitaillement", faisant allusion à "ce qui s'est passé hier à Rennes" mais il s'agit de mesures de réouverture d'office de commerces alimentaires, restaurants, garages et stations services fermés par le propriétaire, et un article intitulé "Un homme se pend" concernant un Rennais de 87 ans, habitant avenue du cimetière de l'est.

Mais ce bombardement de Rennes prît une proportion d’autant plus exagérée que l’éloignement était plus grand. À Toulouse on lut dans « La Dépêche » qu’il y avait eu 4500 morts et que l’hôtel de ville de Rennes était détruit. À Beyrouth, où le professeur Burloud était en tournée de conférences, on annonça 20 000 morts ! Deux ans après un correspondant de guerre, Jacques-Henri Lefebvre, écrira qu'un seul avion allemand lâcha deux ou trois bombes sur quatre trains de munitions insérés dans quatre trains de troupe françaises et anglaises tuant 3500 à 4000 soldats[23].

Le Bulletin d'informatios d'Ille-et-Vilaine du 28 juin, premier journal provisoire paru pendant l'occupation, fait état de la préoccupation du conseil municipal de reconstruire les quartiers endommagés et celui du 2 juillet titre sur "la reconstruction du quartier Saint-Hélier". Dans l'Ouest-Éclair du 5 juillet, premier numéro à reparaître mais sous censure allemande, on voit, en page 2, sous la rubrique Rennes, « Images de la ville », le marché aux fleurs de la place de la République, une sœur conduisant une carriole « en tournée pour les pauvres », et la toilette classique des rues par des employés avec pelle et arrosoir ; en fait divers est relaté un incendie à Noyal-sur-Seiche à la ferme de la Boisardière. Il faut aller en page 3 pour trouver trace de la catastrophe survenue 17 jours plus tôt : la mairie donne la liste des 29 architectes affectés aux constats d'évaluation des dommages aux immeubles d'une trentaine de rues du canton sud-est sinistrées lors de « l'explosion du 17 juin », terme gommant le bombardement allemand, repris dans un entretien du comédien Pierre Bertin, de la Comédie française qui fait état de "la douloureuse atmosphère du désastre que vint, hélas, aggraver l'effroyable explosion du 17 juin"[24] - terme toujours employé un an plus tard dans la presse contrôlée par l'occupant lors de la célébration du premier anniversaire.(*). Le journal du 10 juillet 1940 publie la liste des noms de 32 hommes et 2 femmes évadés de l'asile de Saint-Méen à l'occasion du bombardement du 17 juin.

Et le déni perdure : dans un article intitulé "Un regard sur la vie de la cité rennaise au cours du 1er semestre 1940", sous la rubrique "Transport de malades et blessés" on a enregistré pour le mois de juin : 29 transports de malades et 9 transports de blessés ! [25] Cependant, le 17 juin 1942, deuxième anniversaire de "la journée tragiques du 17 juin", les autorités civiles et religieuses rendirent hommage aux victimes de la guerre, au cimetière de l"Est.

Des communiqués allemands laconiques

Un document des Bundesarchiv indique : « De jour, mention de combat car hier, malgré une situation météorologique pénalisante, un bombardement du III/KG 76 sur la gare de Rennes dans la matinée a eu un effet foudroyant. »

Le 18 juin, le communiqué du haut commandement de la Wehrmacht « Das Oberkommando der Wehrmacht gibt bekannt... » et celui de la Luftwaffe signalent qu' « un bombardement aérien a été couronné de succès sur des trains de transports, de munitions et de matériels industriels en gare de Rennes embouteillée. Des trains sautèrent en l'air dans de violentes explosions, déclenchant une panique monstre parmi les troupes ». Les communiqués allemands ignorent le nombre extraordinaire de victimes. Goebbels écrira dans ses carnets : " À Rennes notre Luftwaffe s'est déchaînée de façon fructueuse" [26]


Une pénible mission de ré-inhumation

En septembre, le docteur Patay recevra une mission d’officier d’état civil militaire bénévole avec des crédits pour l’exhumation, l’identification, la mise en bière et la ré-inhumation au cimetière de l’Est des corps provisoirement mis en fosses communes le long des voies ferrées : prairie de Saint-Hélier, plaine de Baud et passage à niveau de Bray, en Cesson-Sévigné... " "En effet, les rails tordus, la profondeur des trous de bombe et le manque de moyens de transport ne permettaient pas de dégager rapidement l'ensemble des corps de la plaine de Baud, les 300 derniers furent inhumés provisoirement, dans une vaste prairie en bordure du ballast[27]. Dès le début de septembre nous attaquons le plus urgent, à savoir les fosses communes de la prairie Saint-Hélier. C'est un travail épouvantable car les corps, très déchiquetés par l'explosion des wagons de cheddite, ont été ensevelis pêle-mêle par un temps très orageux ; ils sont en pleine décomposition et il faut avoir le cœur bien accroché pour les fouiller et les examiner en vue de leur identification. [...] Notre travail est compliqué par le fait qu'en raison de la chaleur étouffante qui régnait ce matin du 17 juin, la plupart des hommes avaient tiré la veste et n'avaient donc plus de papiers sur eux.",

Sites d'inhumation en juin 1940: 1:Prairie du général Lefort, près du ballast, (futur terrain de sport des cheminots), 2:Cimetière de l'Est, 3 :bord sud du triage de la plaine de Baud, 4: près du passage à niveau de Braye, en Cesson-Sévigné


En septembre 1941 on procéda à l'identification des victimes directement enterrées au cimetière de l'est en juin 1940, en les exhumant et en les ré-inhumant. En définitive, 805 corps on été mis en bière, sans que l'on puisse compter les corps broyés, calcinés et démembrés, et des blessés graves retirés qui mourront ultérieurement. On peut estimer le nombre des morts à un millier, chiffre épouvantable, mais la moitié du chiffre de 2000 victimes, lequel est encore couramment repris et cité et qui, en tout cas, ne peut être celui du nombre de morts.

Le bulletin d'informations d'Ille-et-Vilaine annonce le 2 juillet l'opération d'éclatement... programmée pour le 1er.

Le Bulletin d'informations d'Ille-et-Vilaine publia quelques feuilles de façon sporadique, tel le numéro du 2 juillet dans lequel le "Kommandant de la ville de Rennes" annonça ... pour la veille 1er juillet l'interdiction d'un périmètre entre 19 et 21 heures pour destruction par éclatements de bombes d’avion, entre le moulin de Jouet et le cimetière de l'Est, ainsi délimité : route de Vern, rue Saint-Hélier, boulevard Laënnec, rue de Châteaudun, rue de Paris, rue Danton et son prolongement jusqu’aux buttes de Coësmes au nord, Cesson-Sévigné à l’est, Cucé, la Guérinais au sud. Les Rennais du secteur urbain à l'est de la rue Saint-Hélier, du boulevard Laënnec et de la rue de Châteaudun devaient laisser leurs fenêtres ouvertes, ne pas s'y tenir et ne pas circuler dans les rues.

Liens directs


Références

le chef d'escadrille Alois Lindmayr, portant la Ritterkreuz.
  • Note - Alois Lindmayr (19 septembre 1901 - 17 juillet 1965, patronyme souvent mal orthographié « Lindeiner ») fut, avant la guerre 1939/45, dirigeant d'une école de pilotage autrichienne. Il fut versé dans l'armée allemande après l'annexion de l'Autriche, participa à la campagne de Pologne comme chef d'escadrille à l'escadron de bombardement 76. Puis, avec son escadrille sur le front de l'ouest, il eut à son actif la destruction de plus de 70 avions ennemis. Il vola jusqu'en avril 1941 comme commandant de groupe au Kampfgeschwader 76, participant au Blitz de la bataille d'Angleterre, notamment le 15 septembre 1940, lors d'un bombardement sur Londres avec 25 Dornier 17Z, dont 8 du 1/KG 76, au cours duquel 8 appareils furent abattus par la chasse britannique. On le retrouve, en octobre 1944, commandant de l'école de pilotage à Graz-Thalerhof. Prisonnier des Américains en 1945, il est libéré en 1946 et le colonel Lindmyer deviendra conseiller ministériel officiel de l'armée de l'air autrichienne. (Wirklicher Amtsrat der Luftwaffe)[28]. Il est étrange de lire que la croix de chevalier (Ritterkreuz) de la croix de fer lui fut attribuée, le 21 juillet 1940, » principalement pour avoir détruit 28 appareils « le 16 mai, alors qu'il avait obtenu la croix de fer de 1ère classe le 23 mai et l'on peut se demander si la croix de chevalier ne récompense pas, sans le nommer, le bombardement de Rennes le 17 juin[29] [30] [31].
  1. L'Ouest-Eclair, 16 juin 1940, lire en ligne
  2. Rennes pendant la guerre, chroniques de 1939 à 1945, par Étienne Maignen. Éditions Ouest-France - 2013
  3. Pierrot, "le journal des jeunes", p. 7 - 9 juin 1940
  4. L'Ouest-Éclair des, 16 et 17 juin 1940
  5. Témoignage de Joseph-Jean Naviner. Ouest-France, édition Rennes 3 juin 2010
  6. Lancastria Association of Scotland/Hirst 2001-2008
  7. Procès-verbaux d'enquête des 20 septembre et 22 octobre 1940, extraits des minutes du greffe de la Justice de Paix du canton sud-est de Rennes, concernant deux cheminots tués, deux agents de la SNCF témoins attestant la présence d'un train de munitions "plaine Saint-Hélier"
  8. Copyright Nous, créateur de cette œuvre ou ayant droit, n'autorisons aucune réutilisation de cette oeuvre sans notre autorisation, en dehors des exceptions permises par la législation française sur la propriété intellectuelle.

  9. Traduction du Manuscrit de Heinrich Weiss, dans Eagles over Europe IHRA 2010, air corps 1, dans LEMB Stammkennzeichen data base project. Bomber units of the Luftwaffe series, Larry Hickey co-auteur
  10. Témoignages dans Ouest-France du 17 juin 1960
  11. Axis History Forum; View topic RKT Oberst (LW) Lindmayr, Alois
  12. Bomber units of the Luftwaffe 1933-1945, par Henry B. de Zeng, Doug G. Stanley, Eddie J. Creek, vol.1 Hersham,Surrey UK. Ian Allen publishing -2007
  13. Gare de Rennes. Rapport spécial du chef de gare principal. Archives nationales
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  16. Gare de Rennes. Rapport spécial du chef de gare principal. Archives nationales
  17. Déclaration écrite, certifiée sur l'honneur, de François Limeul, en date du 18/09/1945
  18. Die Deusche Wochenschau Juli 1940. Actualités cinématographiques allemandes
  19. Die Deusche Wochenschau Juli 1940. Actualités cinématographiques allemandes
  20. Mémoires d'un Français moyen. René Patay - polycopié p. 134 - 1974
  21. Les Heures douloureuses de Rennes, par V. Ladan. Impr. Les Nouvelles
  22. Deux photos de L'Ouest-Éclair du 8 juillet 1940
  23. 1939-1940 Le Suicide. Notes d'un Correspondant de guerre. G. Durassié & Cie, éditeurs - 1942
  24. Ouest-Eclair du 6 août 1940
  25. Ouest-Eclair, 29 octobre 1940
  26. Die Tagebücher: Sämtliche Fragmente. Joseph Goebbels, Partie 1,Volume 4, p. 208
  27. témoignage de M. Aymeric Simon
  28. Wirklicher Amtsrat Oberst der Luftwaffe Alois Lindmayr Der "Oberstenparagraph" im Bundesheer, auteur Peter Alexander Barthou, Magister der Philosophie, thèse, p. 123. Universität Wien - Okt. 2007
  29. Career Summaries of the Luftwaffe officers (1935-1945), par Henry L. deZeng et Douglas G. Stankey - version 01/4/2012
  30. [kampfgeschwader 76@la luftwaffe, 1933-1945
  31. kampfgeschwader 76@lexikon-der-wehrmacht]



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